CRAMPS 1

Trash power. Non, sérieux, trash power. Ce disque dit tout, niveau trash. Il suffit de regarder les titres des chansons : 'Eboueur', 'J'étais un jeune loup-garou', 'Le père cinglé', 'La danse des zombies', 'Strychnine', 'Ce qu'il y à derrière le masque', 'J'ai des crampes'. Tiens, en parlant de crampes... Ce groupe, c'est The Cramps, un fameux groupe de punk-rock/psychobilly fondé en 1976 par un couple dégénéré, Erik Lee Purkhiser (mort en 2009, il est né en 1946, le 21 octobre, jour de ma naissance - mais pas l'année, ah ah ah) et Kristy Marlana Wallace. Le premier (chant), se fera appeler Lux Interior, et la seconde (guitare, basse), Poison Ivy Rorschach (se prononce 'rorchar'). Les deux zigotos, qui vouent une passion commune pour les films d'horreur de série B et Z, le rock'n'roll/rockabilly, le punk-rock et les attitudes trash, et sans doute aussi quelques drogues, les deux zigotos, donc, décident de fonder un groupe. Purkhiser/Lux Interior, qui travaille dans un magasin de disques à New York, rencontre dans ce magasin Gregory Beckerleg (mort en 2001, ce mec est né le même jour que Poison Ivy, soit le 20 février, mais pas la même année, elle a un an de plus que lui), qui y bosse aussi, un mec qui, tiens donc, partage les mêmes goûts. Engagé comme gratteux, en plus, avec sa mèche blanche, il fait cool. Gregory Beckerleg devient Bryan Gregory (Bryan en hommage à Brian Jones des Rolling Stones). La soeur de Gregory, Pam (Pam Balaam), est engagée comme batteuse, mais elle sera rapidement remplacée par un certain Nicholas George Stephanoff, alias Nick Knox. Sur la pochette de l'album, ci-dessus, c'est, de gauche à droite, Poison Ivy, Gregory, Lux Interior et Knox.

CRAMPS 2

Recto et verso de pochette vinyle

L'album... Produit par Alex Chilton (Box Tops, Big Star), il est le premier du groupe, et s'appelle Songs The Lord Taught Us ('Chansons que le Seigneur nous a enseignées'). Quel Seigneur ? Dieu ? Si c'est Dieu, il est bien mal représenté ici, tant le disque suinte le Mal absolu. C'est un fait, en environ 38 minutes (pour 13 titres), ce premier album des Cramps, et sans doute leur meilleur (Psychedelic Jungle vaut vraiment le coup, cependant), sorti en 1980, est totalement ravageant. Une production brutale, glauque, un chant cinglé de Lux Interior (dont le jeu de scène était on ne peut plus malade), une absence de basse, des guitares, surtout celle de Bryan Gregory, au son terrifiant... Ce dernier joue de sa guitare comme un fou, elle sonne comme une roulette de dentiste, une tronçonneuse ensanglantée, un truc de ce genre. Et les paroles... T.V. Set est d'un glauque absolu, et ne parlons pas de The Mad Daddy, I'm Cramped ou de ce Garbageman (Oh do you under-staaaaand ?) fou furieux dont le clip original montre le groupe évoluer dans un cimetière glauque et embrumé, ambiance films de la Hammer. Ou de Roger Corman. On a aussi What's Behind The Mask : on imagine ce qui se cache derrière le masque, ça ne doit pas être très beau... Le groupe se permet quelques reprises, pas piquées des vers, toutes fantastiques : Rock On The Moon, Sunglasses After Dark, Fever (meilleure que l'originale ?), et surtout ce Strychnine emprunté aux Sonics, chanson déjà démentielle en 1965, parlant de la came (qui est aussi un poison, concernant la strychnine) et ici totalement loufdingue. Plus des emprunts : la son de la guitare, surtout sur I Was A Teenage Werewolf (titre d'un film d'horreur de série B des années 50 avec Michael Landon dans le rôle-titre), sonne comme du Link Wray (Rumble, Raw-Hide) sous strychnine. Un son puissant, garage, malsain. Pile poil ce qu'il fallait. Et même les chansons les moins trash (Rock On The Moon, du pur rockabilly, Fever, Sunglasses After Dark et cette guitare inoubliable et suraiguë) le deviennent, par la magie noire du chant de Lux et du son de guitare de Poison et surtout de Gregory.

CRAMPS 3

Songs The Lord Taught Us est un disque conseillé à tous les amateurs de pure sauvagerie rock, de dinguerie assumée : c'est, vraiment, un des albums les plus malades que je connaisse. Pas un disque conseillé aux sensibles, aux amateurs de rock pur, mais en revanche, si votre idéal repose dans la subversion, les films d'horreur mal foutus, les ambiances putrides et rigolardes (un peu comme les Australiens de The Birthday Party, dont est issu Nick Cave) et le garage-rock, alors vous devriez kiffer votre race en kilt rose saumon. Un disque puissant, mythique, sans doute le meilleur du groupe, et leur premier. Un disque important, pour les Cramps comme pour le rock en général. 13 chansons, 13 claques dans la gueule !

FACE A

T.V. Set

Rock On The Moon

Garbageman

I Was A Teenage Werewolf

Sunglasses After Dark

The Mad Daddy

FACE B

Mystery Plane

Zombie Dance

What's Behind The Mask

Strychnine

I'm Cramped

Tear It Up

Fever