Frank_Zappa_Hot_Rats_Front

On va reparler un peu de Frank Zappa, OK ? Avec un disque sorti en 1969, son deuxième album solo (après Lumpy Gravy en 1968, disque foutraque de collages de bandes sonores, difficile à écouter), et indéniablement un de ses disques les plus aboutis, réussi et accessibles (avec, pour l'accessibilité, Over-Nite Sensation, Apostrophe (') et One Size Fits All, aussi) : Hot Rats. Long de 43 minutes en vinyle, il dure 3 minutes de plus en CD, un des titres ayant été rallongé de cette durée (The Gumbo Variations), par Zappa lui-même, lors du transfert en CD de ses albums, transfert qu'il fit lui-même dans son home studio de Laurel Canyon (Los Angeles), en 1987. Willie The Pimp, en revanche, perd 10 secondes dans le nouveau mixage, mais c'est une perte franchement insignifiante. L'album dure donc 47 minutes, désormais, pour 6 titres, dont 5 sont instrumentaux (et le morceau chanté, Willie The Pimp, est très peu chanté en fait). Tenant la guitare électrique et des percussions, Zappa s'est entouré de musiciens fabuleux pour ce disque : Ian Underwood (orgue, clarinette, flûte, saxophone, piano), Max Bennett (basse sauf sur le premier titre), Shuggie Otis (basse sur le premier titre), Jean-Luc Ponty (violon sur le dernier titre, première d'une longue série de collaborations), John Guerin (batterie sur trois titres), Paul Humphrey (batterie sur les deux autres titres), Ron Selico (batterie sur le premier titre), Don 'Sugarcane' Harris (violon sur deux titres), Lowell George (guitare ; non-crédité) et Captain Beefheart (le chant sur Willie The Pimp). Produit par Zappa, Hot Rats est sorti sous une pochette chic et choc, montrant une des GTO's, Miss Christine Fkra (qui fut nounou de Moon Unitt, fille de Zappa !) dans une piscine vide d'une villa dans les hauteurs de Laurel Canyon, avec de violentes teintes roses. La même image est au verso, et quant à l'intérieur de pochette, voir ci-dessous (reproduit dans le livret).

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Intérieur de pochette (pas une photo perso, je n'ai pas le vinyle)

En 6 titres seulement (qui sont, vous vous en doutez, long, même si 3 d'entre eux ne le sont pas trop, en fait), Hot Rats est un régal de free-jazz/rock. Avec moult classiques au programme, le disque fut conçu, selon Zappa, comme un film pour les oreilles, c'est explicitement dit dans la pochette interne. L'album s'ouvre en fanfare avec un des morceaux les plus légendaires du répertoire zappaïen, Peaches In Regalia, 3,40 minutes de pur bonheur free-jazz qui se savourent et son indescriptible. Les cuivres et ivoires (claviers) de Ian Underwood, la batterie sèche et ronde de Ron Selico, la basse de Shuggie Otis (fils de Johnny Otis, qui ne participe pas à l'album musicalement parlant, mais a aidé Zappa à le diriger), la basse octave jouée brièvement par Zappa lui-même... Emblématique. Willie The Pimp, qui suit, 9,25 minutes en vinyle et 10 secondes de moins en CD, est donc chanté, par Captain Beefheart (qui était en plein Trout Mask Replica à l'époque, gros bordel sonore remarquable - produit par Zappa - mais bide commercial), ami d'enfance de Zappa. Sa voix rauque, bluesy à la Howlin' Wolf fait des étincelles durant les quelques minutes (les premières) de sa performance vocale, paroles apparemment puisées dans une...conversation entre groupies ! Le titre de l'abum vient de la chanson, dans les paroles. Une fois le chant achevé, le morceau laisse place à un gigantesque, monstrueux solo de guitare de Zappa. La batterie est signée John Guerin. Rien que le solo de guitare suffit à placer Hot Rats au Panthéon des albums de Zappa, c'est vous dire s'il est grandiose. N'oublions pas aussi de parler du violon dantesque de Sugarcane Harris (qui sortait de taule à l'époque)... La face A se finissait sur les 9 minutes (à peine) de Son Of Mr. Green Genes (batterie de Paul Humphrey), sorte de suite/remake rallongé et instrumental du Mr. Green Genes de l'album Uncle Meat de Frank Zappa & The Mothers Of Invention (1969 aussi). Il a longtemps circulé une légende urbaine, fausse, comme quoi Zappa aurait été le fils de Hugh Brannum, qui jouait, dans un programme TV des années 50 à 80 (Captain Kangaroo), un personnage du nom de Mr. Green Jeans (les morceaux de Zappa sont un jeu de mots, donc, sur ce nom de personnage). C'est le titre de ce morceau (Son Of Mr. Green Genes : 'le fils de Mr. Green Genes') qui a fait croire à certains que Zappa avait un lien de parenté avec Brannum, ce qui est totalement faux. Un remarquable morceau, sinon !

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Zappa et Captain Beefheart

La face B s'ouvrait sur le morceau le plus court de l'album (3 minutes), Little Umbrellas, avec John Guerin à la batterie. Un morceau très sympa, mais sans doute le moins grandiose de l'album (sa courte durée n'y est pas pour rien, même si, en même temps, et c'est paradoxal, le morceau aurait probablement été encore moins grandiose avec une durée plus étendue). Une mélodie assez sinistre, enfin je trouve, ça a des côtés 'marche funèbre arrangée par Zappa', quelque part. Le morceau est cependant très bon, avec une atmosphère un peu lugubre/morose du style il n'arrête donc pas de pleuvoir dans ce putain de pays ? (le titre du morceau signifie 'petits parapluies'). Mais c'est le morceau suivant, avec le violon gigantesque de Sugarcane Harris et la batterie de Paul Humphrey, qui va foutre tout le monde à genoux. Long de 13 minutes à la base (en fait, 12,55 minutes), désormais long de 17 minutes (en fait...16,55 minutes !), The Gumbo Variations est le morceau dantesque de Hot Rats. Par sa longueur, évidemment, mais aussi par sa puissance. Une jam à la production dévastatrice (Zappa et Otis ont réussi à capter à merveille le saxophone d'Underwood, le son est puissant), avec un solo de saxophone, un de guitare, un de violon, et une rythmique tuante. Oui, c'est long, surtout en CD, mais qu'est-ce que c'est bon ! Enfin, It Must Be A Camel, avec la batterie de John Guerin et surtout le violon du Français Jean-Luc Ponty, achève divinement bien ces Rats Chauds. Ponty met du temps à surgir, durant les 5,15 minutes du morceau, mais sa performance illumine vraiment le morceau et, je me répête sans doute dans un sens, mais : quelle conclusion d'album !

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En gros, si vous aimez Zappa et le free-jazz (et le jazz fusion, dans un sens), alors Hot Rats est fait pour vous. Si vous ne connaissez pas encore le boulot monstrueux (une discographie très étendue, y compris posthume !) de Zappa, sachez que ce disque de 1969 est non seulement un de ses meilleurs absolus (je le classe N°1, même), mais aussi un de ses plus accessibles. Mieux vaut commencer par Hot Rats, ou par un des trois autres cités dans le premier paragraphe (datant respectivement de 1973, 1974 et 1975 au fait) que par Uncle Meat, Absolutely Free, 200 Motels ou même Joe's Garage (réputé accessible, mais concept-album long de 2 heures tout de même, ce qui, pour une première approche, est un peu lourd) ! Un disque surpuissant que ce Hot Rats mythique, donc, 47 minutes de bonheur (43 en vinyle aussi) !

FACE A

Peaches In Regalia

Willie The Pimp

Son Of Mr. Green Genes

FACE B

Little Umbrellas

The Gumbo Variations

It Must Be A Camel