JONI 1

De nationalité canadienne, Joni Mitchell est mondialement connue pour quelques chansons telles que Woodstock (qu'elle a écrite en regardant le festival à la TV dans une chambre d'hôtel, car elle refusera, par peur, de monter dans l'hélicoptère qui devait la conduire sur place ; elle était en effet programmée dans le festival), qu'elle offrire à Crosby, Stills, Nash & Young tout en l'interprétant elle-même aussi, ou bien encore pour Chelsea Morning (reprise par Fairport Convention notamment), The Last Time I Saw Richard ou Help Me. Elle a à son actif quelques albums emblématiques, tels que Ladies Of The Canyon en 1970, Blue en 1971, Court And Spark en 1974 (ces deux derniers sont de vrais best-sellers) ou bien encore Hejira en 1976. Mais son meilleur album, selon moi, est indéniablement celui qu'elle a sorti en 1975, cet album, The Hissing Of Summer Lawns. Ce n'est pas son album le plus vendu (c'est Court And Spark, je crois), ni le plus connu mondialement (même exemple, ou Blue), mais c'est, vraiment, son sommet, un disque de folk-rock mâtiné de pop-rock jazzy, enregistré avec des musiciens remarquables, tels Victor Feldman (claviers, percussions), Chuck Findley (trompette), Larry Carlton (guitare), Joe Sample (piano électrique et autres claviers), John Guerin (batterie), Max Bennett (basse), Wilton Felder (idem), Robben Ford (guitare), et avec la participation vocale de Graham Nash, David Crosby et James Taylor sur le premier titre, et des Tambours du Burundi sur le deuxième. Joni, elle, en plus du chant, tient la guitare acoustique et/ou divers claviers tels piano, Moog ou orgue Farfisa. Elle a aussi signé la pochette de l'album, laquelle est, il faut le dire, assez moyenne (une vue d'une grande ville, avec une vaste étendue verte, et des bonhommes en noir, nus, trimbalant un gigantesque serpent).

JONI 2

Intérieur de pochette vinyle (et livret CD)

Court And Spark, déjà, offrait quelques ambiances un peu jazzy, mais The Hissing Of Summer Lawns surprendra pas mal de monde à sa sortie. Démarrant par une chanson éminemment pop/jazzy à la Steely Dan de la même époque (d'ailleurs, Feldman, Carlton, Findley, et je crois aussi Sample ont joué sur les albums de Steely Dan), In France They Kiss On Main Street (participation vocale de Nash, Crosby et James Taylor, et participation guitaristique de Jeff 'Skunk' Baxter, guitariste de Steely Dan et des Doobie Brothers), l'album se finit sur l'hymnesque Shadows And Light interprété par Joni (qui a enregistré plusieurs fois sa voix pour faire un canon vocal sublime) seule avec un Farfisa, une chanson qui a toujours fait partie de ses grandes préférées. Très poétique, l'album aligne les merveilles : Harry's House - Centerpiece, morceau le plus long et de loin (quasiment 7 minutes), propose une reprise de Centerpiece, une chanson de Johnny Mandel datant des années 50, passage très jazzy au milieu d'une chanson, sinon, folk. La chanson-titre (The Hissing Of Summer Lawns, donc) est une pure merveille aussi, douce, courte (3 minutes seulement, hélas), composée avec John Guerin, et Don't Interrupt The Sorrow est à la base un poème, et ça se sent. The Boho Dance, selon les notes de pochette (notes originales) de Joni, est inspirée par le livre Le Mot Peint de Tom Wolfe, Shades Of Scarlett Conquering et Edith And The Kingpin sont des régals absolus sur lesquels la voix douce de Joni fait des étincelles, et comment ne pas citer, aussi, The Jungle Line ? Probablement ma préférée de l'album, mais aussi la moins évidente, la plus recherchée, The Jungle Line est interprétée par Joni, son Moog et les Tambours du Burundi. Rendant hommage aux tableaux du Douanier Rousseau, cette chanson est à la fois tribale (les Tambours) et moderne, le son du Moog étant assez étrange, et se mélangeant bizarrement (mais magnifiquement, aussi) avec ces percussions.

JONI 4

C'est un album attachant, pas le plus facile d'accès de Joni, pas celui qui offrira des succès de radio, mais au bout du compte, ce disque (le préféré de Prince, qui est un grand fan de Joni Mitchell) est un réussite absolue, sur laquelle rien n'est à jeter. Au sujet de ce que Prince a dit au sujet de l'album, Joni en sera terriblement contente, car il faut savoir qu'il avait avoué son amour pour ce disque dans le magazine Rolling Stone, et que ce même magazine, à l'époque de la sortie de The Hissing Of Summer Lawns, avait qualifié le disque de pire jamais entendu (par l'auteur de la critique d'époque) ! Quand je disais que l'album avait surpris en son temps... Il a décontenancé les fans de la Canadienne (et l'album suivant, Hejira, décontenancera aussi), et ils seront divisés entre ceux qui adorent et ceux qui détestent le disque. Mitchell est en effet assez éloignée de Blue et Ladies Of The Canyon, ici, mais au final, c'est clairement son album le plus réussi, le plus maitrisé, un disque parfait, jazzy, folk, parfois pop, parfois recherché (Shadows And Light, The Jungle Line), parfois très sobre (Sweet Bird, The Hissing Of Summer Lawns). En un mot : un des disques majeurs de la scène folk/rock des années 70. No more, no less.

FACE A

In France They Kiss On Main Street

The Jungle Line

Edith And Kingpin

Don't Interrupt The Sorrow

Shades Of Scarlett Conquering

FACE B

The Hissing Of Summer Lawns

The Boho Dance

Harry's House/Centerpiece

Sweet Bird

Shadows And Light