GODBLUFF

Van Der Graaf Generator est un des groupes de rock progressif les plus mythiques et, en même temps, secrets. Fondé en 1967 par le chanteur/guitariste/pianiste Peter Hammill (qui ne revendique d'ailleurs pas l'appellation 'rock progressif' du groupe), le groupe tire son nom d'une machine, un appareil électrique conçu pour générer de l'électricité statique, le générateur de Van de Graaff. Le groupe a juste rajouté un 'r' au second mot et viré un 'f' au dernier, sans doute pour éviter de futures emmerdes s'ils n'avaient pas l'autorisation d'utiliser ce nom. Van Der Graaf Generator est affilié au prog-rock, et d'ailleurs, de 1967 à 1971, ils livreront des disques de pur rock progressif digne du meilleur de Genesis et King Crimson de la même période (Pawn Hearts, 1971, est sans doute le sommet, mais passer à côté de H To He Who Am The Only One de 1970 serait un crime). Le groupe est constitué de Peter Hammill (dont le chant sera qualifié de version vocale de la guitare de Jimi Hendrix, tout ça pour dire à quel point il possède une voix et un chant bluffants) à la guitare, chant et piano ; de David Jackson (saxophone, flûte) ; Hugh Banton (basse, claviers) ; et Guy Evans (batterie, percussions). En 1972, le groupe se sépare, de manière tout ce qu'il y à de plus amicale, Hammill ayant envie de se lancer en solo, et sentant qu'il était temps de passer à autre chose et de séparer VDGG.

VDGG 3

Hammill, Jackson (barbu), Banton et Evans (béret)

Hammill lance en fait sa carrière solo en 1971, alors que le groupe existe toujours, avec Fool's Mate (album inclus apparemment dans le catalogue de VDGG désormais : dans les livrets des rééditions de leurs albums, en avant-dernière page, on a des reproductions des pochettes d'albums de VDGG, et aussi celle de ce premier opus solo d'Hammill !). Les trois autres membres du groupe participent d'ailleurs à l'album. En 1973, il sort Chameleon In The Shadow Of The Night, et en 1974, The Silent Corner And The Empty Stage, sur lesquels les autres membres de VDGG (et Randy California aussi pour le second cité) participent. Puis, en 1975, Van Der Graaf Generator ressuscite, renaît de ses cendres. A l'époque, le rock progressif semble aller mal : Genesis perd Peter Gabriel qui se barre pour une carrière solo, King Crimson est définitivement (enfin, définitivement pour sept longues années...) splitté, Yes commence à vendre nettement moins de disques... Mais Van Der Graaf Generator trouve la force de revenir. Avec un disque qui sera le premier volet d'une trilogie que l'on pourra comparer à la trilogie métallique de King Crimson (Larks' Tongues In Aspic/Starless And Bible Black/Red) à la fois pour son style musical plus expérimental et violent, agressif que de coutume, et aussi pour sa cohérence (même si, pour VDGG, le dernier maillon de la trilogie, World Record en 1976, sera celui de trop). Entre les deux, il y à aussi Still Life (1976) et sa pochette représentant un effet électrique généré par l'appareil ayant donné son nom au groupe (album prodigieux) !

VDGG 3

Mais le meilleur opus de cette trilogie moins sombre et expérimentale que celle de Crimso (mais tout de même très dépressive par moments) est le premier volet, le plus court aussi (37 minutes pour 4 titres) : Godbluff. Pochette toute noire, avec le nom du groupe en argenté et, en format 'tampon' rouge de traviole, le nom de l'album. Au dos, quatre photos individuelles du groupe reformé. La réédition CD (qui, par ailleurs, se plante totalement pour le minutage des morceaux et des deux bonus-tracks live à la qualité sonore très brute : les timings indiqués sont ceux de l'album suivant, Still Life, et du bonus-track de Still Life, il y à eu un plantage lors de la fabrication du livret et de l'insert) propose un visuel étonnant et un peu sexy au dos du boîtier, voir plus bas : un dessin d'une femme nue, de face pour la partie supérieure de son corps, de dos pour la partie inférieure (et la position des bras), le haut du visage masqué, de longues boucles de cheveux bizarroïdes, des éclairs sortant des doigts... Mystique. Etonnant. Comme l'album ! Car Godbluff est un disque étonnant qui, de The Undercover Man (morceau le plus court avec seulement 7,30 minutes) à The Sleepwalkers (le plus long avec 10, 40 minutes ; les deux autres titres sont respectivement 9,40 minutes pour Scorched Earth et 9,45 minutes pour Arrow), propose des ambiances de folie. Le terme 'folie' est d'ailleurs parfait ici, tant, entre le chant hystérique et schizo de Hammill, le saxophone déjanté de Jackson, les ruades de batterie d'Evans, les claviers (notamment un clavinet, qui fait son apparition dans le son du groupe) de Banton et Hammill, et les paroles torturées, tant entre tous ces éléments l'album semble totalement cinglé.

VDGG 1

Dos du CD

Dépressif, regorgeant de grands moments de tension (malgré l'intro apaisante et douce de The Sleepwalkers, on sait, par expérience, ayant écouté auparavant le reste de l'album, que ça ne sera pas de tout repos), Godbluff est clairement le sommet de Van Der Graaf Generator. Le disque sera super bien accueilli, le groupe tournera un peu partout en Europe (notamment en France, Belgique et surtout en Italie, pays qui a toujours voué un culte à VDGG, pour je ne sais quelle raison ; les bonus-tracks viennent d'un concert donné à Rimini, ville de naissance de Fellini, et sont deux titres issus de l'album The Secret Corner And The Empty Stage d'Hammill), interprétant tout le disque et des extraits des albums solo d'Hammill en lieu et place des classiques de la première période (ils en joueront tout de même, mais privilégieront les morceaux récents, y compris avant la sortie de Godbluff), ce disque met parfois mal à l'aise (Scorched Earth, Arrow renferment leur lot de tension ; la voix d'Hammill, dans les fins de couplets d'Arrow, est tétanisante) tant il est rempli de folie latente, de tension, de noirceur. Ce n'est pas Starless And Bible Black ou Red de King Crimson, mais Godbluff est tout de même tout sauf reposant et joyeux. C'est un disque quasiment indescriptible, métallique (le clavinet apporte une touche violente, agressive au son, et sur scène, Hammill retrouve sa guitare, quil avait délaissée au profit des claviers), brutal, trop court mais, à part ça, parfait. Un des sommets du rock progressif, tout simplement !

FACE A

The Undercover Man

Scorched Earth

FACE B

Arrow

The Sleepwalkers