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Vous avez déjà eu des acouphènes ? Si la réponse est 'non', alors écoutez ce disque à plein tube, au casque, et revenez me voir ! Histoire de vous donner une idée de la puissance de feu de cet album. C'est le deuxième album de Motörhead, et si vous n'avez pas l'habitude des disques de hard-rock bien tendus, il va vous faire chialer votre ancêtre du XIXème siècle. Ce disque s'appelle Overkill, et croyez-moi, son titre ('massacre', 'carnage', 'tuerie') est bien trouvé. Sa pochette explosée aussi, on a vraiment l'impression que le dessin va nous sauter entre les doigts qu'on va se prendre des shrapnels en plein dans les yeux, il y à une impression de puissance absolue (une de mes pochettes préférées au monde, et je n'exagère pas). L'album date de 1979, il a été enregistré en fin 1978 par un groupe encore très méconnu du grand public. Les fous de rock savaient déjà que Lemmy Kilmister (chant, basse, direction générale) venait, deux ans plus tôt, de se faire virer (en 1974/75, après Hall Of The Mountain Grill) du groupe de space-hard-rock Hawkwind, dans lequel il jouait de la basse (et chantait de temps en temps : The Watcher sur le sommet du groupe, Doremi Fasol Latido de 1972) depuis 1971. Il fonde Motörhead (par ailleurs le titre d'une chanson d'Hawkwind !) en 1975, avec le guitariste 'Fast' Eddie Clarke et le batteur Phil 'Philthy Animal' Taylor. Leur premier album, sans titre (Motörhead), offrait déjà une poignée d'excellentes, chansons, comme Iron Horse/Born To Lose, une reprise de The Watcher justement, et évidemment Motörhead, et est sorti sous une pochette représentant, déjà, le logo du groupe (logo qui, sur la pochette d'Overkill, est en implosion).

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Taylor, Lemmy, Clarke

Mais, pour ces hardos au look (surtout Lemmy et sa voix de graviers) de barbares, ce n'était pas assez, et il leur fallait un disque fédérateur pour s'imposer. Alors, Lemmy demande au légendaire producteur américain Jimmy Miller (The Rolling Stones 1968/1973, Blind Faith, Traffic...) de les aider, et non seulement Miller accepte, mais il produira les deux albums suivants, Bomber (1979) et Ace Of Spades (1980) ! Motörhead, sous la houlette de Miller, entre donc en studio pour accoucher des 10 titres (plus, en fait, mais seulement 10 seront sur l'album ; un album qui dure pile-poil 35 minutes) du futur Overkill. Certains de ces titres sont déjà connus des premiers fans, car joués au cours de concerts : No Class, Tear Ya Down, (I Won't) Pay Your Price et Damage Case. Des chansons qui butent, même si j'avoue que Tear Ya Down n'a jamais été, et ne sera jamais une de mes préférées. Des chansons qui tuent, mais tout le disque tue. Overkill se paie le luxe, même, de s'ouvrir sur une chanson totalement traumatisante, la chanson-titre, Overkill donc, la plus longue avec 5,10 minutes. Intro de batterie furieuse, basse violée qui déboule (la force de Lemmy : il joue de la basse comme si c'était une guitare lead, difficile de se dire qu'à la base, Lemmy était un roadie qui a un jour pris une basse pour dépanner Hawkwind, sans savoir, au départ, en jouer !), guitare en fusion liquide ('Fast' Eddie Clarke mérite bien son surnom de 'Fast'), et puis... Only way to feel the noise is when it's good'n'loud/So good you can't believe it, screaming with the crowd... La voix de Lemmy. Cette voix rauque, rocailleuse, cette voix de Hun s'apprêtant à décimer un village à grands coups de torches et de haches, cette voix de tortionnaire, ce barbare, de ouf'... Effet immédiat. Violence, brutalité, agressivité faite voix. Ca correspond parfaitement au style du groupe, évidemment. Là où la majorité des chanteurs de hard-rock ont une voix assez aiguë (Robert Plant, Steve Marriott, Ian Gillan, Peter Frampton, Steven Tyler, Klaus Meine, Bon Scott, Brian Johnson...), Lemmy, lui, possède tout le contraire. Une voix qui pue le moteur à explosion. Overkill met la patate d'entrée de jeu, et dire qu'au bout de 3 minutes, après un solo de guitare infernal, le morceau...redémarre, à deux reprises d'une minute chacune ! A deux reprises, une ruade de batterie, l'intro redémarre, avec un solo de guitare de plus en plus époustouflant. Quand le morceau se finit enfin, et est immédiatement remplacé par Stay Clean (plus court, comme quasiment tous les autres titres, mais tout aussi puissant), on est au sol, le genou de Lemmy sur notre gorge, on est cernés par le son et totalement vaincus, direct.

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Dos de pochette

Et l'album de défiler, Stay Clean bien furax, (I Won't) Pay Your Price (un boogie faussement pataud, aux paroles à la fois violentes et hilarantes), I'll Be Your Sister (titre de chanson chelou ! Et chanson bien trippante), Capricorn et son intro à base de règlage de guitare (Clarke ne savait pas que Miller l'avait enregistré en train de règler sa gratte avant de commencer à vraiment jouer ; production simpliste, efficace, sans chichis, pile ce qu'il fallait), et ses paroles autobiographiques (Lemmy, né en décembre, est du signe du Capricorne, et la chanson parle de la malchance, de la mauvaise réputation de ce signe zodiacal)... La chanson achève en puissance la face A. La B s'ouvre en puissance, elle aussi, avec un No Class thermonucléaire (ce riff !! Pas le riff le plus original de tous les temps, on est d'accord, mais bon Dieu !!) suivi d'un Damage Case moins violent, mais quand même bien bandant, d'un Tear Ya Down ('te foutre en pièces') efficace mais le morceau qui me branche le moins ici, je ne sais pas pourquoi (il en fallait un, c'est sûrement pour ça)... Metropolis, avec son intro géniale (Clarke fait durer un solo d'introduction avant le vrai début de la chanson), semble parler du film du même nom, de Fritz Lang ; apparemment, Lemmy aurait juste vu le film dans un cinéma d'art et d'essai (imaginer Lemmy, avec son look de barbare, regarder un film tel que Metropolis me fait bien marrer, mais ça prouve aussi que le mec a un certain goût) et la vision du film lui aurait suffisamment plu pour qu'il en fasse une chanson, une chanson assez proche d'Hawkwind par moments. Génial. Et enfin, les quasi-5 minutes de Limb From Limb, et son riff d'intro lui aussi peu original mais foutrement efficace, achèvent le disque. A noter que si le premier solo de guitare est de Clarke, le second est, lui, de Lemmy, à la guitare (je n'invente rien, c'est écrit blanc sur noir au dos de la pochette) ! Un morceau qui, encore une fois, envoie le paquet, dévaste tout, une furie bourrine absolue.

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Pour finir, vous l'aurez compris, Overkill est le genre de disque réservé aux virils, c'est un disque poilu, couillu, qui fait la différence entre les petits garçons et les hommes. 35 minutes de furie, un des plus grands albums de l'histoire du hard-rock, et même du rock en général probablement. Le meilleur album de Motörhead (malgré Ace Of Spades en 1980 et un live surpuissant en 1981, No Sleep 'Til Hammersmith, qui sont indispensables aussi), un des albums de 1979 (une année importante : The Police, Pink Floyd, The Clash, Talking Heads, Marianne Faithfull, Public Image Limited, ZZ Top, pour ne citer qu'eux, ont aussi sorti d'importants albums en cette année)... Immense !

FACE A

Overkill

Stay Clean

(I Won't) Pay Your Price

I'll Be Your Sister

Capricorn

FACE B

No Class

Damage Case

Tear Ya Down

Metropolis

Limb From Limb