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Mythique, cultissime, anthologique, les mots ne manquent pas pour parler de ce groupe et de ce disque, leur unique. Blind Faith. Groupe britannique fondé en 1969 par des musiciens venant tous de plaquer leurs groupes respectifs avec pour idée générale de se ressourcer et demonter un projet commun. D'abord assez folk, le projet virera au blues-rock, sous la houlette du légendaire producteur Jimmy Miller (dont il n'est pas exclu qu'on reparle dans le prochain article du blog...). Blind Faith est l'idée principale de deux génies du rock britannique : Stevie Winwood et Eric Clapton. Le premier venait de quitter Traffic, et le second, Cream. Ils sont amis, se retrouvent dans le manoir de Clapton, sont vite rejoints par le batteur de Cream, Ginger Baker, venu au cas où (on a toujours besoin d'un batteur, après tout !). Le trio enregistre moult jams (présentes dans la réédition DeLuxe de 2001, quatre longues jams instrumentales allant de 12 à 16 minutes, toutes sur le second CD) pour se rôder. Clapton à la guitare, Baker à la batterie, Winwood à la basse, aux claviers, et au chant. Un jour, un certain Ric Grech, bassiste de Family (violoniste aussi), rejoint le groupe. Blind Faith est, ça y est, au complet, Winwood peut abandonner la basse pour Grech, et s'en tenir aux claviers et au chant ! Le groupe, co-managé par Robert Stigwood (Polydor) et Ahmet Ertegun (Atlantic), enregistre, aux studios Olympic, leur album.

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Clapton, Grech, Winwood (j'adore sa bouille sur la photo !), Baker

42 minutes, offre généreuse (même si ça aurait pu être plus long encore), surtout que l'album n'offre que... six titres. Mais quels titres ! de Had To Cry Today (8,50 minutes) à Do What You Like (15,15 minutes), tout est prodigieux sur Blind Faith, unique album de Blind Faith. La pochette de l'album entraînera censure dans plusieurs pays, elle sera remplacée par celle ci-dessous, une pochette sobrissime avec une conne photo du groupe. Il faut dire que la pochette initiale, rétablie en CD, est, pour l'époque, osée : une jeune fille rousse, semblant mineure, nue (torse nu, en tout cas), regard ingénu, tenant dans ses mains une maquette assez phallique d'avion, dans un décor champêtre. OK, il y à eu la libération sexuelle, mais tout de même, une telle pochette est, pour 1969, et pour la prude Albion (et les puritains USA), provocatrice ! Belle, aussi, il faut l'avouer. Le groupe se battra pendant plusieurs semaines pour la pochette, retardant l'album. Entre temps, ils auront eu l'occasion de se faire connaître musicalement parlant (c'est peu dire que la presse rock de l'époque et les fans des divers musiciens gardaient en permanence le slip tendu à l'idée d'un tel supergroupe, de tous ces grands musiciens jouant ensemble), notamment grâce à un concert gigantesque à Hyde Park, en guise d'apéritif.

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Pochette vinyle après censure

A sa sortie, l'album marchera bien, sans pour autant être un carton total. En fait, Blind Faith, qui se séparera rapidement après (miné par cet échec, Clapton plongera dans la came, et fondera Derek & The Dominoes peu après), n'aura sans doute pas toute la reconnaissance qu'il méritait. Les gens furent sans doute un peu déçus qu'il n'y ait que 6 titres sur l'album, on accusera le groupe de s'être laissé aller sur le quart d'heure de Do What You Like (le titre est une allusion à un des plus fameux credos du mage polémiste Aleister Crowley : Do what thou wilt : 'fais ce que tu veux'), morceau prodigieux mais très suffisant, offrant autant de soli qu'il y à d'instruments : solo de basse, de guitare, de batterie, d'orgue... et aria vocale collective, les quatre membres répétant le titre de l'album sur un tempo tribal. Il y à aussi des paroles, hein, mais ce morceau est en fait une jam déguisée, qui bouffe les 2/3 de la face B. Le reste de cette face B est constituée des 5,20 minutes du splendide Sea Of Joy (avec ce violon sublime de Grech), un morceau aux accents assez ethérés. La face A, elle, s'ouvre donc sur Had To Cry Today, presque 9 minutes surpuissantes de blues-rock, un riff magistral, très souvent répété durant le morceau, mais ce n'est jamais lassant. Qu'on se le dise, avec Layla And Other Assorted Love Songs de Derek & The Dominoes, Blind Faith offre les meilleurs moments de la carrière de Clapton. Et Winwood... sa voix aiguë, nasillarde, proche de celle de Peter Gabriel, assure totalement. Can't Find My Way Home, morceau le plus court (3,20 minutes), est une incartade acoustique de toute beauté, qui sera aussi enregistrée en une version beaucoup plus longue et électrique, présente en bonus-track sur la réédition DeLuxe (les deux versions sont aussi belles l'une que l'autre). Well All Right est une reprise, la seule de l'album, de Buddy Holly, c'est le morceau le plus traditionnel (du rock'n'roll tendance rockabilly), excellent, un peu trop long (4,25 minutes), mais vraiment bon ; c'est cependant, je dois le dire, le morceau qui me branche le moins. Enfin, Presence Of The Lord, ode au Tout-Puissant, achève la face A avec maestria (quel solo !). Ce morceau et Do What You Like sont antinomiques, Presence Of The Lord parlant de Dieu, et Do What You Like ayant un titre en allusion à Aleister Crowley, qui s'était auto-défini comme étant l'Antéchrist...

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Blind Faith livre ici une oeuvre magistrale. 42 minutes de pur rock, mâtiné de blues, un disque produit à la perfection (le son de la guitare de Clapton est juste immense, voir ses soli sur Presence Of The Lord, Had To Cry Today et Do What You Like), interprété magistralement. Une collection de 6 chansons admirables, certes on aurait aimé en avoir plus encore (la réédition CD propose, dans les bonus-tracks, Sleeping In The Ground et Time Winds, enregistrés à l'époque, mis de côté), mais en tant que tel, ce disque est un des meilleurs de sa génération. Blind Faith est clairement dans la cour des très grands, un disque majeur de l'histoire du rock !

FACE A

Had To Cry Today

Can't Find My Way Home

Well All Right

Presence Of The Lord

FACE B

Sea Of Joy

Do What You Like