BYRDS 1

Les Byrds sont un des groupes de rock (en fait, de folk-rock) les plus connus et importants au monde. Le groupe a été fondé en 1964 et a accueilli en son sein, dès le départ, Roger McGuinn (chant, guitare), David Crosby (idem), Gene Clark (euh...idem), Chris Hillman (basse) et Michael Clarke (batterie). Tels étaient les Oyseaux originaux. Le groupe a toujours repris du Dylan (Mr. Tambourine Man, My Back Pages, All I Really Want To Do, Spanish Harlem Incident, Chimes Of Freedom, et d'autres encore), dont ils étaient assez proches, on s'en doute. Mais il signaient aussi des chansons bien à eux, comment ne pas penser à I'll Feel A Lot Better (de Gene Clark), à Turn ! Turn ! Turn ! (To Everything There Is A Season), à So You Want To Be (A Rock'n'Roll Star), à Eight Miles High, Fifth Dimension ou bien encore Wasn't Born To Follow ? Le groupe, grandement dirigé par McGuinn, perd Gene Clark en 1966 : ayant peur de l'avion, il ne peut plus se déplacer avec le groupe pour aller d'un concert à un autre, et McGuinn en profite pour le lourder (il lui aurait décrété : des Byrds, mec, ça aime voler...). Crosby, à son tour, s'en va en 1968. La pochette du monumental The Notorious Byrd Brothers de cette année, enregistré juste après le départ de Crosby (qui fondera Crosby, Stills & Nash avec, euh, Stills et Nash), montre plusieurs stalles d'écurie, avec un des Byrds dans chacune, et un cheval dans la dernière, le cheval symbolisant probablement Crosby (inutile de dire que le fougueux hippie férocement moustachu n'appréciera que modérément l'allusion cynique).  En 1968, les Byrds engagent Gram Parsons, un brillant countryman, pour Sweetheart Of The Rodeo, album magnifique de country-rock, album important mais qui sera un bide. Parsons s'en va. Hillman et Clarke aussi. Ne reste plus, du groupe originel, que McGuinn.

BYRDS 3

Les Byrds en 1969

Autrement dit, avec seulement Roger McGuinn comme membre original, les Byrds ne sont plus vraiment les Byrds. De nouveaux arrivants, euh, arrivent : Clarence White (guitare), John York (basse, qui ne restera pas longtemps), Gene Parsons (batterie). Le groupe nouvellement reformé, qui n'a plus de Byrds que le nom et McGuinn, part, sous la houlette du producteur Bob Johnston (Dylan), enregistrer un nouvel album, leur septième, et leur plus long pour l'époque (34 minutes, c'est rien, mais par rapport aux 28/30 minutes des autres...). Ce disque s'appelle Dr. Byrds & Mr. Hyde, et il ne sera pas un gros succès. C'est pourtant un grand album, un des meilleurs du groupe, voire même le meilleur, juste devant The Notorious Byrd Brothers et Sweetheart O The Rodeo, et ausi devant Mr. Tambourine Man et Fifth Dimension (vous avez ainsi le Top Five du groupe pour le même prix). Le titre et la pochette sont étranges et quelque peu schizophrènes, l'album en lui-même l'est assez aussi. Regardez le lettrage de l'album : 'Dr. Byrds' écrit en lettrage futuriste, et 'Mr. Hyde' en lettrage western. Idem, la pochette montre deux fois les quatre membres du groupe, en tenue cowboy, et en 'normal'. Et ne parlons pas du dos de pochette ! Ou plutôt, si, parlons-en, et d'ailleurs, regardez en-dessous de ce paragraphe pour la voir. On a plusieurs photos du groupe en pleine cambrousse, d'abord en astronautes d'opérette, puis on les voit de déshabiller (retirer les scaphandres, hein) pour finir en cowboys sur leurs chevaux. Une photo promotionnelle, publicitaire, de l'époque montre un astronaute enserrant amicalement un cowboy. L'explication de tout ce bordel ? L'album est à la fois dans la tradition country de Sweetheart Of The Rodeo, tout en étant, pour l'époque, le plus rock et moderne du groupe (on entend un peu de claviers bizarres en final du dernier titre). Un disque hybride, comme son titre en allusion à Stevenson le prouve bien.

BYRDS 2

Dr. Byrds & Mr. Hyde offre son lot de reprises dylaniennes : deux, précisément. On a My Back Pages inclus dans le Medley final qui reprend aussi Jimmy Reed (ce Medley ne dure que 4 minutes, mais est époustouflant), et surtout, on a This Wheel's On Fire, chanson que Dylan avait enregistrée en 1967 avec The Band (album The Basement Tapes, sorti en bootleg en 1968, et officiellement en 1975), et que The Band reprendra sur Music From Big Pink en 1968, leur premier album. Cette version des Oyseaux est du pur rock, guitare saisissante (à noter que Bob Johnston ne réutilise pas sur tout l'album le fameux son de guitare claironnant qui était pourtant la marque de fabrique des Byrds), chant parfait de McGuinn qui, une première sur un disque du groupe, est le seul à chanter. D'ordinaire, le chant était partagé, alterné. Pas là. C'est Mc Guinn, McGuinn, McGuinn, et éventuellement, McGuinn. Voire McGuinn. Bref, c'est McGuinn qui chante tout, ce qui accentue son statut de leader des Oyseaux, dont il est rappelons-le une dernière fois avant de se faire lyncher pour abus, le dernier membre originel à l'époque. Bref, This Wheel's On Fire, chanson sombre parlant du feu nucléaire, est monstrueuse dans cette version très rock, j'ai même envie de la qualifier de bourrine par rapport à ce que le groupe à l'habitude de faire ! Old Blue, qui suit, et Your Gentle Way Of Loving Me, sont deux petites incartades country/folk courtes et bien sympathiques, attachantes, et ensuite, on a droit à un morceau issu de la bande-son du film Candy de Christian Marquand (un film bien cintré totalement dans l'esprit flower power, un nanar psyché avec notamment Ringo, Marlon Brando, Richard Burton, Charles Aznavour...oui, Aznavour !), la chanson s'appelle Child Of The Universe et est assez space, psychédélique. Pas la plus monumentale de l'album, mais sincèrement, c'est du bon. A noter que sur le disque se trouve une autre chanson composée pour le film, mais au final pas utilisée, Candy (qui est plus belle, je trouve). Nashville West, instrumental (l'unique de l'album), est de la pure country, morceau amusant.

BYRDS 5

Clarence White

La face B s'ouvrait sur une merveille folk engagée (une chanson contre un député conservateur décrié), Drugstore Truck Drivin' Man. La chanson sera magnifiée à Woodstock par Joan Baez, qui la reprendra sublimement (osons le dire, la version Byrds est moins belle, mais quand même très bonne !). Une chanson musicalement douce, de la pure folk, mais les paroles sont très fortes. King Apathy III est, lui, un pur morceau de rock, bien efficace, guitares nerveuses. Candy est, elle, donc, la seconde chanson issue de la bande-son de Candy, mais elle ne sera pas utilisée pour le film, au final, ce qui est franchement dommage, car elle est magnifique. On passe ensuite au morceau le plus rock, nerveux de l'album, Bad Night At The Whiskey, qui parle avec ironie d'un concert totalement raté que le groupe a donné au fameux Whisky-A-Go-Go peu avant. Guitares saturées, le morceau est très vif, rock, malgré le chant plutôt calme de McGuinn (c'est un folkeux à la base, on lui pardonne). Même sous la torture, McGuinn ne pourrait pas brailler à la Robert Plant ! L'album se finit sur le Medley : My Back Pages/B.J. Blues/Baby What You Want Me To Do, qui, en un peu plus de 4 minutes, assure totalement en conclusion, mélange détonnant entre folk pur et rock tenace. Avec un chouia de blues. La meilleure conclusion d'un album des Byrds. On le voit, donc, Dr. Byrds & Mr. Hyde, album au final très peu connu et même très rarement cité quand on parle du groupe, est une réussite. Pour moi, le meilleur album du groupe, même s'il est selon moi meilleur de peu que les deux précédents albums ! A noter que la suite de la carrière du groupe sera à oublier (reformation foirée du groupe original en 1973...), exception faite de (Untitled) en 1971, double album à moitié live (tout tient sur un seul CD pour l'album original) et sincèrement réussi. Mais clairement, Dr. Byrds & Mr. Hyde est le dernier grand disque des Oyseaux. Il faut vraiment oublier la suite (excepté, donc, le double de 1971), ces Ballad Of Easy Rider et Byrdmaniax foirés, pour le citer qu'eux...

FACE A

This Wheel's On Fire

Old Blue

Your Gentle Way Of Loving Me

Child Of The Universe

Nashville West

FACE B

Drugstore Truck Drivin' Man

King Apathy III

Candy

Bad Night At The Whiskey

Medley : My Back Pages/B.J. Blues/Baby What You Want Me To Do