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Attention, disque immense. Et peu connu, aussi. Hélas, j'ai envie de dire. Ce disque est unique, en cela qu'il est le seul disque du groupe. Le groupe s'appelle Copperhead, et l'album ne possède pas de titre, ce qui signifie qu'il s'appelle aussi Copperhead. Il date de 1973, offre 8 titres pour 39 minutes pile poil (en fait, 38,59 minutes) et est sorti en même temps qu'une chanson absente de l'album original (il a existé une réédition vinyle avec le titre, et la réédition CD la plus récente le propose), Chameleon. Le groupe Copperhead, américain et même californien, a été fondé en 1971 par John Cipollina, guitariste de Quicksilver Messenger Service, qui venait de quitter le groupe pour des différends avec les membres (qui n'appréciaient pas que Cipollina, immense guitariste, participe amicalement à des albums d'autres groupes). Quicksilver Messenger Service était un groupe de rock psychédélique, Copperhead est, lui, un pur groupe de rock, d'acid-rock comme QSM, mais plus bluesy et roots. Leur unique album est sorti sur le label Columbia/CBS. Le groupe a enregistré un deuxième album qui, à l'heure actuelle, croupît toujours dans les geôles des entrepôts Columbia, à l'état de bandes, n'ayant jamais été commercialisé, et il ne le sera probablement jamais (un vrai scandale)... Le groupe est, outre Cipollina (guitare), constitué de Hutch Hutchinson (basse), David Weber (batterie), Gary Philippet (chant, orgue, un peu de guitare) et Jim McPherson (piano).

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Photo située au dos du vinyle (Philippet au centre, Cipollina avant-dernier à partir de la gauche)

Difficile à trouver, peu souvent cité dans les anthologies du style meilleurs albums de tous les temps (en fait, il n'est jamais cité, excepté par Philippe Manoeuvre qui en parle comme d'un sommet, ce qu'il est, et j'ai découvert l'album grâce à sa chronique dans son livre Rock'n'Roll : La Discothèque Rock Idéale (le tome 1)...), Copperhead est une tuerie. Rien à jeter des huit titres. L'album est férocement rock, la seule chose à dire de négative serait que la production est parfois faiblarde (le son est moins puissant sur Pawnshop Man), et que le chanteur, Philippet, tout en étant bon, n'est pas le meilleur chanteur qui soit. Sinon ? S'ouvrant en fanfare sur le drôlissime Roller Derby Star (l'histoire d'un gros beauf avachi devant sa télé et décidant de tout plaquer, famille, maison, pour quitter l'Etat, gagner la Californie et Oakland, et devenir un champion de roller derby, vocation arrivée après avoir vu pour la première fois un match de ce sport si ricain à la TV). Don't be a salad, 'cause you know who you are/Ain't no lover, you're a roller derby star ! Chaque morceau (je dis bien : CHAQUE morceau) offre son moment de gloire guitaristique à John Cipollina. Copperhead est un des albums mettant le mieux en scène cet instrument, parmi ceux que je connait, et j'en connaît un pacson, croyez-moi (autre exemple, Marquee Moon de Television, album mis à part ça très différent). Kibitzer (terme yiddish pour désigner un observateur dans une partie d'échecs) est un morceau plus mainstream que son titre, et une belle réussite. A Little Hand est une sorte de ballade à base de piano, mais Cipollina est quand même bel et bien là. Sans doute la meilleure performance vocale de l'album, soit dit en passant. Une douceur. Et Kamikaze, qui parle d'un aviateur nippon s'apprêtant à se faire tuer pour Hiro-Hito (Tomorrow never come/After today, there won't be one), est une bombe de puissance. Le solo de guitare, comme Manoeuvre l'a bien décrit, transcrit bien les émotions diverses du kamikaze, à la fois fierté de mourir pour son pays et de frapper un grand coup à l'ennemi, et la peur de mourir, la douleur de ne pas revenir chez soi, l'excitation de connaître une fin glorieuse... Tout ça en quelques notes de guitare sensationnelles. Le chant est presque redondant, avant et après ce solo...

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Spin-Spin ouvre la face B sur une note qui semble un chouia légèrement un tantinet un petit peu moins marquante que l'ensemble de la face A. En effet, ce morceau très simple est moins grandiose, mais il est très bon, et encore une fois, Cipollina (décédé en 1989 d'une crise cardiaque, il fait l'objet d'un culte sur le Net) est en forme absolue. Rien que l'intro est excellente ! Pawnshop Man, avec une prise de son légèrement moins bonne que les sept autres titres, est une tuerie hard-blues, avec un solo de guitare à tomber le Q dans un buisson de sumac vénéneux. Philippet est en forme, la rythmique Weber/Hutchinson est terrible. Place à un morceau rythmé en partie par les remarquables ivoires de McPherson, Wing-Dang-Doo (titre étrange). Une chanson assez boogie Philippet n'est pas au meilleur de sa forme, mais musicalement, c'est une réussite. Mais le sommet de l'album surgit ensuite, le final de 7,40 minutes, They're Making A Monster. Et là, c'est tuant. Morceau sombre, limite gothique, ambiance glauque, noire, chant grandiose, un Cipollina terrible (et qui, apparemment, le jour de l'enregistrement de ce titre, était malade, ce qui ne l'empêche pas de tout donner, littéralement tout). Deep in the dungeon...fed on electrodes... Un morceau anthologique, quel final pour l'album !

A

Copperhead, unique album de Copperhead, est un joyau, une tuerie, un chef d'oeuvre... Scandaleusement méconnu, le disque mérite franchement l'écoute, c'est un album essentiel, à posséder absolument. Huit chansons géniales ; même si Spin-Spin est la moins forte elle reste extraordinaire. Un album culte, un des meilleurs, voire même le meilleur, de ceux de John Cipollina, devant Happy Trails de Quicksilver Messenger Service (1968). Un de mes disques de chevet, un de ceux que j'écoute le plus souvent. Pour moi, un des 5 meilleurs disques de pur rock des années 70 (de l'ensemble de la décennie), ni plus, ni moins !

FACE A

Roller Derby Star

Kibitzer

A Little Hand

Kamikaze

FACE B

Spin-Spin

Pawnshop Man

Wing-Dang-Doo

They're Making A Monster