CREAM 1

Voilà un bon gros disque bien mythique, un authentique best-seller de son époque, un disque qui a fait parler de lui à sa sortie, et qui s'est vite imposé comme un classique, un abum à acheter et à écouter : Wheels Of Fire. C'est le troisième album de Cream, groupe britannique de blues-rock psychédélique constitué de seulement trois membres (ce qui n'empêche pas Cream d'être un des groupes les plus lourds de l'époque, un de ceux qui jouaient le plus fort, avec Blue Cheer) : le batteur Ginger Baker, le bassiste et chanteur (et claviériste occasionnel Jack Bruce, et le guitariste et chanteur occasionnel Eric Clapton. Du lourd. Après un premier opus (Fresh Cream) sympathique comme tout en 1966, et un deuxième (Disraeli Gears) monstrueux en 1967, le groupe décide, sous la houlette du producteur Tom Dowd, de sortir le grand jeu pour le troisième : sous sa pochette à la fois psychédélique (conçue par un dessinateur du magazine Oz) et sobre (la teinte gris-argent n'est pas la plus tape-à-l'oeil qui soit, ça change du rose de Disraeli Gears - bon, en même temps, l'intérieur de pochette de Wheels Of Fire est aussi coloré que l'extérieur est grisâtre, voir plus bas dans l'article), Wheels Of Fire est en effet un double album, et toujours en CD, mais de peu (36 et 44 minutes respectivement pour les disques : 80 minutes tout rond, soit une minute de plus que le maximum de contenance d'un CD !). Mais pas qu'un simple double album : le premier disque est enregistré en studio, mais le second est, lui, live, et propose des morceaux captés au cours de concerts au Fillmore West et au Winterland, deux mythiques salles de concerts de San Francisco (malgré qu'un seul titre provienne du Fillmore West, le second disque est baptisé Live At The Fillmore quand même) !

CREAM 3

Baker, Bruce, Clapton

Wheels Of Fire est donc un disque mi-live mi-studio, comme le seront Ummagumma du Floyd et Ot'n'Sweaty de Cactus pour ne citer qu'eux. On commence par quel disque ? On va commencer par le live, même s'il est le deuxième de l'album, ne serait-ce que parce que ça ira plus vite, dans un sens (seulement 4 morceaux !). Ce disque live est celui qui dure 44 minutes, et heureusement, car si ça avait été lui le disque le plus court, qu'est-ce que ça aurait été frustrant ! Ce live est en effet juste puissant, et n'offre que des merveilles. On a d'abord un Crossroads anthologique interprété par Clapton, issu d'un concert au Winterland. Cette reprise de Robert Johnson, qui poursuivra Clapton toute sa carrière (pas un seul concert sans qu'il ne la joue ; j'exagère un peu, sans doute, mais il la joue très souvent quand même !), est juste un grand moment de blues-rock. Seul reproche : putain, que c'est court (4 minutes)... Le solo est juste du feu de Dieu, il y aurait eu des rumeurs comme quoi il aurait été coupé au mixage, raboté, mais en fait, c'est l'intégralité du morceau qu'on a ici, aussi frustrant soit-il (sa durée) ! Interprétation exemplaire, y compris au chant, Clapton n'étant pas le plus à l'aise au chant, surtout à l'époque (les managers de Cream voulaient qu'il chante, mais Clapton refusera longtemps). Spoonful, qui achève la face A (ou face C, c'est selon), dure 16,45 minutes de folie furieuse, une collision basse/guitare (chant de Bruce) de la plus belle eau, aucun temps mort malgré la durée à rallonge (c'est le morceau le plus long de Wheels Of Fire, mais de peu) et c'est une reprise, de Willie Dixon. Egalement issu d'un concert au Winterland, ce morceau est une déflagration hard-blues absolument fantastique. Traintime, elle, 7 minutes très bluesy venant encore une fois du Winterland, montre Bruce seul avec son harmonica, alternant entre chant haletant et solo avec son instrument. Les anti-harmonica trouveront le temps long, il est vrai, aussi, que ce morceau est le moins accrocheur du live, mais c'est quand même une belle réussite. L'harmonica saccadé imite assez bien le bruit d'un train à vapeur, quelque part ! Puis, on passe au final, unqiue morceau issu d'un concert au Fillmore West, les 16,15 minutes de l'instrumental Toad, constitué en grosse majeure partie d'un puissant solo de batterie de Baker (unique compositeur du titre). L'enchaînement Traintime/Toad est juste immense (sans pause), la partie collective (début et reprise en final) est heavy, mais c'est le solo qui offre le meilleur du morceau. Les soli de batterie sont parfois chiants, à la longue (Led Zeppelin en offrait des terribles, mais très longs aussi et surtout), mais pas celui-ci. Un des premiers soli de batterie live, et un des meilleurs absolus du genre. Rien à dire, Toad est parfait.

 CREAM 4

On passe au disque studio, celui de 36 minutes (et 9 titres). Pour tout dire, ce disque studio, bien que fantastique, offre une paire de chansons pas extraordinaires. Quitte à choisir entre les deux disques de l'album, je prend le live : il dure plus longtemps, et il n'y à pas de rejet à faire ! En plus,le son est meilleur. En effet, le disque studio est doté d'un son assez plat par moments, on sent que ça ne fut pas facile pour Dowd de coucher sur bande le son du power-trio. Ce n'est pas médiocre, soniquement parlant, mais dès les premières notes de White Room, on sent que le disque fait bien son âge, il date de 1968 et ça s'entend. L'album s'ouvre sur une paire monstrueuse, White Room et Sitting On Top Of The World (ce dernier est une reprise d'un standard de beulouze), et n'importe quel album s'ouvrant sur 10 minutes (5 par morceau) aussi quintessentielles mérite d'être rangé dans la catégorie des classiques, moi, je vous le dit. Et tant pis si Passing The Time, le morceau suivant, est trop long (4,30 minutes) et vraiment fadasse, une sorte de mini-comptine pschédélique et heavy en même temps, assez bancale et mineure. Le passage heavy central est pas mal, mais l'intro et la conclusion sont à la limite du hors-jeu. As You Said, achevant la première face, assez psyché et oriental, est meilleur, sans pour autant être aussi grandiose que les deux premiers titres (et que pas mal des morceaux suivants). Là aussi, le morceau est quand même trop long (même durée que Passing The Time) quand même. La face B s'ouvre sur la comptine psychédélique Pressed Rat And Warthog, interprétée par Ginger Baker. Ce morceau ne sera joué live par le groupe qu'en 2005 au cours de leurs concerts de reformation au Royal Abert Hall de Londres, pas avant ! Il faut dire que ce court (3 minutes) morceau est tout sauf exceptionnel, c'est même le moins fort de tout le double album. Il est sympa, avec ses cuivres kitschous et le chant spoken-word de Baker, qui chante comme s'il racontait une histoire à ses mômes, mais c'est pas gégène non plus, hein... Politician, blues immense, est, lui, du niveau des deux premiers titres, le meilleur du disque studio depuis Sitting On Top Of The World, pas moins ! Juste ultra efficace. Those Were The Days, quasiment 3 minutes, est une belle petite douceur psychédélique dont le titre sera utilisé pour un coffret regroupant les oeuvres du groupe, ce n'est pas une chanson exceptionnelle, mais elle est, ma foi, très agréable. Born Under A Bad Sign est encore une fois une reprise d'un blues tétanisant, ce n'est pas le morceau que je préfère ici, mais c'est du bon. Et enfin, que dire sur les trop courtes 3 minutes de Deserted Cities Of The Heart, avec ce solo ultra rapide de Clapton ? Beaucoup trop court, il achève le disque In The Studio de Wheels Of Fire avec puissance. Le morceau se finit, d'ailleurs, sèchement : à peine la dernière note posée, hop, le bras de la platine vinyle se lève (ou le compteur de la chaîne hi-fi revient à 00:00) !

CREAM 2

Dos de pochette et intérieur

Bref, Wheels Of Fire est un disque puissant, bien que pas parfait pour son disque studio, mais rien de grave en même temps. Un disque studio rempli de chansons anthologiques (White Room, Deserted Cities Of The Heart, Politician...), un disque live parfait de bout en bout, et offrant tout ce qu'un concert rock de l'époque proposait (longs soli de plusieurs instruments, morceaux à rallonge), une prise de son certes basique pour le disque studio, mais plus réussie pour le live, une interprétation éblouissante (les deux disques)... Dans l'ensemble, c'est 80 minutes de pure splendeur psyché/hard/blues/rock que ce double album mythique, le sommet de Cream et un des sommets de Clapton et du rock de son époque. Wheels Of Fire est, tout simplement, culte et grandiose.

FACE A

White Room

Sitting On Top Of The World

Passing The Time

As You Said

FACE B

Pressed Rat And Warthog

Politician

Those Were The Days

Born Under A Bad Sign

Deserted Cities Of The Heart

FACE C

Crossroads

Spoonful

FACE D

Traintime

Toad