WHO 1

 Il est grand temps de reparler des Who sur le blog... Ce disque, je l'avais déjà abordé ici, évidemment, et il y à un petit moment (en 2009), mais j'ai décidé d'en reparler, comme je le fais actuellement sur le blog avec mes anciennes chroniques. Sorti en 1971, ce disque est le meilleur des Who, mais le groupe lui-même n'est (n'était, en tout cas) pas du tout de cet avis. Pour eux, ce disque, Who's Next, est le ratage de leur carrière. Apparemment, personne n'a cru bon d'annoncer aux Who qu'ils avaient enregistré Who Are You, Face DancesIt's Hard et Endless Wire. Ceux-là sont vraiment des ratages (faits entre 1978 et 1982, et 2006 pour le dernier) ! Mais on peut, en revanche, piger que la terrible histoire tournant autour de Who's Next, la gestation difficile de l'album, ait miné le groupe et les ait rendus amers à son sujet...A la base, ce disque devait être un opéra-rock, double, du nom de Lifehouse. Le succès de Tommy (1969) a donné à Pete Townshend (guitare, leadership du groupe) l'idée de récidiver. Lifehouse, comme il l'annoncera en 1970, sera un opéra-rock, et aussi un film. Un projet monstrueux que Townshend écrit, et que le groupe enregistre. Mais le groupe se rend rapidement compte que Lifehouse ne marchera pas, le projet capote, ça ne fonctionne pas, le bide est assuré. Townshend déprime, il tente de se foutre en l'air (défenestration), une charmante jeune femme le remarque et lui sauve la vie in extremis). Glyn Johns, ingénieur du son et producteur, décide de récupérer les bandes afin d'en faire un disque viable, que le groupe réenregistre. Seule My Wife, du bassiste John Entwisle (qui joue aussi les cuivres sur l'album), ne fait pas partie de Lifehouse.

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Verso de pochette

Du bourbier Lifehouse, les Who désemparés par le capotage du projet et Glyn Johns font un disque de 43 minutes, qui cartonnera, et sera rempli de classiques du groupe. Sous une pochette mythique qui parodie 2001 : L'Odyssée De L'Espace de Kubrick, le groupe venant de pisser sur un monolithe de béton dans une carrière. Le groupe revenait d'un concert, ils avaient envie de pisser, un photographe était là et les a immortalisés une fois le forfait accompli... Pisser sur du béton étant périlleux (ça gicle, ça ricoche !), ils ont du s'en foutre partout, à moins d'avoir joué les canadairs à plusieurs mètres de la cible...ou à moins que la photo ait été truquée (apparemment, certains des Who n'ont pas réussi à faire pleurer Mimine, et de l'eau fut utilisée pour réproduire l'effet pissous sur le béton - Daltrey, sur la photo, semble comme siffloter avec l'air du mec ayant parfaitement accompli son office) ! Au verso de pochette, c'est plus sobre, une photo du groupe dans une salle obscure pleine de chaises superposées, une sorte de loge improvisée après un concert. Le disque a été baptisé Who's Next afin de faire un jeu de mots entre 'A qui le tour ?' et 'Le nouveau des Who'. Une campagne de publicité utilisera une photo de Keith Moon déguisé en vieille pute, et qui, à la base, avait été pressenti comme la photo de pochette, ils ont bien fait de changer... Allez, assez parlé de la pochette, parlons de l'album, musicalement parlant ! Who's Next est quasiment parfait dans la catégorie du disque de rock varié et qui bute. On a juste, en ce qui me concerne, une chanson qui ne me plaît pas du tout, Going Mobile (une ode aux Vespas, interprétée par Townshend), mais pour le reste, c'est Shangri-La. L'album s'ouvre en fanfare sur Baba O'Riley, morceau tétanisant qui mélange deux anciens titres de Lifehouse qui, en tant que tels, ne seront pas enregistrés (juste écrits) : Baba O'Riley (un instrumental) et Teenage Wasteland. Le morceau, qui tire son nom à la fois de Terry Riley (compositeur de musique contemporaine) et de Meher Baba (un maître spirituel indien), s'ouvre sur un long tunnel de synthétiseur et se finit sur du violon (joué par Dave Arbus, cette partition de violon est une idée de Keith Moon !). C'est pour ainsi dire la première fois, dans le rock, en 1971, qu'un synthétiseur est joué de la sorte, en instrument principal (uniquement pour l'intro) et pas juste pour filer une ou deux notes d'ambiance ! La chanson est surpuissante, Daltrey y est en grande forme (quand sa voix déboule, Out here in the fields, c'est monstrueux, on est direct pris dans la chanson). Elle s'achève en fanfare. La chanson sera, on le sait, utilisée comme générique de la série TV Les Experts : Manhattan (les deux autres séries du groupe Les Experts utilisent des chansons des Who aussi : Who Are You, de l'album du même nom, pour Les Experts classique, et Won't Get Fooled Again, dernière chanson de Who's Next, pour Les Experts : Miami). Difficile, maintenant, d'écouter ces chansons sans penser à ces séries (que personnellement je n'aime pas du tout) !

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Affiche promotionnelle de l'époque, avec Keith Moon en gonzesse

Bargain, qui utilise aussi le violon d'Arbus, suit, un morceau tétanisant, féroce, très rock. Daltrey, encore une fois, assure (I fall in a bargain, the best I ever had...THE BEST I EVER HAAAAAAAAD !!), le morceau offre 5 minutes de puissance rock absolue... Le contraste avec le court (2,10 minutes) et acoustique Love Ain't For Keeping, qui suit, n'en est que plus absolu. Love Ain't For Keeping était à la base un morceau rock, et sans aucun doute plus long, mais le groupe l'enregistrera en acoustique pour voir, et, jugeant sur place en comparant les deux versions, choisira la version calme. Je ne sais pas ce que vaut la version rock, mais croyez-moi, je pense qu'ils ont bien fait, car c'est une pure splendeur, voilà, c'est dit. Le genre de chanson qu'on aimerait entendre plus souvent, le genre de chanson qu'il faut (prescription clashdohertyienne quasiment médicale) écouter quotidiennement, pas forcément celle-là, mais une chanson telle que celle-là. Que c'est beau... Puis My Wife, dont j'ai dit plus haut que : a), elle est signée du bassiste/cuivriste John Entwisle, qui la chante, et que b), elle est la seule des 9 de Who's Next à ne pas faire partie du projet capoté Lifehouse. La chanson est pleine d'un humour féroce, et parle d'un homme qui, ayant découché du domicile familial depuis plusieurs jours, a peur de rentrer chez lui car il craint que sa femme ne le mette en pièces (le She's coming ! She's coming ! final m'a toujours fait penser à un mec apeuré face à un monstre sanguinaire qui s'approche lentement de lui pour le bouffer). Le bassiste, qui use beaucoup de cuivres sur le morceau (le final, notamment), aurait écrit ce morceau après s'être engueulé avec sa femme au cours d'une promenade. Sa femme n'a pas été vexée de la chanson, elle aurait même proposé à Entwisle de monter sur scène avec un rouleau à pâtisserie pour faire style de le menacer/pourchasser avec ! Entwisle, le mec qui ne souriait même pas quand il se coupait un doigt, n'aimait pas cette version de la chanson (il la réenregistrera en solo), mais il la jouera souvent en concert ! La face A se finissait sur The Song Is Over, chanson assez longue (6,20 minutes) utilisant, en final, quelques mesures de Pure And Easy, autre chanson de Lifehouse. The Song Is Over est une pure merveille, le piano est d'une beauté intersidérale, Townshend y chante un petit peu, ces passages doux au piano sont si beaux qu'on en vient limite à regretter que le reste du morceau (I'll sing my song...), par Daltrey, soit si rock ! Une fin de face efficace (ça rime).

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La B s'ouvrait sur la magnifique Getting In Tune, chanson elle aussi d'abord calme, puis assez énergique, et là aussi, le moment énergique, le final, est moins grandiose que le reste. Mais ça reste franchement sublime, je chipote totalement, en fait ! Daltrey chante en effet franchement bien ici, pléonasme je sais, mais quand même. Puis Going Mobile...J'ai eu l'occasion plus haut de dire que je n'aime pas ce titre, c'est vraiment le cas, je le trouve énervant, et vraiment fadasse... Heureusement, la suite détonne. Behind Blue Eyes, qui sera reprise (Dieu, sauve nos âmes) par Limp Bizkit pour un film raté (Gothika), est une pure merveille, une chanson à prédominance acoustique, douce, une ballade (qui possède cependant, on parle des Who après tout, un passage rock, de toute beauté), interprétée avec passion et majestuosité par notre camionneur en rut, Daltrey, qui est ici franchement subtil et apaisé. On en redemande, et c'est trop court (3,40 minutes). Et Won't Get Fooled Again, 8,30 minutes achevant le disque en fanfare, chanson ayant donc été utilisée comme un autre générique de série TV bien connue. Encore des synthés, après Baba O'Riley, et ils sont encore mieux utilisés. Une chanson surpuissante, aux paroles remarquables (Meet the new boss, same as the old boss), une marée de puissance en guise de conclusion d'album, la conclusion parfaite pour Who's Next par ailleurs (je n'arrive pas à imaginer la chanson à une autre place qu'en final). On ne se laissera pas avoir une nouvelle fois est un des meilleurs morceaux du groupe, et le sommet d'un album qui, on l'a vu, ne contient quasiment que ça. Faut le faire !

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Et au final, Who's Next est un chef d'oeuvre. Pourtant, le disque a été assemblé assez rapidement par le groupe et Glyn Johns pour essayer de faire un disque viable d'un projet avorté pharaonique dont le bide artistique a laissé le groupe sur le carreau (Townshend, surtout), et ce genre de disques, fait à la va-vite, aurait très bien pu être totalement foiré. Mais de cette collection de chansons assemblées à la hâte en est ressorti un sommet, le meilleur album studio du groupe, devant les opéra-rocks Quadrophenia (le suivant, 1973) et Tommy (le précédent, 1969). En tant qu'album studio classique des Who, si on excepte les opéra-rocks cités, Who's Next est probablement le meilleur et le seul vraiment convaincant, les premiers albums étant inégaux (des chansons pas top au milieu de classiques), et la suite et fin de leur carrière, après 1973, est assez mauvaise, excepté un Who By Numbers très bon en 1975. Ce disque de 1971 est un des meilleurs de l'histoire du rock, et à l'écouter, on pige vraiment pourquoi ! We don't get fooled again !

FACE A

Baba O'Riley

Bargain

Love Ain't For Keeping

My Wife

The Song Is Over

FACE B

Getting In Tune

Going Mobile

Behind Blue Eyes

Won't Get Fooled Again