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Ce disque a été qualifié de meilleur du mois par le magazine Rolling Stone, aux USA, au moment de sa sortie. Et d'un des disques de l'année. Pourtant, il ne fut pas un succès, contrairement à pas mal des autres albums ayant eu l'insigne honneur d'être catalogués 'meilleur album du mois' ou 'un des disques de l'année'. Ce disque, c'est Parachute, le meilleur album d'un groupe anglais aujourd'hui un peu oublié, et qui n'a d'ailleurs jamais réellement eu de succès : The Pretty Things. Le groupe a été crée dans les années 60 par un ancien guitariste des Stones (Dick Taylor, qui était au tout début des Stones, avant le premier album du groupe), et qui, au moment de Parachute, n'est plus là, depuis peu de temps. Le chanteur du groupe, c'est Phil May, et sa magnifique voix tour à tour fragile (dans les moments calmes) et agressive (dans les chansons musclées, Parachute en possède). Victor Unitt à la guitare, Skip Allan à la batterie, Wally Waller à la basse, Vic Povey aux claviers. Parachute fait suite à S.F. Sorrow, disque de 1968 assez cultissime (considéré comme le premier opéra-rock de l'histoire, un an avant Tommy des Who), considéré comme le Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band des Jolies Choses. Mais si S.F. Sorrow est le Sgt. Pepper's... des Pretty Things, alors Parachute est leur Abbey Road. Tant dans le style musical, avec plein de courtes chansons sur une face et des titres plus longs sur l'autre, que pour le contexte de l'enregistrement : difficile, par un groupe en crise, quasiment en split annonçé. Et comme les Beatles avec Abbey Road, les Pretties ont réussi, avec Parachute, un disque majestueux en mettant de côté leurs soucis pour tout donner à leurs fans.

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Intérieur de pochette. De gauche à droite : Unitt, Allan, Povey, May, Waller

Pourtant, chose étrange, Phil May, charismatique et emblématique chanteur, ne chante que dès le cinquième titre, The Letter. Les quatre précédents morceaux ne sont cependant pas instrumentaux, on a du chant, mais il est signé Waller ou Povey. Le chanteur délègue, il laisse le chant à ses sbires, ne daignant enfin apparaître, vocalement, qu'une fois le disque bien lancé (en même temps, les cinq premiers titres n'atteignent pas 2 minutes chacun, et on a un autre titre de moins de 2 minutes sur la face B) ! Comme s'il se désintéressait de Parachute... Pourtant, ce n'est pas le cas. Dès que May chante, c'est Byzance. Et il offre de grands moments, ici, calmes (The Letter, What's The Use, Grass, Parachute chanté en harmonies à la Crosby, Stills & Nash) ou énergiques (Sickle Clowns qui parle du final du film Easy Rider, Cries From The Midnight Circus, le sautillant She's A Lover, Miss Fay Regrets). Sur les 13 titres de l'album (pour 40 minutes !), 7 sont interprétés par May, et 2 offrent sa voix en harmonies avec le groupe (l'autre est Rain, chantée par Waller). On ne peut donc pas dire que May se désintéressait de l'album. Les Pretties voulaient sans doute tenter quelque chose de différent pour ouvrir le disque. Tentative réussie. Les premiers titres, courts, sont donc interprétés par Waller et/ou Povey, seuls ou en harmonies. Scene One, avec sa ruade de batterie furax et son ambiance 007, est une ouverture efficace qui parle des cités pleines de béton, sans âme. 1,50 minute en tout. On a ensuite un diptyque durant en tout, 3 minutes, en deux morceaux de respectivement 1,25 et 1,35 minute : The Good Mister Square et She Was Tall, She Was High. Couplé (il n'y à d'ailleurs pas d'interruption entre les deux parties), ce morceau sortira en single. On y retrouve des harmonies vocales à la Beatles période Because (Abbey Road, tiens !), à la Crosby, Stills & Nash aussi. Purement enchanteur.

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Pochette extérieure dépliée

Après ce diptyque...un triptyque ! In The Square/The Letter/Rain, 6 minutes en tout (1,55, 1,40 et 2,30 minutes respectivement). La première partie est sous influence Crosby, Stills & Nash, impossible de ne pas penser à ces Guinnevere, Suite : Judy Blue Eyes, Carry On ou Teach Your Children en l'écoutant. Les fans de Radiohead seront surpris d'entendre, sur In The Square, des arpèges de guitare qui ressemblent fortement à ceux du Paranoid Android de la bande à Thom (le passage What's thaaaaaat de Paranoid Android). Apparemment, les Radiohead auraient entendu les Pretty Things de Parachute en 1996/1997 au moment de faire O.K. Computer. Ou pas. En tout cas, la ressemblance m'a toujours frappé. Une chanson acoustique et magnifique, qui enchaîne sur The Letter et Phil May, donc. Magnifique. Doux comme une pluie d'été, et justement, en parlant de pluie... Rain, plus rock, suit et achève la trilogie de morceaux, avec un chant énergique de Wally et un final en harmonies à a CS&N, à la one again. Puis, finita la commedia, l'album passe à des morceaux plus étendus, classiques dans leurs durées. Miss Fay Regrets parle d'une actrice sur le retour, vieille, aigrie, fortunée mais esseulée, veuve et/ou divorcée plusieurs fois (coucou Elizabeth Taylor ? Coucou Zsa-Zsa Gabor ?), et qui revient sur sa vie dissolue. Très rock et efficace. Pas le meilleur morceau de l'album, mais quelle ligne de basse ! Enfin, Cries From The Midnight Circus, 6,35 minutes, achève la face A, qui offre donc 8 titres, avec puissance. Un morceau bluesy, avec une basse fantasbuleuse, un Phil May en forme. Le morceau parle de la vie nocturne dans une grande ville, une sorte de Walk On The Wild Side britannique et avec deux ans d'avance sur Lou. Putes, dealers, camés, voyous, paumés...tout y passe. Fantastique.

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Les Pretty Things, période pré-Parachute

La face B s'ouvrait sur une chanson bucolique, campagnarde, Grass, le morceau préféré (sur l'album ou en général chez les Pretties) de May. Une chanson qui, comme la précédente, décrit bien Parachute, d'ailleurs : un disque à la fois folk/rock et purement rock, abordant aussi bien la vie citadine et moderne que le retour à la campagne. Grass parle de tout sauf de la vie trépidante des mégalopoles, contrairement à Cries From The Midnight Circus ou Scene One. Musicalement, on est en plein rêve, c'est d'une beauté absolue, totale, et la douceur du chant de Phil May en rajoute. Sickle Clowns, elle, 6,45 minutes, est la chanson la plus violente de l'album, un déluge de feu qui parle de la fin d'Easy Rider (With rapid shots they're blurred), les deux motards (SPOILERS : si vous n'avez pas vu Easy Rider, sautez le texte jusquà ce que vous lisiez She's A Lover à nouveau) se faisant buter à coup de fusil, sur la route, par des bouseux stupides et réactionnaires ayant eu envie de se faire deux hippies. Une chanson bien furax et géante. On passe à She's A Lover (re-bonjour, vous qui n'avez pas vu Easy Rider), une petite douceur pop/rock, guitares en fusion mais chant très calme, une chansonnette d'amour bien pépère malgré les guitares. Tout comme Miss Fay Regrets, ce n'est pas le sommet de l'album, mais Parachute n'a rien de médiocre dessus, et c'est vraiment du bon. What's The Use, chanson en harmonies, acoustique, courte (1,45 minute), est un pur régal et probablement ma chanson préférée sur l'album ; oui, je vous assure ; un régal doux-amer sur la fin des idéaux hippies, retour à la dure réalité. C'est juste bouleversant. Bien trop court, aussi, on n'aurait pas chié sur une minute de plus, je peux vous assurer. Enfin, Parachute, morceau en harmonies, d'une beauté fulgurante, se finissant un peu à la Alan's Psychedelic Breakfast du Floyd (fin de la dernière partie), groupe qui était d'ailleurs sur le même label Harvest et qui avait aussi Norman Smith comme producteur pendant un temps. Le final de Parachute fait entendre un son très grave qui monte de plus en plus haut dans les aigus, jusqu'à devenir littéralement inaudible, c'est très original ! Et ça achève à la perfection un disque tout simplement tuant, un des chefs d'oeuvre absolus de l'histoire du rock. C'est vraiment dommage que Parachute ne soit pas un succès commercial, et soit si peu connu, car il mérite vraiment la découverte. On regrettera juste une chose, au final, sur ce disque, un détail que je n'avais pas encore abordé dans la chronique, mais comment ne pas en parler en même temps ? : la pochette est vraiment foirée et bizarre (mais elle symbolise quand même bien l'album, à la fois campagnard - la tulipe - et moderne - le building) ! Elle n'a pas du aider la vente, c'est clair... C'est le seul défaut de l'album. Bref, c'est pas grave !

FACE A

Scene One

The Good Mister Square

The Was Tall, She Was High

In The Square

The Letter

Rain

Miss Fay Regrets

Cries From The Midnight Circus

FACE B

Grass

Sickle Clowns

She's A Lover

What's The Use

Parachute