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Anthologique. Ce disque est si anthologique, si parfait, qu'il semble être un best-of plutôt qu'un disque constitué d'inédits. C'est le premier album de Crosby, Stills, Nash & Young (et le second album de Crosby, Stills & Nash, car à la base, c'est un trio), il est sorti en 1970, et fut double disque de platine dès sa sortie, le jour même, chose aussi incroyable que ça puisse paraître. Ce disque s'appelle Déjà-Vu et est sorti sous une sublime pochette un peu typée 'rétro', une photo noir & blanc vieillie du quatuor entouré de leurs deux musiciens de studio, Dallas Taylor (batterie, le dernier à droite) et Greg Reeves (basse, le Black à côté de Graham Nash). Le chien ne joue de rien. Sinon, de gauche à droite, c'est Neil Young (guitare, chant, compositions), Stephen Stills (guitare, claviers, basse, chant, compositions), Graham Nash (chant, compositions) et David Crosby (guitare, chant, compositions). Stills vient de Buffalo Springfield (Young aussi !), Nash, le seul britannique du lot, vient des Hollies, et Crosby, des Byrds. Un fougeux sudiste (Stills), un british pur jus, et un hippie (Crosby), agrémentés d'un Canadien (le Loner), voilà de quoi faire un supergroupe, qui s'est formé en 1968 pour Crosby, Stills & Nash, et en 1969 à Woodstock pour l'inclusion de Young. Après Déjà-Vu, le quatuor sortira un live grandiose (4-Way Street), puis le groupe redeviendra trio, de manière spasmodique (1977, 1982...). Déjà-Vu est le meilleur album du groupe, en tant que trio ou quatuor, groupe par ailleurs très démocratique, vu que Taylor et Reeves sont crédités sur la pochette recto, ce qui, pour des zicos de studio, est rarissime (il n'y à bien que dans le jazz qu'on peut voir ça, sinon) !

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Intérieur de pochette

Déjà-Vu... Quel album ! Comme je l'ai dit plus haut, l'album, trop court d'ailleurs (36 minutes et pour ainsi dire autant de secondes, pour 10 morceaux), ressemble à un best-of de Crosby, Stills, Nash & Young plutôt qu'à un disque studio constitué de morceaux écrits pour l'occasion, tellement il est magnifique. On a ici un disque, aussi, démocratique, donc, et pas seulement parce que le quatuor magique a crédité les deux musiciens d'accompagnement sur la pochette en les faisant aussi poser avec eux (précisons que deux guests jouent brièvement sur le disque, et on les voit en photo dans l'intérieur de pochette - deux  petits photos sur la droite au centre - : John B. Sebastian des Lovin' Spoonful et Jerry Garcia du Grateful Dead). Si Déjà-Vu est démocratique, c'est qu'il offre précisément deux chansons interprétées (et écrites) par Crosby, deux par Stills, deux par Nash, deux par Young, et les deux restantes sont collectives. Il paraît pourtant que l'enregistrement de l'album fut salé, entre un Crosby qui paniquait sévère comme tout bon hippie chargé (et qui était en pleine déprime suite au décès de sa copine), un Stills fougueux, impétueux, pur sudiste aux accès de colère terrifiants, un Young faisant son Young (le simple fait qu'il avait refusé d'être filmé lors du festival de Woodstock en dit long sur son caractère) et un Nash faussement flegmatique mais sachant aussi bien gueuler quand il faut. Tout ceci ne se ressent cependant pas du tout à l'écoute de ce disque à la fois bucolique (les passages acoustiques sont beaux à se rouler dans un pré à l'aube, magnifiques) et très rock (les passages électriques sont parfaits).

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Reeves, Nash, Stills, Taylor, Crosby, Young

L'album s'ouvre sur un monument absolu, mon morceau préféré de l'album (ce qui est toujours con quand il s'agit du premier morceau : forcément, les morceaux suivant, même si on les adore, sont un peu moins adorés que le premier !) : Carry On. La chanson est signée Stills, qui chante, mais on a les fameuses harmonies vocales ayant fait la renommée mondiale de Crosby, Stills & Nash (avant qu'ils ne passent à & Young). D'entrée de jeu, une guitare sèche surgit, et ces harmonies, mmm, on est direct dans le bain. One morning I woke up and I knew that you were gone... La chanson est scindée en deux parties ; la première, malgré des giclées de guitare électrique fantastiques (de Stills, probablement, vu que c'est lui qui a écrit le morceau), est principalement acoustique, ambiance au coin du feu de camp. Puis, vers le centre du morceau... Carry on, love is coming, love is coming to us all... et là, le morceau passe à autre chose. Mélodie d'orgue (de Stills) sublime, vaguement orientale/arabisante, et des guitares sensationnelles et sobres (et électriques) déboulent. La deuxième partie de la chanson (la chanson est en fait composée de deux anciennes chansons de Stills) arrive, et c'est juste magnifique.Where are you going now my love ? Where will you be tomorrow ? Will you bring me happiness ? Will you bring me sorrow ? Le morceau s'achève en beauté. On passe à Teach Your Children, petite merveille de Nash avec Jerry Garcia à la steel-guitar. Autant que je le dise direct, Nash est sans doute celui que j'aime le moins du quatuor (et avant, du trio), même s'il a signé de grandes chansons, et notamment les deux sur l'album. C'est le plus gentillet du groupe, c'est sans doute pour ça. Ses chansons, sur Déjà-Vu, ont un grand parfum de rêve hippie. Teach Your Children est une petite merveille, cependant, acoustique, 3 minutes assez adorables qui s'écoutent avec passion. Bien que ça soit gentillet. On passe à Almost Cut My Hair. Ce morceau avec duel de guitares (Stills et Young croisant le fer) est signé Crosby, qui offre un grand moment de paranoïa et de révolte hippie. Un morceau totalement dans l'air de son temps, une bombe absolue, interprétée par la puissante voix claire de Crosby (quand il commence à chanter, Almost...cut my hair/It happens just the other day, je ressens toujours de grands frissons). Et quelles guitares ! Le passage le plus rock de l'album.

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Neil Young surgit ensuite, en mode acoustique (enfin, semi-acoustique), avec une de ses plus belles chansons de tous les temps, Helpless. On est ici dans le lourd, le très lourd, cette chanson est clairement dans le Top 5 du Loner, je n'exagère pas. De toute façon, de 1969 à 1976, Neil est dans sa période glorieuse. Ici, sa voix si fragile, les paroles magnifiques et pesantes (la chanson n'est pas gaie du tout), la guitare, un discret piano, des harmonies vocales magnifiques en choeurs, tout concourt à faire de cet Helpless un grand moment, qu'il est. La face B s'achève sur un morceau interprété collectivement (Stills est cependant en avant), Woodstock, morceau écrit par Joni Mitchell alors qu'elle regardait la retransmission du festival à la TV (ayant peur de monter dans l'hélico emmenant les artistes à Woodstock, elle n'y est pas allée, alors qu'elle était programmée). Une chanson sensationnelle, qu'elle chantera elle aussi, évidemment. Elle achève la face A sur une note assez rock. La B, elle, s'ouvre sur Déjà-Vu, morceau étonnant (changements de rythmes) de Crosby, une pure merveille qui impose définitivement le disque parmi les plus grands. Comme Crosby l'a dit lui-même dans une interview au sujet de l'album, alors qu'il avait déjà écrit cette chanson, Young déboulait avec Helpless, Stills avec Carry On, Nash avec Teach Your Children, etc, et impossible, dès lors, de ne pas voir en l'album un futur monstre sacré ! La productivité et le talent de ces quatre salopards est impressionnante. Nash déboule ensuite avec Our House, encore une chanson bien hippie et british, gentillette (Our house is a very very very kind house, with two cats in the yard...), je l'aime moins que Teach Your Children mais c'est encore une fois très beau. Et court. Court aussi, plus court encore, est le 4+20 de Stills, 2 petites minutes auparavant jouées à Woodstock. Une splendeur acoustique absolue. Que dire ? Après ce monument se passant de commentaires, on a le plus long morceau de l'album, Country Girl (de Neil Young), chanson de 5 minutes scindée en trois sous-parties (tout est sur une seule plage audio), une sorte de medley remarquable sur lequel on entend l'harmonica de John B. Sebastian (final). Je préfère Helpless, du Loner, sur l'album, mais c'est admirable. Enfin, le court (2,20 minutes) Everybody I Love You de Stills & Nash achève le disque en fanfare, on n'a qu'une seule envie, c'est de refoutre Déjà-Vu sur Carry On et de réécouter tout le disque d'une traite.

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Bref, l'album est monstrueux, que dire de plus ? Une série de chansons emblématiques, des classiques à la pelleteuse, une ambiance à la fois reposante et très rock, des vocaux sensationnels, une réunion de talents imparable... Le seul souci réside dans la durée de l'album, 36 minutes, c'est vraiment trop peu, surtout quand on sait à quel point Déjà-Vu est immense. Best-seller mondial résumant parfaitement son époque, l'album est de ceux qui ne vieillissent pas, ou alors, très bien, ils se bonifient avec le temps. De plus, il est très accessible, et fonctionne aussi bien pour se relaxer que pour servir de musique de fond à une réunion d'amis, un voyage en bagnole (court, le voyage, alors !), un dîner, ce que vous voulez. C'est le genre d'album qui plaira au plus grand nombre. Et, vraiment, j'insiste, c'est un album faisant partie de la race des seigneurs et qui, malgré son titre, ne sent pas le déjà-vu (ah ah ah) ! Un chef d'oeuvre absolu, donc.

FACE A

Carry On

Teach Your Children

Almost Cut My Hair

Helpless

Woodstock

FACE B

Déjà-Vu

Our House

4+20

Country Girl :

a) Whiskey Boot Hill

b) Down, Down, Down

c) Country Girl (I Think You're Pretty)

Everybody I Love You