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 En 1974, les Wings cartonnent (c'est clairement une de leurs années : tous les singles de Band On The Run, album sorti en décembre 1973, vont percuter les charts et hanter les ondes radio du monde entier ; une sorte de revanche après des débuts parfois un peu difficiles en 1971/1972), et se recyclent, en engageant le batteur Geoff Britton et le guitariste Jimmy McCulloch. Britton va enregistrer quelques trucs avec le groupe (le génial single Junior's Farm), mais va cependant rapidement s'en aller (il ne s'entendait pas bien avec certains autres membres) et laisser sa place à un Américain du nom de Joe English. Qui fera l'affaire. Le batteur achève avec le groupe les sessions du futur album, Venus And Mars (quelques titres, peu au final, sont avec Britton à la batterie), album enregistré, pour Capitol Records, entre la Californie et La Nouvelle-Orléans. L'album sort en 1975 et cartonne, quelques uns des plus gros hits du groupe (Listen To What The Man Said...) en sont issus. Rapidement, le groupe va préparer le successeur de ce best-seller à pochette minimaliste (deux boules de billard, une rouge et une jaune, sur fond bleu-nuit/noir). Ayant par ailleurs retrouvé le label EMI, Paul McCartney va entrer en studio (à Abbey Road, no shit), avec son groupe inchangé depuis Venus And Mars, en janvier 1976, et les sessions dureront jusqu'à février, pour une sortie fin mars. Deux mois à peine pour enregistrer les 46 minutes de l'album (qui offre 11 titres), et une sortie le mois suivant, inutile de dire que cet album, le cinquième des Wings (et septième de Macca solo), a été fait rapidement. 

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Ce qui sera un peu reproché au disque, d'ailleurs, à sa sortie. Wings At The Speed Of Sound, tel est son nom, semble avoir été fait vraiment à l'arrache, même sa pochette est d'équerre avec ces reproches, on y distingue le titre de l'album en grosses lettres rouges sur une grille faisant penser à des tablatures pour partition de guitare. Simplissime mais pas exactement sublime. Au dos, on a cinq bandes de photos entremêlées les unes dans les autres, représentant chacune un des membres du groupe, avec des expressions faciales souvent comiques (grimaces, etc, enfin, sauf pour English, plus mesuré), une allusion plus que probable à la pochette du troisième Beatles (vous vous rappelez ce groupe ?), A Hard Day's Night. A l'intérieur de a pochette simple, on a une sous-pochette avec, d'un côté, des photos noir & blanc du groupe en studio, et de l'autre, un dessin représentant des gens devant l'entrée d'un club, et au fond, représentant l'intérieur du club, une photo du groupe sur scène. L'album, à sa sortie, récoltera de bonnes critiques, mais malgré tout, les mauvaises critiques des débuts vont commencer à refaire surface. Pour beaucoup, le disque a été fait trop vite, et il y avait surtout un élément essentiel du contenu de l'album qui, pour certains, ne passera pas : Wings At The Speed Of Sound (même le titre fait réchauffé, diront sans doute certains, et il est vrai que ce n'est pas un titre aussi original que Venus And Mars) est un album totalement démocratique. Chaque membre du groupe, sans aucune exception, chante au moins un titre. Bien entendu, Paulo a la majorité des titres (sur les 11, il en chante 6), mais les 5 autres sont interprétés par les autres Wings (Denny Laine en chante deux).

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Plus fort : Laine a écrit un des deux titres qu'il chante, et Jimmy McCulloch a écrit lui-même sa chanson (sur Venus And Mars, il chantait Medicine Jar, qu'il avait écrit tout seul, ce n'est donc pas une nouveauté). Les chansons sont en alternance idéale, faisant de l'album un disque très varié et, vraiment, plaisant. Les gens ont commencé à gueuler, et certains doivent toujours gueuler à se sujet, je me souviens d'une vidéo sur YouTube (un Youtubeur américain du nom de Mean Mr Mayo, Beatlemaniaque collectionneur dont je recommande les vidéos si vous comprenez l'anglais, qui disait à propos de ce disque qu'il n'aimait pas entendre d'autres voix que celle de McCartney sur un disque de McCartney. Erreur, mec ! C'est un disque des Wings, un groupe certes fondé par McCartney, mais un groupe, pas Paul McCartney accompagné de musiciens. Si l'album était sorti sous le nom de Macca seul, là, d'accord. Mais au sein d'un groupe, il est normal que les autres, s'ils le souhaitent, chantent aussi, non ? Et le fait est que mis à part Cook Of The House, petite chanson amusante mais très mineure interprétée par Linda McCartney (qui, il faut le dire, n'a jamais été une grande chanteuse, même si sa voix faisait des harmonies parfaites en contrepoint), les chansons interprétées par les autres Wings sont vraiment bonnes. McCulloch offre un Wino Junko excellent sur les ravages de l'alcool et de la drogue (Medicine Jar parlait de ça aussi, et ironie suprème, Jimmy était junkie, et mourra d'overdose en 1979). Joe English chante très bien (sa seule participation vocale à un album des Wings) Must Do Something About It, petite chanson pop qui peut sembler assez datée, mais n'en est pas moins agréable. Sa voix est plus fine et fluette que son physique barbu et costaud pouvait le laisser présumer. Denny Laine chante très bien (ce n'est pas la première fois qu'il chante au sein du groupe : I Lie Around, Spirits Of Ancient Egypt, No Words) sur le The Note That You Never Wrote de Macca, et son propre Time To Hide, qui est absolument génial.

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Macca a, lui, on s'en doute, la primeur des deux hits de l'album : Let 'Em In, qui ouvre magnifiquement le bal un morceau downbeat, calme, à la mélodie irrésistible, aux paroles faisant allusion à des membres de sa propre famille, et Silly Love Songs, tuerie pop dans laquelle il reconnaît faire des chansons d'amour stupides (le titre de la chanson) et mièvres, mais bon, c'est ce que les gens aiment, où est le problème, et d'ailleurs, quitte à faire une chanson d'amour bien conne, autant aller jusqu'au bout. Le refrain est un simple I loooooove yooouuuuuuu sur fond d'arrangements de cordes, bien sirupeux et con comme on aime. La chanson va cartonner dans les charts (l'autre hit aussi) et reste encore aujourd'hui une des plus fameuses du bassiste gaucher. Sur l'album, Macca offre aussi la ballade Warm And Beautiful, qu'Elvis Costello, qui collaborera avec Macca en 1989, citera un jour comme étant la plus belle chanson d'amour jamais faite ; on a aussi She's My Baby, régal pop sautillant sans prétention ; San Ferry Anne (anglicisation barbare de l'expression française ça ne fait rien), petite chansonnette à l'ancienne comme Macca a toujours aimé en mettre sur ses albums (You Gave Me The Answer, English Tea bien des années plus tard). Et surtout, le chef d'oeuvre méconnu, Beware My Love, une tuerie très rock de plus de 6 minutes qui, pour moi, est clairement le sommet de l'album. Et pourtant, Wings At The Speed Of Sound offre vraiment de grandes chansons. Bien que dénigré par une partie de la presse (et des fans) à sa sortie, l'album est un régal pop/rock de plus, qui n'a absolument pas à rougir, tant du point de vue des morceaux, de leur interprétation ou de sa production, comparé à Venus And Mars. J'adore ce disque et je prends toujours autant de plaisir à l'écouter. Cet album sera l'occasion d'une grosse tournée américaine, la première fois que Macca rejouera aux USA en 10 ans, tournée qui sera aussi, pour lui, l'occasion de rejouer des titres des Beatles (là aussi, une première depuis 10 ans), tournée immortalisée par un triple live sorti en fin d'année 1976, Wings Over America, et un film sorti tardivement (1979), version filmée du triple live, Rockshow. Tous deux absolument essentiels. Pour le live, j'y reviens demain !

FACE A

Let 'Em In

The Note You Never Wrote

She's My Baby

Beware My Love

Wino Junko

FACE B

Silly Love Songs

Cook Of The House

Time To Hide

Must Do Something About It

San Ferry Anne

Warm And Beautiful