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Le 3 juillet 1973, David Bowie et ses Spiders From Mars montent sur scène à l'Hammersmith Odeon de Londres, pour un concert qui sera filmé par D.A. Pennebaker et qui sortira en salles en 1983, en même temps que sa bande originale : Ziggy Stardust And The Spiders From Mars. Très peu de monde, à l'époque, savait que ce concert serait le dernier, vraiment dernier, de la période glam de Bowie ; c'était, en revanche, officiellement le dernier de la tournée promotionnelle d'Aladdin Sane (1973), suite américanisée de The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (1972), qui fut le disque du succès pour Bowie. Aussi, quand, à la fin du concert, juste avant le final Rock'n'Roll Suicide, Bowie annonce, dans un speech d'anthologie, que ce concert est le dernier qu'il fera jamais, on imagine la stupeur aussi bien dans la salle (le lendemain, les journaux annonçaient "Bowie quits", ce genre) que sur scène. Mike Garson (piano), le management, la femme de  Bowie (Angela) étaient au courant. Trevor Bolder (basse), Woody Woodmansey (batterie), eux, sont tombés des nues. En fait, Bowie n'avait pas l'intention d'arrêter la musique, juste de "tuer" Ziggy et de faire autre chose. En 1974, il enregistre Diamond Dogs, totalement dingue et déconstruit album de glam/soul, avant de passer à la soul puis à faire...autre chose, en bon aventurier du rock. Mais entre temps, il va s'occuper, juste après cet ultime concert glam, à enregistrer (les sessions démarrent 5 jours après le concert !), en France, un ultime album de glam : Pin Ups

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Enregistré au Château d'Hérouville (Val d'Oise) entre juillet et août, et sorti en octobre, Pin Ups est un des albums les plus particuliers de Bowie. Un des plus courts, aussi, même le plus court : 33 minutes. S'il est si particulier, c'est tout simplement parce qu'il est intégralement constitué de reprises. Aucune nouvelle chanson. Evidemment, à la sortie de l'album, beaucoup se sont mis à gueuler, l'air de dire Bowie se fout de nous, il ne s'est pas cassé le cul, qu'est-ce que ça veut dire, etc, etc... Ce disque est important pour Bowie, car c'est le dernier avec les Spiders From Mars, qui ne sont cependant pas au complet : Woody Woodmansey est remplacé par Aynsley Dunbar, et ne jouera plus jamais avec Bowie une fois le concert du 3 juillet terminé. Trevor Bolder fut rappelé in extremis, à contrecoeur aussi bien pour lui que pour Bowie, on imagine aisément l'ambiance. Mick Ronson (guitare) rejouera avec Bowie en 1993 sur Black Tie White Noise, peu de temps avant de mourir d'un cancer, mais pendant 20 ans, Bowie ne l'a pas rappelé une seule fois, et il peut remercier Ian Hunter et ses Mott The Hoople qui ont été le piocher dans la pile... On a aussi Mike Garson (piano), Warren Peace aux choeurs, Ken Fordham au saxophone. Bowie joue du saxophone, de la guitare, du Moog. Il coproduit l'album avec Ken Scott, album qui sort sous une sublime pochette photographique représentant Bowie et le mannequin Twiggy, posant l'un contre l'autre, avec un liseré autour du visage et des teintes de maquillage inversées, donnant l'impression qu'on a échangé leurs visages. Twiggy était une mannequin célèbre dans l'Angleterre du Swingin' London (1964/1967), période cruciale pour la musique en Angleterre, période de l'arrivée de groupes tels que Pink Floyd, Them, Who, Pretty Things, Yardbirds, Kinks, Small Faces, et de l'avènement des Beatles et des Stones. 

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C'est cette période que Bowie reprend, à la sauce glam dévasté. Pas de Beatles, pas de Stones (il a repris un morceau des Stones sur son précédent opus, reprendra les Beatles en 1975, en duo avec l'un d'entre eux en plus), ce qui fait qu'il évite clairement la facilité. 12 titres issus du répertoire de 9 groupes différents, tous anglo-saxons (pas de reprises du Velvet, ce qu'il faisait sur scène, donc). Deux chansons des Who (il paraît que Pete Townshend ne sera pas content du tout que Bowie ait touché à son répertoire) : I Can't Explain et Anyway, Anyhow, Anywhere, dont l'intro de batterie est tapageuse. Deux des Yardbirds, Shapes Of Things et I Wish You Would ; deux des Pretty Things, Don't Bring Me Down et Rosalyn (qui ouvre à la perfection le disque sur une frénésie totale) ; une des Them de Van Morrison, Here Comes The Night (Bowie a évité l'écueil de reprendre Gloria, ça aurait été si prévisible...) ; une de Pink Floyd, See Emily Play, transformée en totalement autre chose ; une des Easybeats (le groupe du grand frangin d'Angus et Malcolm d'AC/DC), Friday On My Mind ; une des Kinks, Where Have All The Good Times Gone (qui, en CD, est la seule dont les paroles sont dans le mince livret, curieux) ; et moins connues, une des Mojos (Everything's Alright) et  une des McCoys, Sorrow. Cette dernière, moment de douceur de l'album, est la plus connue de Pin Ups. Production exemplaire, ambiance de totale annihilation (on sent que ces sessions estivales d'Hérouville - Bowie y reviendra faire Low - étaient sues de tous comme étant les dernières d'une époque, parce que l'ambiance est vraiment particulière, on sent la fin), reprises étonnantes et franchement bien troussées (bon, peut-être pas I Can't Explain)... Bowie, qui s'en explique au verso de pochette, livre un bel hommage à une période achevée, tout en achevant une autre période, du moins, pour lui ; à la fois un hommage et un testament, Pin Ups est un des albums les plus cruciaux de Bowie, j'insiste lourdement sur ce point. Un de mes préférés, aussi, et il fut même mon préféré, fut un temps. 

FACE A

Rosalyn

Here Comes The Night

I Wish You Would

See Emily Play

Everything's Alright

I Can't Explain

FACE B

Friday On My Mind

Sorrow

Don't Bring Me Down

Shapes Of Things

Anyway, Anyhow, Anywhere

Where Have All The Good Times Gone