HAWKWIND 1

 Sorti en 1972, Doremi Fasol Latido (titre chelou, surtout que les Anglais utilisent des lettres pour désigner les notes de musique) est le troisième album d'Hawkwind, un groupe de space-rock à tendance hard-rock. Difficile à définir, c'est une sorte de croisement entre Pink Floyd et Black Sabbath ! Le groupe s'est fondé en 1970, a sorti un album par an de son premier (Hawkwind) à 1982 (Choose Your Masques), est toujours en activité car Onward, leur dernier album, date de 2012. En 1972, année de sortie de Doremi Fasol Latido, lequel est, avec le double live Space Ritual de 1973, leur meilleur album, Hawkwind est constitué de Dave Brock (toujours dans le groupe à l'heure actuelle, le seul membre originel) au chant, à la guitare électrique et acoustique ; de Lemmy Kilmister (basse, choeurs, chant sur un titre) ; de Nik Turner (saxophone, chant) ; de Dik Mik (synthétiseurs) ; Del Dettmar (idem) ; Simon King (batterie) ; et, sur scène, d'une certaine Stacia, une danseuse plantureuse qui évoluait nue ou presque, peinturlurée, pendant les concerts, partie intégrante de l'univers d'Hawkwind. L'album a été enregistré au studio Rockfield, au Pays de Galles, entre septembre et octobre 1972, l'album est sorti en novembre, enregistrement rapide ! Ce qui explique vraisemblablement que la production de l'album soit aussi moyenne, le son est caverneux, monolithique, et, sincèrement, ne reflète pas totalement la puissance de feu du groupe (un peu comme pour l'album Neverneverland des Pink Fairies, de 1971, que je réaborderai ici bientôt).

HAWKWIND 4

Recto et verso de la sous-pochette (imprimé d'un seul tenant dans le livret CD)

Sinon, ce disque offre 7 titres, pour un total de 42 minutes. Le CD dure 16 minutes de plus, on a des bonus-tracks (Urban Guerilla, single sorti à l'époque, Brainbox Pollution, Ejection et une version raccourcie, single, de Lord Of Light). Urban Guerilla et Ejection sont chantés par Robert Calvert (un poète et musicien qui participera un peu avec Hawkwind, notamment sur le double live de 1973), et Paul Rudolph, de Free, joue de la guitare sur Ejection, aussi). Les bonus-tracks sont franchement bons. Pour en revenir à l'album original, parlons un peu de son titre et de sa pochette avant de détailler la musique. La pochette représente, sur fond noir, une sorte de bouclier, qui deviendra un emblème pour le groupe. A l'intérieur (sous-pochette), on a un dessin représentant une horde de barbares à cheval, sur fond orangé, on distingue des soucoupes volantes dans le ciel, rétrofuturisme absolu. Le gros souci concernant cette illustration qui s'étend sur une double page est qu'elle n'est pas imprimée à l'intérieur d'une pochette ouvrante, mais sur les deux côtés de la sous-pochette renfermant le disque, voir ci-dessus ! Au dos de pochette, on voit une illustration spatiarde assez étrange (ci-dessous), et avec, aussi, sur la sous-pochette, un texte assez fantasy pour illustrer le propos. Le groupe possède une dimension SF/fantasy importante, Michael Moorcock, auteur de SF/fantasy, écrira des textes, des chansons pour le groupe par la suite (dès Space Ritual: les intermèdes parlés du live sont signés de sa main) ! Pour le fun, voici le texte de la sous-pochette (dans le phylactère), situé dans le livret CD aussi : The Saga of Doremi Fasol Latido is a collection of ritualistic space chants, battle hymns and stellar songs of praise as used by the family clan of Hawkwind on their epic journey to the fabled land of Thorasin. The legend tells of the Hawklords last and defeated stand against the "tyranny of the corrupt forces for law and evil", but the inner sleeve has redemption in the legend : And in the fullness of time, the prophecy must be fulfilled and the Hawklords shall return to smite the land. And the dark forces shall be scourged, the cities razed and made into parks. Peace shall come to everyone. For is it not written that the sword is key to Heaven and Hell ?

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Dos de CD (pour le vinyle, c'est similaire)

Quant au titre de l'album, en plus d'être une allusion évidente au système de repérage des notes de musique, il est aussi, selon le groupe et l'auteur de la pochette (Barney Bubbles), une allusion à la musique des sphères. Chaque note représente une planète et une couleur : Do (Mars ; rouge), Re (Soleil ; orange), Mi (Mercure ; jaune), Fa (Saturne ; vert), Sol (Jupiter ; bleu), La (Vénus ; indigo) ; Ti (ou Si ; Lune ; violet), et à nouveau Do (même signification, évidemment). Tout un programme ! Bon, maintenant qu'on a parlé du contenu visuel, parlons du contenu musical. Comme je l'ai dit, l'album, pour 42 minutes, n'offre que 7 titres. En sachant que l'un d'entre eux (One Change, instrumental achevant la face A) ne dure que 50 secondes, on imagine aisément que les 6 titres restants sont longs, ils totalisent 41 minutes ! Au sujet de One Change, d'abord, ce morceau atmosphérique et calme n'a pas une importance relative, il n'est là qu'en interlude, histoire de dire maintenant, on change de face, on retourne le disque. En CD, ce sens n'existe évidemment plus... Cet instrumental, musicalement joli, ne sert à rien, donc. Allez, sinon, le disque s'ouvre en fanfare avec Brainstorm, morceau le plus long de l'album, 11,30 minutes de folie spatiarde et heavy. Le morceau se lance direct par un riff mortel, immédiatement suivi de la basse de Lemmy (futur Motörhead, comme chacun le sait, groupe qu'il fondera en 1977, un an après avoir été viré d'Hawkwind) et de ruades de batterie fantastiques (malgré la production de l'album). Un morceau qui décolle, embarque l'auditeur dans un voyage stellaire ahurissant, une décharge d'électricité constante (la basse, jouée comme une guitare, est mortelle), un morceau qui sera un intouchable, en live, pour le groupe. Le temps passe si vite, à écouter Brainstorm, qu'une fois fini, on a l'impression que le morceau durait en fait deux fois moins de temps que ses quasi-12 minutes ! Space Is Deep, 6,20 minutes, suit. Un morceau d'apparence plus reposant, le chant est posé (Brock chante bien), l'ambiance est assez spatiarde aussi, mais plus floydienne que metal. Si on excepte un passage monstrueux (la basse, encore, qui viole littéralement les oreilles de l'auditeur !) dans son centre, faisant intervenir des synthés très chelous de Dik Mik et Dettmar. Après ce deuxième régal, la face A se finit doucement avec le One Change cité plus haut. Hop, on retourne le noir vinyle (ou on laisse le CD se poursuivre, OK) !

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Avec les lunettes : Lemmy. Devant : Simon House. Et sauf erreur de ma part, Dave Brock est du côté du bras tendu de Lemmy

La face B sera, difficile à croire mais vrai, encore plus fantastique. Elle démarre en fanfare avec les 7 minutes apocalyptiques de Lord Of Light. Intro stellaire, floydienne, et morceau qui, rapidement, décolle. La basse, mon Dieu... Lemmy, Ian Fraser Kilmister de son vrai nom (Lemmy est un surnom venant de Lemme, abréviation de Let me a few money, qui viendrait du fait que, dans sa vie de jeune adulte, il était fauché et demandait sans cesse de l'argent à ses amis, qui ont immortalisé ainsi ce détail en le surnommant Lemmy), est vraiment un bassiste mortel. Dire qu'il a empoigné la basse pour rendre service au groupe, lui qui n'était, avant, qu'un roadie (il l'a été pour Hendrix, d'ailleurs) ! Sur Lord Of Light, c'est la basse qui mène la danse, jamais, ou presque, avant d'écouter ce disque, je n'avais entendu de la basse de cette manière. Une transe ahurissante vous prendra tout du long du morceau. On passe ensuite aux 3 minutes de la ballade folk futuriste Down Through The Night, une pure merveille, douce, l'exact opposé des deux morceaux qui la sandwichent sur l'album. Le chant de Brock est parfait, le morceau est tellement fort, tellement évocateur, que lorsqu'on l'écoute pour la première fois, on a limite l'impression de déjà le connaitre ! Time We Left This World Today, longue (8,45 minutes) jam bien boogie, suit, un déluge de puissance avec une ambiance bien prenante. Le morceau est sans doute un petit peu long quand même (j'aurais retiré 2 minutes, perso, et encore, en étant sévère), mais quelle transe, là encore, et quelle basse ! L'album se finit superbement sur les 4 minutes assez acoustiques de The Watcher, première composition d'Hawkwind signée Lemmy, qui chante (sa première fois aussi), une chanson magnifique que Lemmy reprendra au sein de Motörhead sur le premier album (Motörhead, 1977) du groupe. Motörhead, dont le nom de groupe est à la base une chanson d'Hawkwind, d'ailleurs !

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Lemmy dans Hawkwind

Puissant de bout en bout, Doremi Fasol Latido est donc un classique du space-rock et du hard-rock, seule sa production (jugée mince, ratée par Lemmy et plusieurs membres du groupe) est un défaut, un reproche à lui faire. Il faut dire que le groupe n'avait pas de gros moyens à leurs dispositions, et que le studio gallois de Rockfield n'est pas Abbey Road ou le Record Plant de Los Angeles, loin de là. Avec les moyens du bord, le groupe a cependant réussi un disque puissant, monstrueux même, 42 minutes qui, malgré le son, sont parfaites. De Brainstorm à The Watcher en passant par Lord Of Light et Space Is Deep, tout, tout, même One Change en fait (50 secondes, c'est tellement court que ça passe tout seul sans qu'on s'en rende compte), est génial. A l'arrivée, un sommet du rock, qui sera d'ailleurs bien accueilli à sa sortie (ça ne sera pas un succès commercial, mais les critiques seront bonnes ; Nick Kent, fameux rock-critic du NME, dira ça me ferais honte de dire que je n'aime pas ce disque), et le meilleur album studio d'Hawkwind. La suite de leur carrière sera parfois excellente (Hall Of The Mountain Grill, Warrior On The Edge Of Time), et surtout le double live Space Ritual, mais dans l'ensemble, Doremi Fasol Latido est clairement leur sommet.

FACE A

Brainstorm

Space Is Deep

One Change

FACE B

Lord Of Light

Down Through The Night

Time We Left This World Today

The Watcher