LOU 1 

Ce disque est important pour Lou Reed. C'est celui d'une renaissance. Pour bien comprendre, flash-back un an avant la sortie de l'album, soit, en 1975. En cette année de sortie de Born To Run, Physical Graffiti, Desire, Wish You Were Here et Horses, Lou Reed sort deux disques : un live (Lou Reed Live) offrant plus de titres provenant du concert ayant auparavant, en 1974, donné le live Rock'n'Roll Animal, et un double album studio. Le live de 1975 est sorti sans son accord, par RCA, qui voulaient exploiter le succès commercial grimpant de Lou en 1974 (Rock'n'Roll Animal et Sally Can't Dance cartonnèrent), et ce nouveau live ne sera pas aussi cartonneur, d'ailleurs. Et l'album studio, double donc, c'est Metal Machine Music, 64 minutes (en quatre pistes audio de 16 minutes chacune) de larsen, de bruit blanc de réverbération de guitare dans l'ampli, et rien d'autre. Sous une pochette noire qui serait assez similaire (malgré la différence de pose de Lou sur la photo, franchement flagrante !) à celle de Lou Reed Live, du moins, certaines personnes auraient dit avoir été trompées et pensaient acheter le live au lieu de l'album studio (faut quand même être sacrément con pour les confondre, moi, je dis, mais c'est mon opinion). Les pontes de RCA furent scandalisés par Metal Machine Music, mais ils décidèrent de le sortir quand même (à l'époque, c'était le bon temps, on avait des couilles, vous savez ces petites boules de chair, en paire, situés sous le téléscope...c'est quand même bien utile, ces machins !). Evidemment, le succès fut inversement proportionnel à l'audace du projet (c'était extrêmement audacieux), les retours de disque furent nombreux, les remboursements de clients mécontents aussi. Trouver un exemplaire vinyle d'époque en parfait état, pas massacré de rage par l'acquéreur frustré, ne doit pas être facile... et je suis toujours émerveillé de me dire que ce disque existe en CD !

LOU 2

Metal Machine Music n'est pas un pied de nez grossier de Lou au monde du rock, mais plutôt une tentative, de sa part, de faire une ode à la liberté artistique. Il voulait sortir ce disque, il l'a fait, il a eu les cojones de le faire et RCA de le sortir, ce disque, très mal-aimé et incompris (mais en même temps, difficile de comprendre un objet pareil quand on ne pige pas ça : c'est une oeuvre d'art que ce disque, et qui a dit que l'art devait obligatoirement être beau et plaire à tous ?). Mais, n'empêche, le bide absolu de l'album, son coût (sortir un double album, ça coûtait du flouze), le manque à gagner, le scandale, tout ceci à fait que RCA a rapidement mis les choses au clair de lune à Maubeuge avec Lou : encore un disque de la sorte, et casses-toi pauv'con. Lou opine. Pas de Son Of Metal Machine Music (dixit ses notes dans la réédition CD de l'album que jevais aborder pas plus tard que maintenant tout de suite illico right now ==>là). OK. Lou a déconné une fois, mais pas deux, c'est pas un guignol, ce mec. Alors il se sort les doigts, et entre en studio (Mediasound, New York), avec un nouveau groupe (Bob Kulick : guitare ; Michael Suchorsky : batterie ; Bruce Yaw : basse ; et lui-même à la guitare et au piano), afin d'accoucher de son nouvel album, un disque qui sortira en décembre 1975 aux USA et un mois plus tard dans le reste du monde : Coney Island Baby. 35 minutes de magnificence absolue, en seulement 8 titres, dont un datant de la glorieuse époque du Velvet Underground (She's My Best Friend, réenregistrée). La réédition CD 2005 offre 6 bonus-tracks (26 minutes en plus !) enregistrés à la même époque, dont certains avec Doug Yule (bassiste/guitariste de la dernière époque du Velvet).

LOU 3

Verso de pochette vinyle

Comment définir Coney Island Baby ? Rien que sa pochette prouve que Lou a totalement tourné la page Metal Machine Music, difficile de se dire que le double album bruitiste le précède directement dans la discographie de l'artiste. Quelle pochette (photos de Mick Rock) ! Glamour, douce, charmante, distinguée, on y voit un Lou timide se cachant derrière un chapeau melon, en belle tenue smoking-noeud pap', sur un fond blanc aveuglant. Le titre de l'album est écrit d'une manière très classique, un 'Lou Reed' bleu et manuscrit le surplombe. Au dos, Lou tient son papeau à deux mains, tête un peu inclinée, humble, sobre, comme repentant du marasme de MMM. Un Lou inhabituel, rien à voir avec le rat de labo blond péroxydé de Sally Can't Dance ou le rockeur glam surmaquillé (et un petit peu bouffi) de Transformer. Une totale renaissance artistique qui sera franchement bien accueillie (avec soulagement, même : personne n'avait oublié/pardonné Metal Machine Music), un beau succès et au final une des réussites majeures de l'artiste. 8 chansons magistrales, de Crazy Feeling à la chanson-titre. L'album est très rock, mais aussi très doux, tendre, si on excepte les 6 minutes de Kicks, morceau achevant la face A avec tension. Kicks est une jam rappelant le bon vieux temps du VU, on y parle de SM, c'est très rock et oppressant, notamment à cause de l'ajout d'effets sonores impromptus (des bruits de foule vifs, dissonnants, forts, qui passent comme l'éclair) qui déboulent de temps en temps. Le premier d'entre eux est flippant, et survient un tout petit peu avant la deuxième minute. Impossible de ne pas sursauter, à chaque écoute. Les autres effets sont moins marquants, mais tout aussi imprévisibles. Kicks est une réussite, mais ce morceau détonne par rapport au reste de l'album.

LOU 4

Le reste est efficace, mais nettement plus apaisé, à l'image de Crazy Feeling et Charley's Girl, les deux courts (moins de 3 minutes chacun) premiers morceaux. Guitare aux accents limite country (Crazy Feeling), un Lou apaisé et apaisant, des chansons gentilles, propres sur elles, mais absolument pas niaises ou simplistes. Le backing-band, qui accompagnera Lou pendant quelques années pour certains d'entre eux (Suchorsky et Yaw, et parmi les musiciens jouant sur les bonus-tracks, on a le claviériste Michael Fonfara, qui jouera sur les albums suivants), est franchement excellent. She's My Best Friend (6 minutes), l'amusant A Gift (les paroles : I'm just a gift for the women of this world), le long (6,40 minutes) et glorieux Coney Island Baby final... Tout est fantastique sur ce disque malheureusement trop court, seulement 35 minutes. Le titre de l'album est une allusion au fait que Lou Reed vient de Coney Island (New York, un endroit essentiellement connu pour ses parcs forains), c'est aussi une allusion probable à une vieille chanson de doo-wop (des Excellents) du même nom, de 1962. C'est aussi et surtout un chouette titre pour un album, non ? Album absolument remarquable, du début à la fin, et qui, rien que pour Crazy Feeling, She's My Best Friend, Coney Island Baby et évidemment Kicks, se doit d'être chez vous, rangé dans votre discothèque au côtés de Berlin, Transformer, Street Hassle, Rock'n'Roll Animal, Lou Reed Live et New York (et je rajoute Sally Can't Dance car je l'adore). Un grand, grand cru, un de ses cinq meilleurs albums !!

FACE A

Crazy Feeling

Charley's Girl

She's My Best Friend

Kicks

FACE B

A Gift

Ooohhh Baby

Nobody's Business

Coney Island Baby