GENESIS 1

 Dans la discographie de Genesis, ce disque est à la fois important et anodin. Important, car non seulement c'est le premier album live du groupe (ce qui est toujours important), mais c'est aussi et surtout le seul album live officiel du groupe avec Peter Gabriel au chant (on peut voir des extraits de concerts sur des DVD officiels, mais pendant longtemps, si vous vouliez du Genesis en concert avec Gabriel, c'était ça et rien d'autre, ou alors des bootlegs difficiles à trouver et de qualité aléatoire). Et anodin, car le groupe (alors dans une grande période, venant de sortir Foxtrot et s'apprêtant à faire Selling England My The Pound) ne l'a jamais reconnu, ce live, qui a été fait sans leur accord, et on notera que non seulement le disque est trop court (47 minutes, 5 titres) et constitué de versions pas toujours parfaites de leurs morceaux, mais, qu'en plus, le son est, comment dire, un peu moyen. Ce n'est pas le pire album live, niveau production, qui existe, Earthbound de King Crimson (1972) est encore pire, mais alors vraiment pire, de ce côté-là, mais Genesis Live, tel est son titre (un titre bien con), est quand même un live à la qualité sonore un peu moyenne. Il faut dire que les conditions d'enregistrement furent sans aucun doute draconiennes, le disque a été enregistré dans des salles à l'acoustique qui ne se prêtaient sans doute pas trop à l'enregistrement, le budget ne devait pas être mirobolant, et si le groupe lui-même ne voulait pas de ce live, sans doute les bandes furent-elles enregistrées en semi-pirate, en loucedé... Cet album offre des titres enregistrés en février 1973, au De Montfort Hall de Leicester et au Free Trade Hall de Manchester.

GENESIS 2

Verso

Genesis Live est sorti sous une pochette assez belle, photographique, la première pochette photographique de l'histoire du groupe (la suivante sera celle du deuxième live du groupe, et leur premier sorti avec leur autorisation, Seconds Out en 1977). Au recto, on y voit le groupe en action sur scène, la teinte est bleutée, Gabriel est au centre, déguisé comme à son habitude. La photo fut prise pendant que le groupe jouait Supper's Ready (la longue pièce de 23 minutes achevant Foxtrot), et plus particulièrement le passage Apocalypse In 9/8 (avant-dernière partie du morceau). Ce long morceau ne se trouve pas sur le live, d'ailleurs, car le groupe, une fois ayant appris la future existence de ce live, a refusé qu'on y mette une  version live de ce morceau-fleuve, ne voulant pas que Supper's Ready soit sur deux albums successifs ! Notons qu'il a cependant existé un ancien pressage néerlandais collector, double, avec, sur le second disque, une version live de Supper's Ready, ce pressage batave (qui était vraiment collector, peu d'exemplaires ont été faits) est extrêmement rare ! Au verso, plusieurs photos du groupe sur scène, dont plusieurs de Gabriel en différentes tenues (la fleur humaine d'un passage (Willow Farm, je crois) de Supper's Ready, et le costume de Watcher Of The Skies). On a aussi la liste des morceaux, ainsi qu'une photo de Richard MacPhail, un membre de l'équipe accompagnatrice de Genesis, avec la mention dedicated to Richard MacPhail who left us, April 1973 (on a cru à un moment donné que MacPhail était mort et que le groupe lui rendait hommage, mais non : il a juste quitté l'équipe du groupe, rien d'autre !). On a aussi un texte bizarre de Gabriel, qui raconte une histoire assez space, une jeune femme, dans le métro londonien, se désape et retire même sa peau, laissant son corps littéralement à nu, devant l'étonnement choqué des gens... Ce texte impressionnera fortement William Friedkin, réalisateur de L'Exorciste, qui contactera Gabriel pour un projet de film. Qui ne se fera pas. C'est en partie à cause de ça que Gabriel partira de Genesis en 1975 (en partie seulement) : il sera tellement accaparé par ça qu'il en négligera un peu le groupe, des tensions arriveront, etc... Il y à plusieurs raisons pour le départ de Gabriel après The Lamb Lies Down On Broadway, et ce projet avorté avec Friedkin en est une, mais clairement pas la seule ni la plus importante. N'empêche, elle a sa place aussi !

GENESIS 4

Le live offre 5 titres, donc, dont deux issus de Foxtrot, deux de Nursery Cryme, et un de Trespass. Dans l'ordre d'apparition sur le disque. On démarre avec Watcher Of The Skies, 8 minutes, aussi monstrueux que la version studio qui ouvrait Foxtrot (deux albums de Genesis, d'affilée, qui s'ouvrent sur ce morceau, d'ailleurs, Foxtrot étant le prédécesseur de Genesis Live dans leur discographie). Gabriel est en forme, le groupe aussi, Collins assure à la batterie, Hackett à la guitare, Rutherford avec sa basse, seul Tony Banks est dans le registre du strict minimum. Le mec, qui rigole quand il se brûle, n'a jamais été un expansif à la Keith Emerson, pas le genre de la maison : il joue ses notes, point barre et final. Il joue bien, hein, rien à dire (il estime cependant que The Return Of The Giant Hogweed, sur ce live, est la pire, de ce morceau, jamais jouée par le groupe, et il estime aussi avoir une part de responsabilité dedans), mais il n'improvise pas, n'en rajoute pas. Après, on a Get 'Em Out By Friday !, un morceau également de Foxtrot aussi, donc, une histoire de SF/anticipation/sociale assez bizarre dans laquelle on ne cesse de reloger des gens dans des appartements de plus en plus petits, sous prétexte que la taille humaine ne cesse de diminuer... Encore une fois, Gabriel et le groupe assurent bien, mais la production raw atténue parfois la beauté de l'interprétation (et, aussi, accentue la violence de certains passages). La face A se finissait sur The Return Of The Giant Hogweed, de Nursery Cryme. Ce morceau, qui n'a jamais été un de mes préférés (loin de là !), est en effet, comme Banks l'a dit, assez mal joué ici, il faut le reconnaître... La partie finale reste, cependant, de toute beauté...

GENESIS 3

La face B s'ouvre sur The Musical Box, de Nursery Cryme aussi, 10 minutes (presque 11, c'est le morceau le plus long ici) de féérie absolue, avec un côté plus musclé, agressif que sur la version studio, c'est du au fait que c'est une version live et, aussi, à la production brute. C'est probablement le meilleur moment de Genesis Live, Gabriel y est dans une forme absolue... Quand on écoute ce morceau, on en vient vraiment à regretter que ce live soit si court et qu'il ne contienne que 5 morceaux... Après, l'album se finit sur The Knife, de Trespass, morceau sobrement annonçé par Gabriel, morceau très violent dans ses paroles (un seigneur de guerre envoie ses soldats au combat et à la mort, et leur donne comme instruction de ne pas faire de quartier, même chez les civils). Les paroles sont même, à un moment donné, changées : le All must die with their children ('tous doivent mourir avec leurs enfants') a disparu, remplacé par une ligne de texte moins agressive mais que je n'ai pas vraiment retenue. Cette version live de The Knife achève très efficacement ce live. Ce morceau n'est pas un de mes préférés du groupe, Trespass d'ailleurs n'est pas un album que j'adore, mais je dois dire que cette version live est tuante. Gabriel en état de grâce dans le final : Some of you are going to die/Martyrs, of course, to the freedom I will provide. Voilà, dans l'ensemble, ce qu'offre Genesis Live : sous une production brut de décoffrage et un peu décevante, il faut le dire, on a quatre morceaux géniaux et un qui, en effet, est raté, mais ce morceau raté dans son interprétation ne rend pas le live moins intéressant. Au final, ce n'est pas le live le plus grandiose de Genesis (Seconds Out est supérieur en tous points), mais il est franchement bon, et un fan du groupe se doit de l'avoir chez soi !

FACE A

Watcher Of The Skies

Get 'Em Out By Friday !

The Return Of The Giant Hogweed

FACE B

The Musical Box

The Knife