FM 1

Immense best-seller en 1977, Rumours fait partie des intouchables de la pop/rock. Un disque majeur, 39 minutes de pur plaisir auditif, à condition de ne pas être réfractaire au soft-rock, à la pop californienne, car ce disque, vraiment, en fait partie. Pourtant, Fleetwood Mac n'a pas fait que ce genre de musique, oh que non. A la base, le groupe, britannique, fondé dans les années 60 (le groupe doit son nom à son batteur légendaire, une grande perche du nom de Mick Fleetwood), faisait du blues-rock, et avait comme chanteur et guitariste un certain Peter Green, qui partira en 1969 après un Then Play On majestueux (qui marquait l'entrée d'un autre guitariste et chanteur, Danny Kirwan, dans le groupe). Les raisons du départ ? Pétage de plombs. Green, qui ne recouvrera jamais vraiment la santé mentale, partira dans une secte d'adorateurs du soleil, un truc de ce genre. Le groupe continue sans lui, et en 1971, engage un certain Bob Welch (chant, guitare), qui parviendra à faire tenir le groupe à flot durant une première partie de décennie 70 duraille pour le groupe (albums certes réussis, comme Future Games ou Bare Trees, mais aucun succès). Lorsque le groupe sera reçu au Rock'n'Roll Hall Of Fame, Welch ne sera pas invité, ni même cité, alors que le groupe reconnaîtra que sans Welch, ils auraient sombré totalement... Welch part en 1975, il n'en pouvait plus (les relations avec le groupe étaient bonnes, mais il en avait marre des tournées, etc), et les Fleetwood Mac se retrouvent alors à trois : Mick Fleetwood (batterie), John McVie (basse, là depuis les sixties, ancien Blues Breakers de John Mayall) et Christine McVie (chant, claviers, femme, future ex-, de McVie, née Perfect, là depuis 1970).

 FM 2

Verso de pochette

Basés en Californie malgré leur britishitude, ils font la connaissance, en 1975, d'un couple du cru. Elle est chanteuse, une voix d'or (une des plus belles de sa génération), est mignonne (ce qui ne gâche rien) et s'appelle Stevie Nicks. Lui est guitariste et chanteur, possède un jeu guitaristique parfait, une bouille sympa, et s'appelle Lindsey Buckingham. Le couple avait fait un disque (Buckingham/Nicks) ayant apparemment intéressé le groupe. Un petit resto, et ils signent avec le groupe. Fleetwood Mac, revampé, entre en studio et sort un album à la pochette toute blanche, et sans titre (Fleetwood Mac, alias le white album), en 1975, qui sera un gros succès via des chansons telle que Say You Love Me (de Christine), Rhiannon (de Stevie) ou Monday Morning (de Lindsey). Avec trois chanteurs et auteurs/compositeurs, trois voix et styles différents, le Mac devient rapidement, avec ce disque, un champion du soft-rock. La suite sera attendue, espérée, il leur faudra plus d'un an pour la torcher, entre deux lignes de coke et coupes de champagne, ou verres de mojitos. Entre temps, les relations internes ont chuté de plusieurs degrés Celsius (ou Fahrenheit, je ne suis pas sectaire) entre les membres : les McVie se prennent la tête, Nicks et Buckingham aussi, et divorcent (tous). De son côté, Fleetwood divorce d'avec sa femme. Ambiance. Les Mac ne sont plus trop à la fêtasse, et le follow-up de Fleetwood Mac 'White' va s'en ressentir. Il sort en 1977, sous une pochette assez similaire de celle du précédent (qui représentait Fleetwood et un John McVie en nain, sous un porche de pacotille) : Fleetwood, impérial, une boule de cristal en main, et Stevie, dansant autour de lui, sensuelle ; sur fond jaune pisse. L'album s'appelle donc Rumours.

FM 4

Les McVie, Buckingham, Nicks et Fleetwood

 Comme je l'ai dit en intro, ce disque sera un immense succès commercial. Il fait tout simplement partie, avec The Dark Side Of The Moon, Thriller (qui reste le N°1), Back In Black et les best-ofs des Eagles, des plus grands best-sellers de l'histoire de la musique. Et, donc, de 1977 (avec Bat Out Of Hell de Meat Loaf), forcément. L'album sort, comme AJA de Steely Dan (autre monument de pop/rock au fort succès, jazzy celui-ci), en une année difficile pour la pop/rock, et même pour le rock classique : 1977 est l'année de l'émergence du punk-rock, l'année des Clash, Damned, Sex Pistols (et le T-shirt I hate Pink Floyd de Johnny Rotten) et autres Ramones. L'année où, officiellement, les Pink Floyd, Stones, Led Zep, Deep Purple, Genesis, Roxy Music et autres Santana sont des dinosaures à euthanasier d'urgence. Alors, ne parlons pas du soft-rock. Rumours fera un tabac chez les trentenaires et quadragénaires, la génération du Baby Boom, mais pour les plus jeunes, c'était aussi dangereux qu'une bombe nucléaire amorçée trouvée dans un berceau, fallait pas écouter, brrrr. Se promener dans les rues avec un T-shirt déchiré et orné d'épingles à nourrices était un acte en soi, mais se faire serrer chez Tower ou Lido Music avec un exemplaire de Rumours en pogne aussi. Moi, j'ose le dire, j'adore le punk-rock de l'époque, mais j'adore aussi Fleetwood Mac, et ce Rumours est une de leurs plus grandes réussites. Un disque majeur, rempli de hits, je me souviens avoir une fois vu un best-of du groupe avec pas moins de 9 des 11 titres de l'album dessus (il manquait les deux avant-derniers titres) ! Faut dire que l'album fut caviardé de singles, de succès radiophoniques, le groupe devait passer souvent sur les ondes...

FM 5

Disque pop et truffé de hits, Rumours n'en demeure pas moins un disque sombre, amer, désabusé. On y parle de rupture, de désillusions, d'amertume, de couples qui se déchirent, ce disque est un compte-rendu de la situation relationnelle désastreuse entre les différents couples du groupe, comme je l'ai décrit plus haut (divorces...). Des chansons comme Second Hand News (I'm your second hand news : 'je suis tes informations périmées'), assez pop/sautillant cependant, Never Going Back Again (Been there one time, been there two times, oh, I'll never going back again), court intermède acoustique, deux chansons signées Buckingham, ou bien encore Go Your Own Way (gros, gros, GROS tube) du même Lindsey, ou The Chain (duo Nicks/Buckingham, And if you don't love me now, you will never love me again, I can still hear you sayin' we will never break the chain), sont sans équivoque. De son côté, Stevie nous offre un Gold Dust Woman assez sombre (Take your silver spoon and dig your grave : allusion directe à l'addiction à la cocaïne, tous les membres du groupe en prenaient pas mal), qui achève l'album avec maestria, mais aussi un Dreams plus langoureux, l'album sait aussi être tout simplement pop, sans sous-entendus désabusés. Sa voix est tout simplement sublime, et Dreams est une pure splendeur. Son I Don't Want To Know, en duo avec Lindsey, est moins percutant,  en revanche, c'est le morceau le moins fort de Rumours. Christine, elle, interprète un You Make Loving Fun très efficace, un Don't Stop fantastique (en duo avec Lindsey) et assez amer aussi par moments malgré son ambiance pop, et surtout, deux ballades lacrymales : Oh Daddy et Songbird. La seconde, qui achevait la face A, est une douceur d'une mélancolie insondable, Christine seule avec son piano ; sans doute le plus beau morceau qu'elle ait jamais chanté (et pourtant, des chansons telles que Show Me A Smile, Over & Over, Warm Ways, Homeward Bound sont de toute beauté), et évidemment un des plus beaux de l'album.

FM 3

Rumours se paie le luxe d'être toujours aussi grandiose à chaque écoute, et ce, malgré le fait qu'au bout d'un moment et d'un certain nombre d'écoutes, un album devient parfois moins percutant, car on commence à la connaître par coeur. Pas Rumours. Disque idéal pour une sortie en voiture, un dîner entre potes, un moment de repos, c'est un monument de pop/rock à la californienne, une collection de chansons soignées, de tubes en devenir (1977 fut certes l'année punk, mais ce fut aussi l'année Fleetwood Mac), de ritournelles charmantes, légères ou plus sombres, toutes cultes. Après ce disque, le groupe mettra deux ans avant de refaire un disque, et ça sera un disque de l'excès absolu : Tusk, double album excessivement cher (son relatif échec commercial n'en sera que plus cuisant et mis en avant par la suite), une réussite majeure là aussi, avec des chansons sensationnelles (Sisters Of The Moon, Sara, Over & Over, Tusk, Never Forget) et souvent assez originales dans leurs traitements, un disque aventureux qui marquera, dans un sens, la fin de l'Âge d'Or du groupe : rien n'ira plus vraiment entre eux, et musicalement, ça se ressentira souvent. Tusk sera le dernier sommet du Mac, mais est, bien que franchement réussi, moins attachant et accessible que ce Rumours absolument tétanisant de maitrise, un chef d'oeuvre absolu, de sa pochette à sa production, en passant, évidemment, par ses 11 chansons. And the songbird is singing like he know the score/And I love you, I love you, I love you  like never before...

FACE A

Second Hand News

Dreams

Never Going Back Again

Don't Stop

Go Your Own Way

Songbird

FACE B

The Chain

You Make Loving Fun

I Don't Want To Know

Oh Daddy

Gold Dust Woman