LAVILLIERS 7

Si vous recherchez un live français bien saignant, ne cherchez plus : celui-ci est fait pour vous. Energique en diable, T'Es Vivant... ? est le premier live de Bernard Lavilliers, et il date de 1978, alors que le chanteur stéphanois était en tournée de son album 15ème Round (1977). Double à sa sortie, l'album offre 14 titres, et est désormais simple en CD, il dure en effet dans les 70 minutes (à noter que le second disque vinyle est ultra court, une demi-heure, et que la face D ne dure qu'une dizaine de minutes...). La pochette montre un Nanard torse nu, sur scène, arborant sa coupe de cheveux de l'époque (cheveux bouclés), bras tendu, doigt aussi, sur fond noir, avec un bon gros lettrage rouge sang pour son nom. Il y à un je-ne-sais-quoi qui fait 'anar', tendance ni Dieu ni maître, avec cette pochette ! Au dos, Lavilliers s'est rhabillé (t-shirt moulant), yeux fermés, en portrait américain. A l'intérieur de la pochette, d'un côté, on a les paroles d'une des chansons (Sax'aphone) en manuscrit, et de l'autre, les portraits des musiciens, sur scène : Pascal Arroyo (basse), Emmanuel Lacordaire (batterie), Dominique Mahut (percussions), Jean-Paul 'Hector' Drand (guitare), François Bréant (claviers). Nanard tient un peu de guitare acoustique. L'albuma été enregistré à l'Olympia, en mars 1978, avec un public le plus souvent en total délire.

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Verso de pochette vinyle

Il faut le dire, l'ambiance de ce disque est digne de foutre le feu à un iceberg en plein mois de janvier. Démarrant par un Juke-Box remarquable, issu, comme sept autres titres (sur 14 !), de 15ème Round, et se terminant par une dantesque mais a capella version d'Utopia (par un Lavilliers fatigué, on sent qu'il a tout donné), autre chanson issue de 15ème Round, ce live assure. On y trouve pour la première fois sur un album de Nanard Capoeira, chanson que le gringo de Saint-Etienne jouera souvent live, mais n'a jamais enregistré en studio (du moins, il me semble), une chanson remarquable aux accents latino. On y trouve aussi Sax'aphone, chanson grandiose (que Lavilliers, aussi, n'a jamais enregistrée en studio) qu'il chante avec des tremolos dans la voix, chanson dédiée à Eric Letourneux, un de ses amis, saxophoniste, mort d'overdose en 1977 dans des WC de bistrot. L'intro de cette chanson très calme, acoustique, explique tout ça mieux que moi. Comme Lavilliers le dit, il dédie à Letourneux, à chaque fois, tout le concert quand il interprète cette chanson. Eric Letourneux, cette chanson s'appele Sax'aphone, et c'est dur de la chanter... La transition avec le morceau suivant, Big Brother (saignant !) est incroyable. Sans oublier Fauve D'Amazone, N'Appartiens Jamais A Personne, Fensch Vallée (chanson sur la vallée de la Fensch, en Lorraine, toujours d'actualité tant elle dépeint la misère sociale de cette vallée, dans laquelle se trouvent Gandrange et Florange), et une version titanesque des Barbares, autant de chansons qui, réparties sur les deux disques (mais surtout sur le premier, le second disque vinyle n'ayant que 5 titres), font tout péter. A côté, on a aussi Lettre Ouverte, La Danseuse Du Sud, 15ème Round, qui sont moins musclés, mais tout de même. A noter l'essoufflement de Nanard, après Les Barbares et avant 15ème Round ; il reprend un peu ses esprits avant de continuer à chanter, le attends, attends... qu'il souffle au public est éloquent, c'est pas une machine, quand même...  Ca reflète bien l'esprit du live.

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Intérieur de pochette vinyle et livret CD

Le second disque vinyle n'offrait que 5 titres, mais parmi eux les 12 minutes de Soleil Noir, une longue improvisation (dont c'est l'unique apparition sur un album de Lavilliers) au cours de laquelle Lavilliers fait jouer, un à un, en les présentant, ses musiciens (solo de basse, de percussions, de guitare, etc). A noter que le titre de l'album vient des improvisations vocales de Lavilliers au cours de ces 12 minutes (précisément, de la fin de Soleil Noir). On a aussi Fensch Vallée et N'Appartiens Jamais A Personne juste avant, qui font bien tout débouler aussi. La face D offre Plus Dure Sera La Chute dans une version de 7 minutes à tomber de la tour Montparnasse en tutu jaune à pois verts et à en redemander avec un tutu vert à pois jaunes. Chanson dédiée à Jim Morrison et à tous les chanteurs décédés trop vite (mais Lavilliers cite explicitement le chanteur des Doors), elle est démentielle ici plus que sur tout autre album de Lavilliers sur lequel elle apparait (Les Barbares en studio, Olympia Live 1984 en live). Puis Utopia, 3 minutes a capella pour achever le live sur une touche intimiste, mais ô combien engagée, écoutez les paroles... Après ce coup d'éclat, impossible de ne pas avoir envie de remettre T'Es Vivant...? (dont le titre complet est T'Es Vivant...? Yes, I'm Alive !, au fait) sur la platine ou dans la chaîne hi-fi. Même si pour moi, le meilleur live de Nanard reste le triple Live Tour 80 de 1980 (parce que triple en vinyle - double en CD - et offrant plus de morceaux que T'Es Vivant...?), T'Es Vivant...? n'en demeure pas moins ultra essentiel et grandiose, un des meilleurs lives français parmi les meilleurs des meilleurs des meilleurs (continuez ainsi pendant deux jours et ensuite, reprenez la lecture ici) des meilleurs. 14 morceaux tour à tour émouvants (Sax'aphone, Utopia, Plus Dure Sera La Chute), violents (Big Brother, Les Barbares !), un régal absolu avec, en plus, ce qui ne gâche rien, un son très réussi (car précisons que les lives d'époque, et surtout les français, n'ont pas toujours un son du tonnerre, les conditions d'enregistrement d'époque n'étaient pas toujours grandioses) et une ambiance de folie, j'insiste lourdement là-dessus. T'es Vivant...? Putain, oui !

FACE A

Juke-Box

Fauve D'Amazone

Lettre Ouverte

Sax'aphone

Big Brother

FACE B

La Danseuse Du Sud

Capoeira

Les Barbares

15ème Round

FACE C

Fensch Vallée

N'Appartiens Jamais A Personne

Soleil Noir

FACE D

Plus Dure Sera La Chute

Utopia