SANTANA 1

 Je ne vais pas être très objectif, ce live, triple à sa sortie (désormais double CD, 60 minutes par disque !), sorti sous une pochette d'une beauté et d'une complexité totales (voir les illustrations plus bas), est ultra important pour moi, et je ne saurais m'en passer. Je ne l'écoute pas toutes les semaines, ni tous les mois, mais je n'en ai pas besoin, de l'écouter trop souvent : à chaque écoute, c'est deux heures de transe musicale absolue, de régal, un voyage mystique et stellaire offert par la Santana Airlines... Lotus, car tel est le nom de ce live, est donc un disque de Santana, sorti en 1974. L'album offre un condensé de concerts donnés, par le groupe, au Japon, les 3 et 4 juillet 1973, au Koseinenkin Hall d'Osaka. A la base, Lotus ne devait sortir qu'au Japon (comme Made In Japan de Deep Purple, même si les Deep décidèrent rapidement de sortir leur live dans le monde entier). Pour se procurer ce live à l'époque, il fallait soit se rendre au Japon, soit le commander en import, ce qui prenait du temps et devait, aussi, coûter plus de pognon que de l'acheter direct en magasin. Il faudra attendre les années 90 pour que ce live soit enfin commercialisé mondialement, ce n'est pas l'album le plus facile à trouver chez Santana, mais il a le mérite d'exister en CD, dans sa totalité (14 titres pour le CD 1, 8 pour le CD 2, soit 22 titres en tout). Santana est, à l'époque, en pleine période mystique, démarrée par Caravanserai en 1972, et qui s'achèvera, en gros, par Lotus, justement. Le groupe, qui a souvent changé de personnel, est ici constitué, autour du guitariste Carlos Santana, de Leon Thomas (chant), Doug Rauch (basse), Tom Coster (claviers), Michael Shrieve (batterie), Richard Kermode (claviers), Jose 'Chepito' Areas (percussions) et Armando Peraza (percussions). Le personnel de l'album précédent, Welcome (1973), dont trois titres (quatre, si on compte Mantra, que le CD de Welcome offre, en bonus-track, en version studio) sont présents ici.

SANTANA 5

La pochette dépliée

Mine de rien, Lotus est un live particulier pour Santana, et en général. Sur les 22 titres, on en a précisément 8 qui ne se trouvent sur aucun album de Santana, des morceaux composés pour l'occasion. Un peu comme le Space Ritual d'Hawkwind (1973), Lotus est un live construit comme une expérience, un voyage, plus qu'un simple concert. Le groupe, les 3 et 4 juillet 1973, ont donné, pour les nippons, un spectacle anthologique (le son est puissant, tellement puissant que par moments, ça fait mal aux oreilles ; le seul reproche est que le public est parfois difficilement audible, mais je vous rassure, c'est bel et bien un vrai live, du début à la fin, et pas un faux live). Lotus démarre par Going Home (un morceau cosigné par Alice Coltrane, veuve du fameux saxophoniste de jazz, et Santana), issu de Welcome, et A-1 Funk, deux instrumentaux étonnants. Le premier est très atmosphérique, éthéré, et le second (un des inédits) est, comme son titre l'indique, assez funky. puis, la face Ase finit (déjà !) par les 11,30 minutes d'Every Step Of The Way, issu de Caravanserai, ici dans une version monumentale. A noter que par moments, à deux reprises, Carlos nous offre des notes de guitare suraiguës qui vous feront grimacer et saigner des oreilles, surtout si le volume de votre chaîne hi-fi est élevé ! On atteint ici la limite du supportable pour la stridence, c'est de ça que je voulais vous dire plus haut en parlant de passages faisant mal aux esgourdes... Mis à part ça, c'est puissant. La face B est celle des hits, et s'ouvre sur la triplette Black Magic Woman, Gypsy Queen (à la base, ces deux morceaux sont un seul, en deux parties, ici séparées) et Oye Como Va, trois titres d'Abraxas (1970), excellents, même si Leon Thomas n'est pas le meilleur chanteur du groupe (personnellement, je préfère encore plus la version Moonflower, en 1977, par Greg Walker, de Black Magic Woman/Gypsy Queen !). Et Yours Is The Light, issu de Welcome, morceau à la base chanté par Flora Purim, mais ici instrumental. Une pure magnificence auditive. On a aussi Batuka (inédit) de 55 secondes. La face C s'ouvre sur les 1,15 minute de Stone Flower (Introduction), premières mesures du Stone Flower de Caravanserai. Xibaba (She-Ba-Ba) est un autre inédit, instrumental et franchement excellent. Waiting est issu du premier album (Santana, 1969) et assure, comme toujours ; Castillos De Arena, Part 1 (Sand Castle) et Free Angela, deux inédits, sont sublimes, et la face C se finit par Samba De Sausalito, issu de Welcome, encore meilleur que sa déjà remarquable version studio. Avec la fin de cette face, on est au centre de Lotus, une heure vient de s'écouler, il en reste encore une, et bien que plus de la moitié des morceaux soient passés, on n'est vraiment pas au bout de nos surprises !

SANTANA 2

Un détail de la pochette

La face D, en effet (et le second CD), s'ouvre sur les 7 minutes de Mantra, instrumental étrange, atmosphérique, expérimental aussi, dans un sens, qui met bien dans l'ambiance pour cette relance de l'écoute de Lotus(je peux vous conseiller de faire une légère pause entre l'écoute des deux disques, mais je pense que tout écouter d'une traite est plus efficace). Un morceau que l'on trouve en version studio sur le CD de Welcome, donc, mais qui, à l'époque, était inédit. On passe aux 10 minutes de Kyoto, un solo de batterie prodigieux de Michael Shrieve, batteur présent depuis le premier album (mine de rien, il partira peu après...), un moment obligé de tout concert de rock, le solo de batterie (Wheels Of Fire, Made In Japan, The Song Remains The Same, How The West Was Won, Moonflower...), et si vous n'aimez pas ça, vous n'apprécierez pas vraiment Kyoto. Mais sachez que c'est techniquement irréprochable. Après, la face D se poursuit par 1,13 de Castillos De Arena, Part 2 (Sand Castle), suite logique du la première partie située sur la face précédente. Trop court, mais excellent. Se A Cabo achève la face D. La face E s'ouvre les les 9 minutes tétanisantes de Samba Pa Ti (d'Abraxas), un instrumental grandiose et langoureux, puis Mr. Udo (morceau inédit sous forte influence de Savor, un morceau du premier album !) et enfin, le final obligé d'un concert du groupe, Toussaint L'Overture, instrumental gigantesque issu de Santana III de 1971. La face F (F pour 'fin', ah ah ah) s'ouvre en fanfare sur Incident At Neshabur, morceau instrumental issu d'Abraxas, à la base durant 5 minutes, ici long de...16 minutes ! 16 minutes de transe (le clip plus bas est plus court d'une minute, désolé), un des grands moments de ce triple live décidément anthologique... Unique morceau de la face. La dernière heure se termine, Lotus s'achève sur des échos de guitare se perdant dans le lointain, on sort à peine de la transe et, croyez-moi, on en redemande.

SANTANA 4

Poster (promotionnel ?) proposant l'ensemble des visuels de la complexe pochette

Bien que très long (2 heures, quand même), Lotus est un album fantastique de bout en bout, le disque que l'on écoute avcune admiration totale pour Santana et sa clique. De Going Home à Toussaint L'Overture en passant par Waiting, Mantra, Incident At Neshabur, Samba Pa Ti, Yours Is The Light et Every Step Of The Way, ce live anthologique offre un voyage musical, auditif, sensoriel hors du commun, avec un son juste fantastique (les concerts enregistrés au Japon sont souvent remarquables, niveau son), une performance insensée, une durée généreuse, et un packaging, qui plus est, d'une beauté et originalité totales (le vinyle est un sublime objet de collection, que j'ai prévu de me payer incessamment sous peu par ailleurs, rien que pour l'objet). Bref, totalement grandiose et indispensable !

FACE A

Meditation

Going Home

A-1 Funk

Every Step Of The Way

FACE B

Black Magic Woman

Gypsy Queen

Oye Como Va

Your's Is The Light

Batuka

Xibaba (She-Ba-Ba)

FACE C

Stone Flower (Introduction)

Waiting

Castillos De Arena, Part 1 (Sand Castle)

Free Angela

Samba De Sausalito

FACE D

Mantra

Kyoto (Drum Solo)

Castillos De Arena, Part 2 (Sand Castle)

Se A Cabo

FACE E

Samba Pa Ti

Mr. Udo

Toussaint L'Overture

FACE F

Incident At Neshabur