HENDRIX 1

On va reparler de Jimi Hendrix, vous l'aurez compris. Le bouillant gratteux est mort, on le sait, en 1970, à 27 ans, le 18 septembre. Le 30 août, il participait au festival de l'île de Wight, en Angleterre, et c'était d'ailleurs la première fois depuis un petit moment qu'il refoutait les pieds sur le sol britannique (c'est en Angleterre qu'il a enregistré les trois albums du Jimi Hendrix Experience, entre 1966 et 1968). On a longtemps cru que ce concert de deux heures à l'île de Wight sera son dernier concert. En fait non, il a ensuite fait un concert à Berlin-Ouest, à la Deutschlandhallen, le 4 septembre, et participé au festival de Fehmarn (Allemagne de l'Ouest), le 6 septembre, et là ce fut vraiment son dernier concert (un concert bien raté, d'ailleurs). Mais le dernier grand concert hendrixien est bel et bien celui de Wight, le 30 août, 20 jours avant sa mort. Un concert qui sortira dans un premier temps en album dans une version terriblement tronquée, en novembre 1971, sous le titre Isle Of Wight (pochette ci-dessous). Seulement 6 titres (et même pas disposés, sur l'album, selon leur ordre d'apparition au cours du concert !), sous une pochette illustrée d'une photo ne provenant même pas du concert de Wight (mais du concert berlinois du 4 septembre), et avec un mixage pour le moins foiré. Isle Of Wight est un live posthume décevant, frustrant (34 minutes), et considéré à raison comme un des pires albums estampillés Hendrix.

HENDRIX 3

Le très médiocre (pléonasme !) vinyle de 1971

Il faudra attendre 2002 pour qu'enfin on puisse découvrir de manière officielle (nulle doute qu'auparavant, des bootlegs circulaient) l'intégralité du concert, soit 2 heures à peu près (disque 1 : 69 minutes et des poussières ; disque 2 : 50 minutes à 10 secondes près). Cette version complète est sortie d'abord sous un double CD, puis, en 2003, sous une édition collector offrant les deux CDs et le DVD du concert filmé par Murray Lerner (il manque d'ailleurs deux titres, Hey Baby (New Rising Sun) et Hey Joe), c'est d'ailleurs cette édition, dans un boîtier DVD, que je possède (sur Wikipédia, il est dit que ce coffret est sorti en 2004, mais la date indiquée sur mon exemplaire est de 2003...). Pas moins de 150% de musique en plus par rapport à l'original : on passe de 6 à 18 titres, no shit ! Cette nouvelle et définitive version s'appelle Blue Wild Angel : Live At The Isle Of Wight. On peut polémiquer sur le fait de savoir si ce concert de Wight est un des meilleurs ou un des pires d'Hendrix. Apparemment, il n'aurait pas été en forme absolue, à moitié anéanti par de la came ou la fatigue. Au cours du concert, pendant je ne sais plus quel titre, Hendrix aurait eu un souci vestimentaire (pantalon qui craque), anecdote racontée, dans le livret, par un Billy Cox (basse) hilare, mais anecdote qui ne signifie évidemment rien sur le niveau du concert. Mitch Mitchell (batteur, décédé l’an dernier : tous les membres de l’Experience original sont morts, désormais), lui, dira que le concert était tout simplement mauvais. Hendrix lui-même n’en sera pas content (il ne sera pas content de sa performance, précisément). Mais qu’entend-on, en fait, durant le live ? Un génie de la guitare qui, certes, est parfois à côté de ses pompes (All Along The Watchtower est massacrée, n’ayons pas peur des mots, et 22 minutes pour Machine Gun, c’est trop, même s’il y à de grands moments sur ce morceau-fleuve), mais offre tout ce qu’il avait, compte tenu des circonstances (pas en forme, OK ; mais rarement un guitariste/chanteur aussi peu en forme aura aussi bien sonné que sur ce live !).

HENDRIX 2

Edition CD + DVD

OK, Blue Wild Angel : Live At The Isle Of Wight n’est peut-être pas LE disque live d’Hendrix. Son concert au Fillmore East du 31 décembre 1969 (d’abord sorti en album simple sous le titre Band Of Gypsys, puis en version longue sous le titre Hendrix At Fillmore East), et bien entendu sa participation à Woodstock en 1969, sont sans aucun doute meilleures. Mais ce concert de Wight reste de loin mon préféré d’Hendrix. Le concert démarre par une très noisy adaptation de l’hymne britannique God Save The Queen, puis par un petit délire de même pas une minute, Hendrix reprenant à sa sauce Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, histoire de faire un double message : 1/on est au pays des Beatles, et 2/putain, les mecs (je parle des Beatles), vous allez nous manquer. En effet, en 1970, les Beatles sont définitivement morts et enterrés… Spanish Castle Magic (bien furax !) et All Along The Watchtower (bien foiré, surtout l’intro…) suivent, puis Machine Gun, dont l’enregistrement fut à moitié foirée : on entend des conversations des agents de sécurité parlant entre eux au Talkie/Walkie (bonjour la discrétion), conversations qui sortent des enceintes comme s’ils parlaient directement dans le micro (évidemment, problème technique), les amplis grésillent, Hendrix en fait sans doute un peu trop (22 minutes, c’est too much), mais dans l’ensemble, on se régale quand même. C’est de loin le morceau le plus long, même si Foxy Lady fait 9 minutes, Voodoo Child (Slight Return) 8 minutes, et Red House presque 12. En revanche, Lover Man, efficace, ne dure que 3 minutes ! Freedom, Red House, Dolly Dagger (puissants !), Midnight Lightning (à la base ouverture du vinyle, ce titre achève le premier disque) aussi assure à fond la caisse…

HENDRIX 5

Le second disque s'ouvre en folie avec Foxy Lady et Message To Love, à ce niveau-là, on se dit vraiment (en fait, on se dit ça depuis Lover Man !) que bien que souffrant parfois d'un Hendrix brouillon, ce concert est vraiment bluffant. Hey Baby (New Rising Sun) est excellente, Ezy Rider un chouia moins, mais c'est quand même pas mal du tout. Et on arrive à la dernière partie, constituée de grands classiques : Hey Joe, géantissime, Purple Haze bien destroy comme d'habitude, Voodoo Child (Slight Return) qui déboule juste après Purple Haze sans interruption, et le final, In From The Storm, morceau génial utilisant notamment un bout de riff du Rice Pudding du Jeff Beck Group dans sa toute fin. En plein dans la tempête, Hendrix et ses deux accompagnateurs (Cox du Band Of Gypsys, Mitchell de l'Experience : ce line-up est un beau mixage des deux meilleures périodes et formations d'Hendrix) défoncent tout pour un final anthologique. Clairement, bien que non exempt de défauts, Blue Wild Angel : Live At The Isle Of Wight est une incontestable réussite, au son surpuissant. Comment les héritier d'Hendrix ont réussi, à partir d'une telle glaise (le disque 6-titres original à oublier, et qui est d'ailleurs totalement oublié durant l'écoute), à faire un des meilleurs albums live que je connaisse ? Le son est puissant, on prend du plaisir de bout en bout, c'est larsénique, électrique, furax, tendu, violent, trépidant... OK, Hendrix aura été en meilleure forme par le passé, mais même en petite forme, ce mec était capable de faire un concert aussi fulgurant que ça, ce qui en dit long sur son talent (son génie, en fait) et sa force de conviction sur scène. Le Hendrix de Wight cuvée 1970, à 20 jours de la mort, ne fait pas oublier le Hendrix de Woodstock ou du Fillmore, mais il en est un beau complément. Rien que pour In From The Storm, Dolly Dagger, Foxy Lady, Message To Love, Machine Gun (oui, tout de même !), Red House et Purple Haze, ce double live est indispensable. J'ai dit !

CD 1

God Save The Queen

Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band

Spanish Castle Magic

All Along The Watchtower

Machine Gun

Lover Man

Freedom

Red House

Dolly Dagger

Midnight Lightning

CD 2

Foxy Lady

Message To Love

Hey Baby (New Rising Sun)

Ezy Rider

Hey Joe

Purple Haze

Voodoo Child (Slight Return)

In From The Storm

Version vinyle originale :

FACE A

Midnight Lightning

Foxy Lady

Lover Man

FACE B

Freedom

All Along The Watchtower

In From The Storm