ELTON 1

Disque très important pour Sir Reginald Kenneth Dwight, alias Elton John, Honky Château est son cinquième album studio et sixième album tout court, et il a été enregistré en janvier 1972 (et est sorti en mai de la même année). Le titre de l'album vient du fait qu'il a été enregistré en totalité (et ce fut, pour Elton, la première fois qu'il enregistrait là) au studio Strawberry, situé dans le mythique Château d'Hérouville, dans l'Oise, en France. Là-même où il enregistrera Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player (enregistrement démarré un mois après la sortie de Honky Château et disque sorti en janvier 1973) et Goodbye Yellow Brick Road (1973 pour l'enregistrement et la sortie). Un endroit magnifique et culte dans l'histoire du rock. Entièrement écrit par son ami le parolier Bernie Taupin, et entièrement composé par Elton, Honky Château, qui plus est, offre à lui seul plus de classiques eltoniens que les précédents opus. Et c'est le premier album avec un trio de musiciens qui collaboreront jusqu'à Captain Fantastic & The Brown-Dirt Cowboy (1975), et même un peu après pour l'un d'entre eux : Davey Johnstone (guitare, c'est de lui dont je parlais à l'instant, il joue sur d'autres albums d'Elton, leur collaboration perdure encore), Dee Murray (basse) et Nigel Olsson (batterie). Evidemment, Elton tient l'ensemble des claviers et du chant. On a aussi la participation amicale du violoniste français Jean-Luc Ponty, connu en partie pour ses collaborations avec Zappa, sur deux titres. Enfin, l'album est important pour Elton car c'est la première fois, à l'époque, qu'il met de côté les arrangements de cordes (sauf pour deux chansons) afin de privilégier un son plus pop et rock, et plus simple, aussi.

ELTON 2

Verso de pochette vinyle

Un son qui, sur l'album, est parfois assez jazzy et honky-tonk, ce qui explique le titre de l'album (qui est, aussi, une allusion au lieu d'enregistrement et un jeu de mots sur la première chanson, Honky Cat). Enfin, si on excepte Ponty sur Amy et Mellow, bien entendu. C'est un peu dommage que Ponty ne joue pas plus sur l'album, car sa participation est excellente. Mais on se console en se disant que l'album offre vraiment des merveilles : Slave (qui est très stonienne dans l'âme, et dont une version raccourcie et plus rapide se trouve en bonus-track CD : elle fut mise de côté à l'époque par Elton, le producteur Gus Dudgeon et Taupin, qui lui préfèreront vraiment la version longue et lente, ils ont raison), I Think I'm Going To Kill Myself, Mellow, Hercules (une chanson aux refrains en doo-wop, amusante, et dont le titre sera réutilisé par Elton quand il officialisera définitivement son pseudonyme en tant que nouvelle identité : il se fera renommer Elton Hercules John !), et, bien entendu, deux chansons absolument quintessentielles, deux monstres sacrés faisant partie de la légende eltonienne : Mona Lisas And Mad Hatters et Rocket Man (I Think It's Going To Be A Long, Long Time). La première est une splendeur lacrymale absolue qui parle des différences sociales et de New York, une chanson à la fois engagée et contemplative un peu, pour le sujet abordé, comme le Men Of Good Fortune de Lou Reed (1973) et le Right On de Marvin Gaye (1971), triste à en pleurer, belle comme un coeur, quelle interprétation... Et l'autre, qui sortira en single, c'est une chanson anthologique, absolument sensationnelle, une des plus connues du binoclard, un chef d'oeuvre de chanson, qui achève divinement bien la face A.

ELTON 3

Le reste de Honky Château est fantastique aussi : Salvation, Honky Cat, Susie (Dramas) sont excellentes, seule Amy me semble, à la rigueur, un petit peu mineure, mais rien de grave, et puis on a le violon de Ponty dessus quand même. Dans l'ensemble, ce disque sorti sous une pochette assez sobre est probablement le premier vrai chef d'oeuvre d'Elton, les albums précédent étant soit excellents (Elton John, Madman Across The Water), soit très très inégaux (Empty Sky, Tumbleweed Connection), mais aucun n'est aussi quintessentiel que cet Honky Château. Par la suite, Elton fera d'autres disques aussi bons (Blue Moves, Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player) et, à deux reprises (Goodbye Yellow Brick Road, Captain Fantastic & The Brown-Dirt Cowboy), des albums encore meilleurs que ce disque de 1972. En gros, Honky Château marque le début du vrai Âge d'Or du chanteur, Âge d'Or qui s'étendra jusqu'à Blue Moves en 1976, une période remarquable où, si on excepte Caribou en 1974, Elton ne fera que des merveilles absolues. Pour un fan de rock, de pop/rock et quelqu'un appréciant les vraies bonnes chansons, Honky Château est rigoureusement indispensable, 45 minutes de pur bonheur.

FACE A

Honky Cat

Mellow

I Think I'm Going To Kill Myself

Susie (Dramas)

Rocket Man (I Think It's Going To Be A Long, Long Time)

FACE B

Salvation

Slave

Amy

Mona Lisas And Mad Hatters

Hercules