Bizarre titre d'article, hein ? Je m'explique : cette liste propose les albums les plus sombres, noirs, dépressifs jamais enregistrés et sortis. C'est parfois très évident, parfois moins. Certains albums, ici, sont faussement gais, des arrangements ou mélodies légères peuvent, parfois, cacher bien des tourments...

1957Lady In Satin (Billie Holliday, 1957) : La diva jazzy, qui mourra deux ans plus tard, est ici au plus mal. Enfin, elle livre aussi son sommet. Voix marquée, voilée, rauque (la faute aux excès) et morceaux de choix pour ce disque profondément triste, dépressif, offrant notamment I'm A Fool To Want You, utilisée dans une publicité pour un fameux parfum, avec Audrey Tautou dedans. Album sombre et profond.

1966 PET SOUNDSPet Sounds (The Beach Boys, 1966) : Oui, ce disque est sombre. Triste, en fait. Brian Wilson, qui se cache derrière la grosse majorité de l'album, se pose des questions, les titres des morceaux sont parfois éloquents : I Just Wasn't Made For These Times, God Only Knows, I Know There's An Answer... Les morceaux sont parfois un peu plombants (Don't Talk (Put Your Head On My Shoulder) ou You Still Believe In Me, Caroline No), l'ambiance générale est tristounette. Mais magnifique aussi (de toute façon, tous les disques de la liste sont sublimes).

1967 FOREVER CHANGESForever Changes (Love, 1967) : Malsain, plutôt. Love signe ici un disque d'une noirceur redoutable, ce qui est masqué par des arrangements parfois luxuriants (cordes, cuivres mariachi). Représentant bien le mélange d'oppression et de magie de l'époque. Un disque faussement gai parfois, les mélodies étant 'ensoleillées' par les cuivres latino et le chant d'Arthur Lee n'étant pas vraiment dans le style douloureux. Mais des titres comme The Red Telephone ou Live And Let Live sont sans équivoque.

1968 THE MARBLE INDEXThe Marble Index (Nico, 1968) : John Cale (arrangeur du disque) dira que le suicide n'est pas une chose aisée à promouvoir. Manière d'expliquer le bide commercial de l'album. 30 minutes tétanisantes avec la voix d'outre-tombe et gutturale (l'accent teuton) de Nico et son harmonium (selon Cale, le seul instrument convenable pour aller avec la voix de Nico et ses composition). Ce deuxième album de Nico, et premier d'une trilogie faite avec Cale (les autres sont Desertshore et The End...) est aussi son plus abouti. Difficile d'y entrer, difficile voire impossible d'en sortir. Envoûtant, hypnotique, sombre, dépressif et, quelque part, terrifiant.

68580851_pJ'Arrive (Jacques Brel, 1968) : Avec des titres tels que Regarde Bien, Petit, L'Eclusier, Je Suis Un Soir D'Eté ou L'Ostendaise, ce disque de Brel, son avant-dernier (il se consacre au cinéma dès 1967, puis, la maladie le rongeant dès 1973, partira pour les Marquises en cessant toute activité artistique, jusqu'au come-back final de 1977, quelques mois avant sa mort), est clairement son plus dépressif. Peu de place pour la légèreté, même si, sur les 9 titres, on en a deux/trois qui sont assez légers. Mais la tristesse, la pesanteur, gagne sur la légèreté ici. J'Arrive est une réussite majeure de plus pour le grand Jacques, qui plus est.

52977250_pBlue Afternoon (Tim Buckley, 1969) : Inexistant en CD (mais réédité en vinyle) comme Starsailor de 1970 (plus bas), Blue Afternoon est un disque d'une profonde mélancolie. Tout est dans son titre : 'après-midi bleu', jour de déprime donc... Les morceaux ne sont pas tout tristes dans l'âme, on sent que Happy Time n'est pas aussi happy que son titre le dit, mais comparé à The River ou Blue Melody, c'est plus 'gai'. Enfin, dans l'ensemble, ce disque est un des albums de folk les plus tristes qui soient. Et c'est sublime, aussi ! A noter, le long final The Train semble préparer aux futures incartades avant-gardistes de Lorca et Starsailor (1970 tous deux).

1969 FIVE LEAVES LEFTFive Leaves Left (Nick Drake, 1969) : Premier des trois albums de Nick Drake, artiste maudit qui mourra très jeune (overdose de médicaments ; suicide ?) et sera victime de son succès (il ne pourra pas faire de concerts, étant trop timide, introverti, dans son monde pour partager ça avec un public). Ce premier album est le meilleur, le plus beau probablement, le plus abouti ; le plus connu, aussi. Très triste, surtout que la voix profonde (et posée) de Drake en rajoute au côté introspectif et sombre de l'album. Une réussie majeure de folk britannique.

1970John Lennon/Plastic Ono Band (John Lennon, 1970) : Après trois albums avant-gardistes sans intérêt faits avec sa Yoko, et après un live en 1969 avec une autre mouture de son Plastic Ono Band (avec Clapton...et Yoko), Lennon sort son premier vrai opus solo valable en 1970. Son chef d'oeuvre. Mais attention, ce disque est l'équivalent musical d'une séance de psychanalyse. Lennon se met à plat, clairement, littéralement, et le résultat est dérangeant et triste comme un barbecue pluvieux. Lennon est déchirant ici, la production brute renforce le côté introspectif, intimiste et, en même temps, impudique de l'album. Rien que pour God, Mother, Isolation, Remember, Working Class Hero et Look At Me, ce disque est purement essentiel, le meilleur de Beatle John.

1970 THE MADCAP LAUGHSThe Madcap Laughs (Syd Barrett, 1970) : Le Diamant Fou du Floyd, viré en 1968 pour des raisons de dinguerie totale l'empêchant de jouer, sort son premier disque solo (il en fera un autre quelques mois plus tard, Barrett) en 1970, enregistré difficilement en 1969. Certains membre du Floyd, de Soft Machine, d'Humble Pie, jouent dessus. Le résultat est intimiste, étrange, parfois sur le fil du rasoir tant la folie de Syd plane tout du long (chant bizarre, breaks impromptus, mélodies bancales, paroles space). Le résultat est aussi déstabilisant (l'impression d'entendre l'oeuvre d'un aliéné) que magnifique (Late Night, Octopus, Terrapin, No Man's Land). Inoubliable.

1970 ADesertshore (Nico, 1970) : Deuxième volet de la trilogie faite avec John Cale. Disque très court, 28 minutes, et dont la pochette est issue d'un film expérimental de Philippe Garrel dans lequel joue Nico, La Cicatrice Intérieure. L'enfant est Ari, fils de Nico et d'Alain Delon (qui ne l'a pas reconnu, mais l'enfant lui ressemble fortement ; il est connu comme photographe sous le nom d'Ari Boulogne). Ari chante sur Le Petit Chevalier, seul moment de douceur au milieu d'un océan avant-gardiste mélangeant rock, musique baroque et expérimentations. C'est magnifique (The Falconer, Janitor Of Lunacy) mais assez sombre, comme The Marble Index. Un chouia moins quand même.

1970Starsailor (Tim Buckley, 1970) : Avant-gardiste au possible, terriblement sombre par moments, et en fait, surtout, oppressant, flippant (la face B, excepté Down By The Borderline). Introuvable en CD pour d'obscurs problèmes de droits (album sorti sous un label qui aujourd'hui n'existe plus), comme Blue Afternoon (autre album de Tim Buckley), Starsailor n'est pas à proprement parler dépressif, mais il ne vous aidera pas à aller mieux si vous avez le bourdon avant de l'écouter !

1971 AWhat's Going On (Marvin Gaye, 1971) : Marvin Gaye s'interroge sur le monde qui part en couille : guerre, écologie, enfants maltraités, violence, misère, religion, came, gouvernement... What's Going On est une date, en cela qu'il est le premier disque de soul intelligent, avec un message, des textes qui parlent d'autre chose que d'amour. Le disque est, sous ses luxurieux arrangements, aussi introspectif que l'album solo de Lennon abordé plus haut, et vraiment pas joyeux. Sublime.

1971Tago Mago (Can, 1971) : Parfois glauque, terrifiant (Aumgn, Peking O), Tago Mago, chef d'oeuvre des Allemands de Can, double album (depuis simple CD de 73 minutes) anthologique, est un disque bizarre, complexe, et parfois très sombre. En tout cas, jamais joyeux. Des morceaux comme Mushroom peuvent rendre mal à l'aise (les sons, la mélodie) ! Sensationnel, sinon et surtout.

1971 BSongs Of Love And Hate (Leonard Cohen, 1971) : Une face de chansons d'amour (la B), une de chansons de haine (la A). Chaque chanson de la face A trouve son répondant sur l'autre face (Last Year's Man/Joan Of Arc, par exemple). C'est très souvent plombant, surtout que le chant de Cohen est, comment dire, morne, lent, triste. Des morceaux comme Avalanche (que Nick Cave reprendra), Joan Of Arc et Dress Rehearsal Rag restent longuement en mémoire. Le meilleur de Leonard Cohen. Ne vous fiez pas à son sourire sur la pochette, mais fiez-vous, en revanche, à la couleur de ladite pochette !

1971 THERE'S A RIOT GOIN' ONThere's A Riot Goin' On (Sly & The Family Stone, 1971) : Totalement à l'ouest, Sly Stone, en pleine dérive cocaïnée, livre le disque de sa vie, et l'album de funk le plus cintré de l'histoire. Un album ô combien malsain, qui respire la schnouff à plein nez et est aussi éloigné de la notion de gaieté que le sel est éloigné du sucre. Malgré des morceaux faussement entraînants comme Family Affair. Disque de malades.

51814380_pPink Moon (Nick Drake, 1972) : Troisième et ultime (deux ans plus tard, bye-bye) album de Nick Drake. 28 minutes très sombres, tristes à en crever. Avec une chanson limite flippante par ses arrangements minimalistes (sur le disque : la voix et la guitare sèche de Drake, et c'est tout) : Parasite. Pink Moon est, a égalité avec Five Leaves Left, le plus réussi de cet artiste maudit (aucun succès, mort jeune). Un disque profondément déprimant, mais magnifique aussi.

1973 BERLINBerlin (Lou Reed, 1973) : Bob Ezrin (producteur) et Lou Reed signent un disque puissant qui foutra les jetons aux pontes de RCA (maison de disques de Lou). L'album devait être double, avec une belle pochette ouvrante en triptyque, il sera simple, avec une pochette simple. C'est un 'film pour les oreilles' d'une noirceur terrifiante, et les arrangements luxuriants d'Ezrin en rajoutent au malaise ressenti par l'auditeur. Gouffre financier à l'époque, le disque est devenu culte, et est le meilleur de Lou. Le plus jusqu'auboutiste. Il faut l'écouter pour le croire, Berlin est très, très TRES sombre, limite suicidaire ! Mais ô combien beau, aussi...

1973 BSabbath Bloody Sabbath (Black Sabbath, 1973) : Un des disques ayant crée le grunge (qui ne se créera en fait que dans la fin des années 80 ; mais ce disque est un des précurseurs de ce mouvement musical). D'une noirceur d'encre, tant musicalement parlant (riffs saignants et doom) que dans les paroles. Accessoirement, Sabbath Bloody Sabbath, avec sa pochette Enfer/Paradis et ses ambiances progressives (participation du claviériste de Yes, Rick Wakeman, sur un titre), est le meilleur du groupe, aussi !

1973 THE DARK SIDE OF THE MOONThe Dark Side Of The Moon (Pink Floyd, 1973) : Un disque sur la paranoïa, la folie. Le succès monstrueux, mondial, de l'album éclipse (jeu de mots, ah ah ah, vu le titre de l'album et d'un des morceaux, Eclipse) le fait que The Dark Side Of The Moon soit, en fait, un disque très sombre. The Great Gig In The Sky n'a pas de paroles, que des vocalises de Clare Torry, mais il faut savoir que le groupe demandera à Torry de faire des vocalises symbolisant, selon elle, la mort. Ce qui explique le côté un peu flippant, parfois, de ces cris de douleur simulés ! Un album tout sauf joyeux, malgré Money.

1973Time Fades Away (Neil Young, 1973) : Premier volet de la 'ditch trilogy' de Neil Young, trois albums d'une noirceur absolue, sortis entre 1973 et 1975. Ce n'est pas le premier enregistré (en fait, le dernier sorti date, pour l'enregistrement, de 1973, juste avant Time Fades Away, mais est sorti en 1975 !), mais le premier sorti de la trilogie. C'est un live court (34 minutes) et très sombre, qui plus est avec une production brute. A noter que ce disque n'a jamais été édité en CD, apparemment pour des problèmes de remastérisation, les bandes seraient difficiles à traiter. Mais quand on sait qu'un autre volet de la trilogie, le suivant, ne sortira en CD qu'en 2003, soit presque 30 ans après sa sortie vinyle, on s'interroge... Sinon, grand (et sombre) album !

1973 AVu De L'Extérieur (Serge Gainsbourg, 1973) : Sous des dehors scato/cacaprout/sexuel, ce disque, échec à sa sortie (hélas, il ne sera pas le seul disque de Gainsbourg à bider commercialement parlant...), est une réussite. 28 minutes très noires le disque est amer, sombre, désabusé, parle de rupture sentimentale, de détresse affective, de solitude... Ca n'allait pas très bien entre Jane et Serge à l'époque, et on le sent ici, le disque offre des paroles parfois très méchantes, cyniques, amères... Disque remarquable, mon préféré de Gainsbourg.

1974 DStarless And Bible Black (King Crimson, 1974) : Expérimental à en crever, le deuxième maillon de la trilogie métallique commencée par Larks' Tongues In Aspic (1973, absent de la liste car pas dépressif en fin de compte ; mais album d'enfer) et achevée par l'album suivant de la liste. Ici, c'est 46 minutes infernales, en particulier la seconde face qui n'offre que deux titres de respectivement 9 et 11 minutes. Le dernier, Fracture, est à lui seul le sommet de l'entière carrière de King Crimson, une descente aux Enfers admirable et malsaine, avec un violon strident de Cross, la guitare écorchée vive de Fripp... Puissant. Album essentiellement instrumental, enregistré en majeure partie live en concert (mais les applaudissements ont été virés), et un des disques les plus putrides qui soient.

1974 CRed (King Crimson, 1974) : Se pourrait-il que Red, dernier volet de la trilogie métallique de Crimso et dernier album studio du groupe pour 7 ans (le groupe se sépare après ce disque, on croira longtemps la séparation définitive), soit l'album le plus sombre de tous les temps ? En tout cas, de même que pour Sabbath Bloody Sabbath de Black Sabbath (1973), ce disque est la naissance du grunge, clairement. Un chef d'oeuvre mortifère, 40 minutes en Enfer, 5 titres puissants qui, de Red à Starless en passant par Fallen Angel, offrent des atmosphères palpables, lourdes de sens, malsaines et tristes à en crever. Même si le groupe ne progresse pas par rapport aux deux précédents opus, même si la musique est en stase, Red est tout de même un authentique monument, un des meilleurs albums du groupe et du rock progressif en général. Même si c'est plus du heavy-metal progressif qu'autre chose et surtout, j'insiste, du grunge d'avant le grunge ! Monstrueux...

1974On The Beach (Neil Young, 1974) : Deuxième volet sorti (mais dernier enregistré !) de la trilogie dépressive du Loner, et selon moi, le plus beau. Pas le plus sombre (Tonight's The Night est plus radical encore), mais le plus triste, et on y trouve de vrais chefs d'oeuvre. Neil Young attendra 2003 pour enfin le sortir en CD... 39 minutes et 40 secondes imparables, des morceaux tétanisants, en particulier la face B (On The Beach, Ambulance Blues). Sur la A, Revolution Blues, For The Turnstiles et See The Sky About To Rain assurent à fond. Un disque souvent dépressif, parfois énergique, mais au fond, très intérieur. La plus belle pochette de toute la discographie du Loner, lui qui a eu trop souvent le malheur d'avoir des pochettes hideuses pour ses albums s'est rattrapé au moins une fois...

1974 EBlood On The Tracks (Bob Dylan, 1974) : Un Dylan amer, suite à son divorce d'avec sa femme. Il l'a mauvaise, et en profite pour faire gicler du sang sur les pistes (titre de l'album), via des chansons telles que You're A Big Girl Now ou Idiot Wind. Rempli exclusivement (comme Desire, l'album suivant, qui n'est pas dans la liste car pas dépressif pour un sou) de classiques comme Tangled Up In Blue, Shelter From The Storm ou Simple Twist Of Fate, ce disque est une pure merveille, mais aussi un disque désabusé, pas dépressif au sens propre du terme, mais clairement pas une promenade de santé dans de vertes prairies ensoleillées. Un chef d'oeuvre.

1974 NO OTHERNo Other (Gene Clark, 1974) : Décidément, 1974 est une année de choix pour les ambiances glauques et les disques noirs ! Celui-ci est un peu comme le Berlin de Reed ou le Forever Changes de Love : sous des aspects luxuriants (production grandiose ; le disque a coûté la bagatelle de 100 000 dollars, Gene Clark et son producteur ont eu carte blanche pour faire le disque), une oeuvre d'une profonde tristesse, noire comme l'encre, dépressive, abordant des sujets parfois sombres (came, solitude). Le chant morne de Clark, qui revenait de loin, en rajoute. Le disque sera un bide (comme les deux albums cités en comparaison) et ne sera édité en CD pour la première fois qu'en 2003. Gene Clark est mort en 1991, il ne connaîtra jamais le revirement de la critique et du public pour son monument, dont le seul reproche est une pochette d'un goût immonde.

1974 ROCK BOTTOMRock Bottom (Robert Wyatt, 1974) : Hiver 1972. Robert Wyatt, batteur de Soft Machine puis de son propre groupe Matching Mole (jeu de mots !), est à Venise : sa fiancée, Alfreda, bosse sur le film Ne Vous Retournez Pas de Nicholas Roeg. Wyatt flâne et commence à écrire et composer les chansons de cet album, qu'il fignole début 1973 à son retour à Londres. En juin, l'accident : quelques jours avant l'enregistrement, il chute, une nuit, de la fenêtre de son balcon (pas trè haut, mais tout de même 2 ou 3 étages). Bilan : colonne vertébrale fracturée vers le bas, il peut bouger les bras, mais plus les jambes. Il ne peut plus jouer de la batterie. Il décide de se reconvertir en chanteur et claviériste, et enregistre, après sa convalescence, dans un cottage, ce disque. Lequel disque est, avec ses ambiances étranges, ses sonorités inclassables, son chant fragile et ce contexte, assez dépressif et même oppressant par moments, bien que Wyatt n'y fasse pas allusion à son accident. Au final, un disque majeur et culte, qui vous brisera le coeur. Wyatt et Alfreda se sont mariés le jour de sa sortie, et sont toujours mariés.

1975 TONIGHT'S THE NIGHTTonight's The Night (Neil Young, 1975) : Dernier volet sorti, et second enregistré (Reprise/Warner, maison de disques du Loner, attendra deux ans avant de le sortir, le disque étant tellement noir qu'ils ne voulaient pas le commercialiser) de la trilogie dépressive de Young. Le Loner a perdu deux amis, un guitariste et un roadie, dans des overdoses (pour le guitariste, Danny Whitten, il est en grande partie responsable de sa mort, lui ayant filé l'argent dont il s'est servi pour se payer sa dose mortelle de horse), et décide de faire catharsis dans un disque qui, en 45 minutes tout rond, est aussi noir que sa pochette (une pochette limite flippante). Un disque dépressif au possible, interprété par un Neil souvent bourré et chantant faux, mais avec une incroyable sincérité. Un disque anticommercial, terriblement dérangeant, dans lequel Neil se met à genoux avec une rare impudeur (Mellow My Mind). Bluffant et marquant.

1974 BGodbluff (Van Der Graaf Generator, 1975) :  Premier volet d'une trilogie métallique (la suite, c'est Still Life en 1976, et World Record la même année, le premier cité est au moins aussi génial, et le dernier est trop long et un peu inégal ; et les deux sont moins sombres et ne sont dont pas dans la liste), Godbluff est selon moi le sommet de Van Der Graaf Generator, le groupe de Peter Hammill (chant, guitare). Seulement 4 titres, mais que des merveilles hantées par le chant si incroyable de Hammill (considéré comme l'équivalent vocal de la guitare d'Hendrix) : Arrow, The Sleepwakers... 37 minutes assez impressionnantes, un disque presque aussi noir que le Red de King Crimson, en plus progressif que métallique, mais en aussi maîtrisé !

1977 PACIFIC OCEAN BLUEPacific Ocean Blue (Dennis Wilson, 1977) : Encore un disque bien produit, au son chaleureux, mais aux ambiances dépressives. Unique album solo de Dennis Wilson, batteur des Beach Boys et considéré, avant ce disque, comme un raté ringard incapable de faire quoi que se soit d'autre que le surf, la défonce (alcool, came) et la baise, Pacific Ocean Blue a surpris son monde à sa sortie. Non seulement c'est le premier album solo d'un Beach Boys (le groupe, en 1977, allait très mal), mais c'est aussi un chef d'oeuvre, qui sera une vente assez importante. Il faudra cependant attendre plus de 30 ans (en 2008) pour que le disque sorte enfin en CD (et il sera une vente colossale et surprenante, la meilleure vente d'album solo d'un membre du groupe !). Un disque qui, hélas, sera le seul de Dennis, qui décèdera en 1983 par noyade bourrée dans le Pacifique, alors qu'il préparait son deuxième album, Bambu, resté à l'état de démos... Un disque majeur, magnifique (River Song, Friday Night, End Of The Show, You And I), possédant une ambiance très californienne, mais aussi très sombre, intérieure, triste. Le chant bourru de Dennis (qui tient les claviers en plus de la batterie), les mélodies sublimes, l'excellence des musiciens (des pointures telles que Hal Blaine, ou au moins deux des Beach Boys comme Carl Wilson), font de ce disque, sorte de croisement entre No Other et Rock Bottom, un joyau.

1977 AAnimals (Pink Floyd, 1977) : Le disque punk du groupe, et ça tombe bien, il est sorti l'année du boom punk. 41 minutes quasi intégralement conçues par Waters, qui prend définitivement l'ascendant sur le reste du groupe. Un disque sous influence Orwell (La Ferme Des Animaux), conceptuel et très féroce, une critique acerbe et sans aucune place pour la gaieté de la société britannique de l'époque (elle était, thanks to Miss Maggie Thatcher, mal en point à l'époque) : businessmen, consommateurs, Gouvernement et flics... Tout le monde passe dans le hâchoir. Un disque hautement corrosif, sombre comme un tunnel mal éclairé en pleine nuit... Un disque, aussi, progressif, trois des titres dépassent 10 minutes, mais, tout de même, très agressif et punk (dans un sens) !

1977 BThe Idiot (Iggy Pop, 1977) : Premier album solo d'Iggy Pop, enregistré en France avec Bowie (qui produit), au Château d'Hérouville, en même temps, apparemment, que l'album suivant de la liste. Un disque dépressif au possible, très sombre (Mass Production est oppressant), avec de nombreux classiques de l'Iguane ici (Funtime, Nightclubbing, China Girl...). Le chant robotique d'Iggy, le côté parfois lancinant, parfois punk, parfois expérimental des mélodies, tout concourt à faire de ce disque un sommet de cold-wave.

1977 CLow (David Bowie, 1977) : Enregistré en France à Hérouville, ce disque est le premier de la 'trilogie berlinoise' de Bowie, faite avec Brian Eno. Bowie l'a enregistré en même temps que The Idiot d'Iggy, du moins, il me semble. Un disque très expérimental, un régal de musique cold-wave et ambient, la face A est constituée de courts morceaux bizarres et la face B, de 4 instrumentaux glaçants (le chef d'oeuvre Warszawa dont le titre inspirera à Joy Division son premier nom). Semi-échec à sa sortie, Low, pas facile d'accès, est au final un des sommets absolus de Bowie. Pochette issue du film L'Homme Qui Venait D'Ailleurs de Roeg (1976), dans lequel Bowie jouait son premier rôle (et son meilleur).

1977 D"Heroes" (David Bowie, 1977) : Deuxième volet de la 'trilogie berlinoise' de Bowie, et le seul des trois à être fait à Berlin(-Ouest), grosso modo en même temps que le Lust For Life d'Iggy Pop (absent de la liste car pas sombre comme The Idiot). Toujours fait avec Eno (le dernier volet, Lodger de 1979, fait à Montreux en Suisse et pas dans la liste pour les raisons habituelles, est aussi avec Eno), "Heroes", avec sa fameuse chanson-titre, est un chef d'oeuvre cold-wave de plus, avec des atmosphères tour à tour rock (face A : Joe The Lion) et glaciales et expérimentales (quasiment toute la face B : Sense Of Doubt, Neuköln). Encore une fois, pas facile d'accès, mais quel album !

1977Les Marquises (Jacques Brel, 1977) : Brel mourra de cette saloperie de cancer en 1978, quelques mois après la sortie de ce disque. Qui est donc son dernier. Parfois joyeux, Les Marquises, alias Brel, est en fait un disque profondément intérieur, dans lequel le Belge aborde à maintes reprises un sujet difficile et ô combien d'actualité pour lui : la mort. Pas que la sienne, mais en général. Voir Un Ami Pleurer (il pleure parce qu'il sait que Brel va mourir ?), Jojo, Vieillir, Jaurès, Les Marquises, Orly et Le Lion (deux paraboles sur la mort)... Bien entendu, on a aussi des moments joyeux, Les Remparts De Varsovie ou Les F..., mais dans l'ensemble, ce disque est d'une profonde mélancolie résignée. Brel n'avait plus qu'un seul poumon de viable à l'époque, sa performance vocale est à ce titre inoubliable et force le respect.

1977 SUICIDESuicide (Suicide, 1977) : Des fous furieux. Un duo, Alan Vega (chant de malade) et Martin Rev (claviers pourris, boîtes à rythmes). Suicide, quel nom de groupe en plus, est un des groupes les moins aimés de l'histoire du rock, mais un des plus cultes, aussi. Ce premier opus est court (31 minutes), et offre quelques grands moments de tension absolue, ambiance minimaliste et oppressante : Rocket U.S.A., Che, Ghost Rider, la ballade étonnante Cheree et surtout les 10 minutes de terreur pure et d'insanité de Frankie Teardrop. Cris de malade de Vega... Atmosphère suicidaire... Ce disque est une épreuve, que l'on adore ou déteste. Moi, j'adore, mais de temps en temps, car ce disque peut rendre fou !

1978 PUBLIC IMAGE - FIRST ISSUEPublic Image/First Issue (Public Image Limited/PiL, 1978) : Encore une disque de givrés. Après l'expérience Sex Pistols, Johnny Rotten, de son vrai nom (qu'il reprend) John Lydon, crée un nouveau groupe, Public Image Limited, alias PiL. Ce premier disque est un mélange sauvage, parfois mal produit (la face B est moins bien produite que la A, pour des raisons budgétaires), entre punk, dub et cold-wave expérimentale. Souvent glaçant, comme Theme de 9 minutes suicidaires, Annalisa et ses paroles marquantes sur un fait divers ayant défrayé la chronique en Allemagne dans les années 60/70, Religion I/Religion II ou Low Life. Un disque difficile, violent, malade et ô combien jouissif quand on sait par quel bout le prendre !

1979Unknown Pleasures (Joy Division, 1979) : Premier des deux albums de Joy Division, anciennement Warsaw. Un disque parfois très rock (de grandes envolées de guitare, notamment Shadowplay), mais surtout très atmosphérique et sombre, à l'image de sa pochette minimaliste (une constante chez ce groupe culte). Pour moi, l'album suivant sera encore plus fort et marquant, mais Unknown Pleasures, dans l'ensemble, assure totalement.

42761685_pThe Wall (Pink Floyd, 1979) : Double album (toujours en CD) dépressif et conceptuel qu'on ne présente plus. Certes trop long et surchargé d'effets et de chansons sans intérêt vital (ces Stop, Vera, Another Brick In The Wall Part 3, Outside The Wall), mais The Wall, explosion en plein vol (le groupe joue ici au complet pour la dernière fois en album), projet pharaonique qui sera adapté au cinéma et sera l'objet de concerts/spectacles monstrueux, The Wall, donc, reste un album rempli de classiques. Tout, ici, est d'une noirceur d'encre, malgré la blancheur de la pochette !

1979 FEAR OF MUSICFear Of Music (Talking Heads, 1979) : Les Talking Heads, pour leur troisième opus (et le deuxième produit par Eno), livrent l'oeuvre de leur vie. Disque très torturé, pas joyeux pour un sou, dans lequel le groupe de David Byrne (guitare, chant hystérique) établit un catalogue de tout ce qui ne va pas : Cities, Drugs, Air, Animals, Heaven, Mind, autant de chansons admirables aux mélodies noires comme l'encre (Air). Participation de Robert Fripp sur I Zimbra, première tentative (et réussie) de mélange entre pop/new-wave et world music. Grand disque.

caratula-the-cure-seventeen-secondsSeventeen Seconds (The Cure, 1980) : 35 minutes pour ce deuxième album de The Cure et leur première réussite. Premier volet d'une trilogie dite 'glacée', suivie par Faith et Pornography, Seventeen Seconds, qui ne dure heureusement pas 17 secondes, offre de grands moments de frissons, même si le disque est nettement moins sombre que les deux suivants : A Forest, At Night, Play For Today, Three, Seventeen Seconds, Secrets... Beaucoup trop court, mais magnifique.

1980 CLOSERCloser (Joy Division, 1980) : Ian Curtis, chanteur du groupe, se pend dans sa cuisine peu après l'enregistrement de ce disque, le deuxième et dernier de Joy Division. Closer, avec sa pochette mortifère (un tombeau familial en Italie), est donc posthume. Un disque d'une profonde tristesse, il met même mal à l'aise parfois. 44 minutes tétanisantes, une sorte de chute de vitalité progressive (face A parfois très rock, face B de plus en plus hypnotique et lente). Un sommet total qui force le respect. Curtis, personnalité troublée, semble presque apaisé sur les deux derniers titres comme s'il avait accepté sa mort prochaine, comme s'il l'avait longuement planifiée... ce qui est sans doute le cas.

1981Faith (The Cure, 1981) : Plus sombre que Seventeen Seconds, un poil plus long (37 minutes), Faith, avec les ruines embrumées de la Bolton Abbey en pochette, est un disque fantastique et très dépressif, mais qui ne prépare en rien à l'album suivant. Other Voices, The Drowning Man, Faith, All Cats Are Grey, The Funeral Party, The Holy Hour, quasiment tout des 8 titres est immense ici. Ambiance sépulcrale au possible !

1981Rue De Siam (Marquis De Sade, 1981) : Deuxième et dernier album des Rennais de Marquis De Sade, une oeuvre inclassable, terriblement glauque, à la pochette qui ne l'est pas moins (elle me met mal à l'aise, quelque part). Textes (en anglais, généralement) sur la folie, les dictatures, le sexe SM, la violence, la mort, le suicide, le sang, la maladie, la guerre et ses séquelles, que des thèmes gentillets, on le voit. Rue De Siam est un chef d'oeuvre d'intensité malade, rempli de grandes chansons, comme Silent World, Wanda's Loving Boy ou S.A.I.D., pour ne citer qu'elles. Monumental.

1982 PORNOGRAPHYPornography (The Cure, 1982) : Ce disque me terrifie, depuis ma première écoute. Il s'en dégage un parfum d'Enfer, d'horreur pure et dure. Le sommet de The Cure, et le dernier volet de la 'trilogie glacée'. Pornography (titre, déjà, space) est un aller sans retour dans la terreur musicale pure, 43 minutes sensationnelles, parfaites, glauquissimes et sauvages (le son de la batterie est bestial, live, sanguinaire). Paroles qui filent le frisson, mélodies inoubliables et sinistres, ambiance de feu et de sang... J'ai dit plus haut que Red de King Crimson était sans doute le disque le plus sombre qui soit. Dans un sens, c'est le cas, car Pornography semble cent coudées au-dessus de tout le reste, question noirceur. Le disque ultime de terreur musicale.

1982 ANebraska (Bruce Springsteen, 1982) : Le Boss seul avec sa guitare, un harmonica et un tape-recorder classique, chez lui, enregistre les 40 minutes de ce Nebraska totalement lo-fi (acoustique) et considéré par sa maison de disques comme un suicide commercial et artistique. Ils le sortent tout de même, et le disque...sera un gros succès. Et c'est une réussite majeure, avec Atlantic City, Reason To Believe, Nebraska (sur la cavale meurtrière de Charles Stark-Weather), State Trooper sous influence Suicide (le final), Johnny 99, Highway Patrolman, Open All Night qui répond à State Trooper... Un disque totalement dépressif, mais totalement grandiose. A noter qu'à la base, Born In The U.S.A. aurait du se trouver sur ce disque, en version lo-fi.

1982 APlay Blessures (Alain Bashung, 1982) : Voulant briser son statut de chanteur rock populaire, Bashung fait appel à Gainsbourg pour lui signer des textes d'une noirceur de tunnel en pleine nuit, et, de son côté, signe des mélodies sous influence Suicide, Kraftwerk et The Cure. 34 minutes tétanisantes de cold-wave industrielle, de dub et de rock torturé, voilà ce qu'est Play Blessures, qui sera critiqué à sa sortie, sera un bide, mais est aujourd'hui justement considéré comme un des sommets du chanteur. Son meilleur, avec Fantaisie Militaire. L'album devait s'appeler Apocalypso à la base, ce qui explique la pochette !

1983The Final Cut (Pink Floyd, 1983) : Rick Wright est viré, Waters prend totalement le contrôle. Il sera viré après ce disque, qui sera un semi-échec doublé d'une incompréhension de la part des fans : ce n'est, en effet, pas du tout floydien. C'est un disque de chansons engagées contre le gouvernement Thatcher et la guerre des Malouines. The Final Cut est un chef d'oeuvre, mais est aussi très mal aimé des fans, sous prétexte qu'il ne ressemble à rien du Floyd. Mieux vaut voir en lui un album solo virtuel de Waters, en fait. Sinon ? Chanson monstrueuses aux textes forts, Waters chante comme jamais auparavant (quelle sincérité !) et une ambiance assez allume-gaz tout du long. Puissant.

73177725_pEtat D'Urgence (Bernard Lavilliers, 1983) : Le disque le plus noir de Lavillers. Des chansons d'une profonde noirceur (Q.H.S., Idées Noires en duo avec Nicoletta, ce qui n'empêche pas le morceau d'être génial, Etat D'Urgence, Saignée aux paroles TRES crues, A Suivre... ou Vegas), une ambiance prenante tout du long. Ce disque assez court (seulement 8 titres, pour 37 minutes) est par ailleurs un de ses moins connus, et pourtant, Idées Noires fut un tube, et l'album se vendra bien ! C'est clairement la face la plus sombre, obscure, dépressive de Nanard qui surgit ici. Un grand disque.

1984 ANovember's Heat (Certain General, 1984) : Groupe américain dont ce disque, leur premier, un monument de cold-wave d'une noirceur absolue, sortira sur un label français au nom charmant, L'Invitation Au Suicide. Ca semble assez incroyable que ce groupe américain n'ait pas trouvé de label chez eux ! Super bien accueillis chez nous en 1984, Certain General livre ici une oeuvre remarquable, peu connue et à découvrir, avec des chansons aussi glaçantes que Maximum G, Service, The Shang ou Only In Dreams. La pochette de November's Heat, en fait, donne le ton. Notez que ce disque est enfin disponible aux USA (depuis plusieurs années tout de même, mais ils auront mis le temps) !

1984Alambic/Sortie-Sud (Hubert-Félix Thiéfaine, 1984) : Sortant d'un accident de moto le laissant dans l'incapacité physique de composer, Thiéfaine délègue les mélodies à son ami Claude Mairet (guitare, basse), ce qui explique que ce disque soit crédité aux deux mecs. Alambic/Sortie-Sud est le plus court des albums de Thiéfaine, presque 34 minutes pour 7 titres, et c'est aussi et surtout le plus à part et dépressif. Un des trois meilleurs disques de cold-wave français avec Rue De Siam de Marquis De Sade et Play Blessures de Bashung. On y parle de mort, de sexe, de came, d'alcool, de détresse, les classiques abondent (Un Vendredi 13 A 5 H, Nyctalopus Airlines, Stalag-Tilt). Pour moi, le meilleur album du Jurassien.

1987Darklands (The Jesus And Mary Chain, 1987) : Deuxième album des Jesus And Mary Chain, après un Psychocandy déjà pas joyeux-joyeux. Darklands, plus réussi selon moi (mais généralement moins connu et apprécié, moins évident et cartonneur), est un mélange efficace et très sombre entre rock, cold-wave et sonorités quasi-techno avant l'heure. Notons que le batteur du groupe fut Bobby Gillespie, futur leader de Primal Scream (il ne joue pas ici, est remplacé par des boîtes à rythmes) ! Un disque difficile, difficile à aimer, mais une réussite du genre.

1989Disintegration (The Cure, 1989) : 72 minutes ahurissantes, assez torturées mais au final quand même bien moins sombres que Pornography ou Faith. Un des albums de la consécration ultime pour The Cure, un disque à la fois glauque et pop, rempli de chefs d'oeuvre tels Last Dance, Lullaby, Prayers For Rain, Disintegration, Pictures Of You ou Fascination Street. Un disque majeur du rock des années 80 et du groupe.

1989 ANovice (Alain Bashung, 1989) : Bashung nous refait le coup, après Play Blessures (chef d'oeuvre incompris à l'époque), du rock torturé et cold-wave. Novice, pour ainsi dire aussi grandiose que le disque de 1982, sera aussi un bide qui passera vraiment inaperçu, album maudit qui marque sa première collaboration avec Jean Fauque (paroles) et sa dernière avec Boris Bergman (paroles). Invités de choix : Blixa Bargeld, Colin Newman de Wire, Jean-Marie Aerts de TC Matic, Dave Ball de Soft Cell, Phil Manzanera... pour un disque remarquable et terriblement sombre et industriel. Un de ses meilleurs albums.

1990Violator (Depeche Mode, 1990) : Personal Jesus, Enjoy The Silence, deux gros tubes qui vont propulser Depeche Mode au firmament. Le groupe expérimente un son plus rock, avec des guitares, et le résultat est bluffant. Pour moi, leur meilleur album, très gothique, obscur, avec des merveilles comme Halo, World In My Eyes, Sweetest Perfection ou Blue Dress. Le titre de l'album se veut une parodie des noms violents des albums de hard-rock, ce qui est contrebalancé par la fleur de la pochette.

1992Dirt (Alice In Chains, 1992) : Alice In Chains livre ici un disque majeur du grunge, leur second meilleur opus derrière celui qu'ils feront en 1995. Dirt sera le disque de la consécration, via Would ?, Rain When I Die, Rooster, Sickman, Them Bones, Dirt ou Down In A Hole. Quasiment une heure très sombre, on y parle de mort, de came, de solitude, de folie, de trash... Le groupe fera encore plus radical trois ans plus tard, ceci dit, mais ce disque est déjà un chef d'oeuvre du genre !

1993In Utero (Nirvana, 1993) : Dernier album studio de Nirvana, et selon moi, le seul qui vaille la peine. Nevermind étant, selon moi, franchement surestimé... comme le groupe en général. Mais In Utero, en grande partie grâce à sa production violente (de Steve Albini), est un sommet de grunge dépressif (le grunge peut-il être autre chose que dépressif, de toute façon ?), avec des morceaux de choix, Rape Me, Serve The Servants, Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle, All Apologies, Heart-Shaped Box, Scentless Apprentice... Je n'aime pas Nirvana, mais ce disque assure ! Le long passage de silence après All Apologies (qui cache un morceau caché moyen après, la plage audio totale dure 31 minutes...) est vraiment chiant, je déteste ce procédé de morceau caché après plusieurs minutes de silence !

68861677_pSongs Of Faith And Devotion (Depeche Mode, 1993) : Trois ans après un Violator dépressif et cependant cartonneur, Depeche Mode sort un disque encore plus torturé, qui sera hélas un bide commercial (passer après Violator et ses deux gros tubes est difficile, déà que Violator venait après un autre succès, Music For The Masses). Un album complexe, avec des chansons franchement noires, très réussies (Judas, In Your Room, I Feel You). Pour certains, le meilleur du groupe de Gahan et Gore. Pas pour moi (je ne suis, de plus, pas fan du groupe, mais je respecte leur boulot), mais ce qui est sûr, c'est que c'est un grand cru.

VitalogyVitalogy (Pearl Jam, 1994) : Le meilleur de la bande à Eddie Vedder (chant), un disque sombre, torturé, rempli de morceaux bizarres (et pas toujours bons : Bugs, Pry, To, Hey Foxymophandlemama, That's Me), mais aussi de grandes chansons, comme Nothingman, Immortality, Not For You, Last Exit, Corduroy, Tremor Christ... Vitalogy, avec sa pochette (format inhabituel) et son livret en allusion à un ancien manuel de savoir-vivre, est un disque à part pour Pearl Jam. Un régal de noirceur, un des disques majeurs du grunge, un an après la mort de Cobain.

1994 BHvis Lyset Tarr Oss (Burzum, 1994) : Sincèrement, je ne suis pas fan du tout du black-metal, genre terriblement violent, malsain, glauque et même douteux du heavy metal. Mais ce disque est une tuerie dans le style ambiances glauques et mortifères. C'est, aussi, magnifique par moments (Det Som En Gang Var, de 14 minutes, est grandiose), malgré la production nulle (c'est du black-metal, aussi) et le fait que Varg Vikernes, unique membre du groupe, soit un malade mental doublé d'un assassin triplé d'un néo-nazi, ayant fait de la prison pour meurtre... Si on parvient à foutre tout ça de côté, ce disque, dans son genre, est un chef d'oeuvre. C'est vraiment pas pour tout le monde.

1994The Downward Spiral (Nine Inch Nails, 1994) : Terrifiant de noirceur. Parfois putride et violent (Mr. Self Destruct), parfois triste à en chialer (Hurt, que Johnny Cash reprendra magnifiquement), possédant un tube malsain au possible (Closer), ce disque a été, ça ne s'invente pas, enregistré dans la villa où Charles Manson et sa Famille tuèrent, en 1969, Sharon Tate et d'autres victimes (ce qui explique l'allusion aux 'piggies' via plusieurs titres de chansons ; Manson sera en effet interpellé par la chanson Piggies des Beatles, et dans sa folie, il y verra des appels à la tuerie). C'est un disque d'une violence et d'une putridité absolues, il faut se préparer pour l'écouter, mais quel album, sinon !!

1995The Bends (Radiohead, 1995) : Premier sommet du groupe de Thom Yorke, et leur deuxième album. Un disque majestueux, très très sombre et dépressif (My Iron Lung, Fake Plastic Trees, The Bends), sans doute même leur plus triste à ce jour malgré que les suivants ne soient vraiment pas joyeux ('joyeux' est un mot que le groupe ne semble pas connaître de toute façon). Un des meilleurs, pour certains fans c'est même le meilleur, en tout cas, The Bends est un disque indispensable, que vous soyez ou non fan de Radiohead (moi, j'aime bien ce groupe, mais je n'en suis pas fan non plus ; mais entre ce disque, O.K. Computer, Kid A et In Rainbows, rien à dire, c'est du grandiose).

1995 BThe X Factor (Iron Maiden, 1995) : Premier des deux albums du groupe avec le chanteur Blaze Bayley (qui ne convaincra pas grand monde, même si, sur ce disque, il est excellent), The X Factor est, selon l'aveu de Steve Harris (basse, leader du groupe, auteur principal des morceaux), le plus noir d'Iron Maiden, des chansons à la pochette. Long (le plus long à l'époque, 71 minutes), il offre de grands moments où, en effet, toute notion de joie est bannie : Sign Of The Cross (sans doute le sommet du groupe), The Aftermath, 2 A.M., The Edge Of Darkness, Lord Of The Flies... La pochette, jugée parfois glauque, sera remplacée dans certains pays. L'album n'est pas le plus vendu du groupe, mais c'est, au final, un des plus marquants, surtout à cause de son ambiance vraiment glauque et dépressive.

1995 ALICE IN CHAINSAlice In Chains (Alice In Chains, 1995) : Dernier album studio du groupe avec leur chanteur Layne Staley (mort en 2002, overdose), et leur dernier pour 14 ans. Leur sommet, sous une pochette non truquée, recto (ce chien...) comme verso (un freak, un mec avec trois jambes, il a réellement existé). Disque sombre à en crever, c'est indéniablement le chef d'oeuvre du mouvement grunge, le disque absolu (et Alice In Chains, le groupe absolu) du grunge. Aucun répit ici, de Grind à Over Now en passant par Again, Head Creeps et Frogs. Dur et malsain, magnifique aussi.

1996Bevilacqua (Christophe, 1996) : Expérimental, sous influence Suicide (d'ailleurs, Rencontre A L'As Vega est un 'duo' avec Alan Vega, de Suicide, groupe qu'adore Christophe) Bevilacqua (nom de famille de Christophe) sera un bide, mais est considéré par le principal intéressé comme un de ses trois meilleurs albums (les deux autres sont Le Beau Bizarre et, je crois, Aimer Ce Que Nous Sommes, qui ne sont pas dans la liste, car pas sombres). Un disque dépressif, étrange, pas facile d'accès, on aimera ou on détestera (mais ça ne laissera pas indifférent). Pas mon préféré, mais une réussite.

1996 AFilosofem (Burzum, 1996) : La longue plage ambiant de 26 minutes suffit à elle seule à rendre ce disque triste. Il est, aussi et surtout, aussi glauque et sombre que Hvis Lyset Tarr Oss de 1994, du même 'groupe'. Aussi malsain. Si vous n'aimez pas du tout ce genre musical qu'est le black-metal, que faites-vous à lire ce paragraphe ? Parce que Filosofem ne déroge pas à la règle, sinon (production médiocre, ambiance minimaliste et violente par moments).

1997 OO.K. Computer (Radiohead, 1997) : Le summum de Radiohead, et un disque parfait, distillant une atmosphère électro/progressivo/ambient à la Brian Eno rencontre les Pink Floyd. C'est toujours d'une profonde tristesse, au mieux très mélancolique (Let Down, No Surprises, Airbag), au pire excessivement lacrymal (Exit Music (For A Film), Lucky). Toujours sublime.

51189378_pKid A (Radiohead, 2000) : Disque totalement destructuré, qui sera suivi d'un Amnesiac tout aussi dépressif, mais moins abouti au final (ce qui explique son absence de la liste). Kid A est un disque aussi complexe que sa pochette et son livret (un beau bordel !), et offre de grands moments noirs radioheadiens tels que The National Anthem, Idiotheque ou In Limbo. Un grand disque dépressif.

2002L'Imprudence (Alain Bashung, 2002) :Musique de chambre, musique expérimentale, avant-gardiste... Ambiance sombre, sépulcrale, aucune place pour la gaieté, la légèreté ici. 67 minutes (le disque studio le plus long de Bashung, et de loin) assez oppressantes parfois, très étranges, complexes, un disque à écouter plusieurs fois, mais sachez que si au bout de la troisième ou quatrième écoute vous n'appréciez toujours pas, alors c'est que L'Imprudence ne sera pas fait pour vous. Si vous parvenez à aimer certaines chansons, alors tôt ou tard, vous aimerez tout. Très original et obscur.