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 Fuckin' Stooges ! Après un premier album assez réussi en 1969 (The Stooges, quelques chansons médiocres sur la face B, mais rien de grave) et un deuxième album démentoïde en 1970 (Fun House), le premier produit par John Cale et le second par Don Galluci, après ces deux disques, donc, le groupe d'Iggy Pop et des Asheton Brothers mettra trois ans avant de refoutre un 33-tours. Ca sera Raw Power, leur dernier disque en 34 ans (en 2007 sortira le nullissime The Weirdness), et niveau production, c'est un grand, un illustre, un titan qui s'en charge : David Bowie. En 1973, année de sortie du disque, Bowie a le vent en poupe, tant pour ses albums que pour ceux qu'il a produits (Lou Reed, Mott The Hoople). Pourtant, avec Raw Power, Beau Oui va se casser les canines :  la production de ce disque court (34 minutes) et intense sera violemment critiquée, le disque sera jugé inécoutable. En 1997, Iggy sortira enfin, officiellement, son mixage de l'album, Raw Power tel qu'il était originellement prévu. Un mixage brut de décoffrge qui sera source de tensions avec les anciens Stooges qui, après coup, diront largement préférer le mixage Bowie, un comble ! Detoute façon, Bowie n'avait, de son propre aveu, rien à mixer : Iggy et le groupe ont enregistré le disque sur un 24-pistes, mais seulement 3 pistes (une pour Iggy, une pour la guitare, une pour le reste) furent utilisées, qu'allez-vous mixer quand les bandes sont aussi connement simples que ça ? Bowie a juste monté ou baissé le son de la guitare ou du chant, et c'est tout.

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Allez, on parle de l'album ? Raw Power est un disque tellement violent, brutal, sanguinaire, qu'à côté, Fun House, pourtant bien trépidant et violent, ressemble à un disque de Leonard Cohen sous tranquillisants. Les Stooges, renommés contre leur gré (je parle du groupe, pas d'Iggy) Iggy & The Stooges, sont légèrement en variante de personnel, au fait. Luttant contre un alcoolisme violent, le bassiste Dave Alexander est lourdé. Ayant trouvé un guitariste teigneux en la personne de James Williamson, Iggy demande (exige ?) à Ron Asheton de s'autorétrograder bassiste, lui qui était le guitariste, afin de laisser le champ libre au petit nouveau (qui, lors de la reformation des Stooges dans les années 2000, ne fera pas partie de l'aventure). Ron accepte (bon gré mal gré). En revanche, Scott, le frangin de Ron, est toujours là en tant que batteur, ça, ça ne change pas. Le groupe, bien décidé à tout faire sauter, se barre en Angleterre, c'est à Londres, dans les studios CBS, qu'ils vont défenestrer Raw Power et ses 8 chansons de tuerie totale. Autant le dire : ce disque est si violent qu'il en choquera, musicalement parlant, plus d'un, le son est dur, violent, saignant, dangereux, sale. A la fois dans le mix Bowie original (vinyle, et la plus récente réédition CD) que dans son mix Iggy de 1997 (qui reste la version la plus facile à trouver dans le commerce). Plus encore dans la version Iggy, qui fut jugée trop brutale en 1973. De toute façon, Raw Power, qui mérite bien son nom, est précurseur du punk-rock, il l'était déjà en 1973. Si on excepte deux chansons moins féroces que les autres (deux tempos downbeat savoureux et bluesy), l'album est une déflagration totale qui ne laisse aucun répit à l'auditeur.

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Qui est le plus défoncé : le canapé ou les Stooges ? Au fait, le mec debout à gauche, au dernier plan, est un pianiste qui accompagnait le groupe sur scène en 1973...

Prenons par exemple Your Pretty Face Is Going To Hell (à la base nommée Hard To Beat, comme les crédits de pochette le disent). 4,55 minutes de sauvagerie tellement totale qu'elle vous fera saigner du nez, qu'elle en refoutrait des règles à une carmélite de 90 ans, qu'elle en fera sauter les rivets de vos enceintes de chaîne hi-fi. En fait, ce morceau est si violent, si brutal, si extrémiste, qu'il en est limite inaudible, le son repisse de partout, larsens de guitare, Iggy qui braille, aucun répit, 5 minutes ou presque de carnage. Oui, j'ose le dire, c'est tellement violent que ça en devient usant, et pourtant, croyez-moi, j'adore Raw Power, c'est mon préféré de l'Iguane (de tous ses albums, en solo ou avec les Stooges), mon préféré des Stooges par conséquent, et aussi leur meilleur selon moi (et le meilleur disque d'Iggy en général). Bref, ce disque, c'est du lourd, un monument, cultissime et essentiel. Mais Your Pretty Face Is Going To Hell, c'est limite too much, mon frère, quand même. N'empêche, ce morceau fait du bien par où il passe, mais je ne sais pas, entre sa durée et sa production terriblement agressive, c'est quand même forcé ! Egalement très sanglants, Death Trip, Raw Power, Search And Destroy ou Shake Appeal (morceau le moins fort, celui pour lequel, selon Iggy dans les notes de pochette 1997, il n'y à rien à dire, le titre dit tout) sont moins criards, niveau production. Ils ne sont pas inaudibles, contrairement à Your Pretty Face Is Going To Hell qui l'est limite, à cause du son criard, strident, suraigu et surmixé de la guitare de Williamson, à faire péter des verres !

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Verso de pochette

Le reste dépote le gluant aussi : Search And Destroy (chanson pour laquelle Iggy convoquera, en studio, deux escrimeurs qui croiseront le fer pendant l'enregistrement : selon Iggy, on entend un peu les slash des fers se touchant dans le mix) avec son ouverture mythique (I'm a walking cheetah with my hands full of napalm), son Iggy en forme, sa rythmique du feu d'Hephaïstos... Raw Power (Suzie-baby stay away from bed) et Shake Appeal qui se passent de commentaires et envoient lourd dans la gueule... Le long tunnel sonique de 6 minutes de Death Trip dans lequel Iggy semble se rendre compte, prémonitoirement, que le disque est destiné à partir en couilles commercialement parlant (et en effet, Raw Power, comme les autres opus du groupe, sera un bide, réévalué à la hausse par la suite et devenu culte, mais commercialement parlant un échec), un morceau apocalyptique... On a aussi Penetration avec ses paroles à la Burroughs et son Celeste rendant le morceau étonnant (musicalement parlant, c'est le plus original et recherché de l'album), Iggy est assez menaçant sur ce titre achevant la face A... I Need Somebody est un blues dévastateur et fédérateur, une des meilleures performances vocales de James Osterberg (vrai nom d'Iggy) sur le disque... Et, enfin, Gimme Danger, et là, que dire ? Pour moi, le sommet de Raw Power, clairement. Gimme danger, little stranger... Tour à tour calme et violent, apaisé et menaçant, le morceau démarre par un riff acoustique de la plus belle eau et se finit en apocalypse rock, c'est d'une férocité totale par moments, puissant, surpuissant, et dire que ça ne dure que 3,33 minutes... A la fois bouleversant et fulgurant. Du punk limite émouvant, ça existe donc ?

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Bref, Raw Power, c'est une boucherie absolue, dans le rouge le plus total. Malheureusement à moitié ruiné, en 1973, par le mixage bowien assez plan-plan, basique, et une production, osons le dire, faiblarde (un magma sonore, un bloc monolithique qui atténue la puissance de l'album, puissance retrouvée par le mix Iggy de 1997). Bide commercial plongeant direct dans les bacs à soldes, Raw Power sera le dernier disque d'Iggy pour une assez longue période : les Stooges n'existent plus en 1973, Iggy sort son premier album solo en 1977 (The Idiot), après une petite virée volontaire en HP, c'est Bowie qui viendra le chercher pour lui dire de se calmer et de se remettre au boulot, c'est ce même Bowie qui a flingué le mixage de Raw Power, mais offrira ses deux meilleurs albums solo, The Idiot et Lust For Life, à l'Iguane remis sur pied... Entre temps, en 1975, Iggy aura quand même enregistré, avec James Williamson,un disque qui sortira en 1977, Kill City (disque très stoogien à la production tellement boueuse qu'il devrait être utilisé en thalasso, disque enregistré pendant les week-ends de sortie d'HP d'Iggy et dont Williamson, selon Iggy, aurait vendu les bandes à un label indépendant l'ayant sorti, sans l'accord du chanteur).

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Pour en revenir à Raw Power afin de finir l'article, c'est donc un disque mortel, violent, sanguinaire, terriblement sauvage et brutal, un des albums les plus violents qui soient. Certes, depuis 1973, il y à eu plus violent encore (tout le black-metal, le punk hardcore type Dead Kennedys, le thrash-metal tels que Slayer...), mais il faut se remettre dans le contexte de l'époque : même avec un mix un petit peu monolithique tel que celui de Bowie, quiconque écoutait Your Pretty Face Is Going To Hell, en 1973, avait à peu près l'impression de se faire enculer les oreilles par des marteaux-piqueurs hérissés de tessons de bouteille imprégnés de tabasco. Impression qui subsiste par moments, tant ce morceau va loin dans la cacophonie généralisée (à côté, L.A. Blues de l'album Fun House, c'est la 40ème de Mozart) ! Un disque surpuissant et monumental ! Et quelle pochette, aussi...

FACE A

Search And Destroy

Gimme Danger

Your Pretty Face Is Going To Hell

Penetration

FACE B

Raw Power

I Need Somebody

Shake Appeal

Death Trip