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Quel fichu destin que celui de Eugene Clark... Ce mec avait tout pour devenir une légende de l'histoire de la musique populaire : loin d'être moche, une voix agréable, un jeu de guitare sympathique, mais surtout une propension hallucinante pour la chanson douce-amère qui fend le coeur. Mais il y à sur cette foutue terre des hommes marqués à vie par le manque de cul absolu.

Gene Clark était celui qui avait montré aux Byrds originels qu'il était possible de faire son trou en 1965, autrement qu'en reprenant uniquement du Dylan. Ainsi pendant les deux premières années du groupe, il est, de facto,  le leader des Oyseaux face aux trois pointures que sont Roger McGuinn, Chris Hillman et David Crosby. Il compose les premiers classiques originaux du groupe, comme le merveilleux I'll Feel A Whole Lot Better, une chanson largement au niveau des Beatles de Rubber Soul.

Il participe à l'élaboration de l'hallucinogène Eight Miles High qui devient un instant classic du psychédélisme naissant. Mais le succès pèse sur les épaules  de Gene : vie dissolue, peur de l'avion, rivalités internes avec Crosby... Il quitte le navire fin 66 pour débuter une carrière solo qui ne devrait pas avoir de difficultés à décoller...

Tu parles Charles ! Malgré son association avec les frères Gosdin et Dillard pour quelques albums folk-country-rock bien sentis, le public passe à côté. Des merveilles comme Echoes ou So You Say You Lost Your Baby sont implacablement ignorées en ces temps de riz complet et de solos de 34 minutes... Pire encore, son premier véritable album solo, le fantasmagorique White Light (1971) se vend comme des cages à lions au Groenland !

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Pour couronner le tableau, la reformation éphémère des Byrds originels fait un flop intégral en 73, malgré la présence de la méga-star Crosby... Clark commence à sérieusement se trimbaler une réputation de loser total et de ringard fini. Lui qui avait contribué à définir les limites de la musique américaine seventies voit le succès lui passer sous le nez au profit des plus jeunes Eagles, entre autres.

Mais comme dans toutes les bonnes histoires, il y'a le moment où la bonne fée se penche sur le berceau du maheureux... Un peu à l'instar de Lou Reed avec Mainman et Tony de Fries/David Bowie, un homme décide de miser des biscuits sur Clark. Son nom ? David Geffen, futur magnat de l'industrie du disque, qui a lancé son label Asylum (dèja, le nom du label fait mauvais genre...) en réalisant un enorme coup en enrôlant Dylan pour un disque, le très mesestimé Planet Waves. Geffen laisse carte blanche à Clark pour un disque sensé le remettre en piste en ce milieu des seventies.

Là où tout le monde s'attendait à un album intimiste, Clark décide de prendre tout le monde de court. Il explose allègrement les budgets alloués en se payant des pointures de studio : Lee Sklar à la basse, Jesse Ed Davis et Danny Kootch aux guitares, Butch Trucks des Allman Brothers à la batterie, Joe Lala (Neil Young) aux percus, des choristes sublimes comme Clydie King... Toute cette jolie armada au service d'un album foudroyant...

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No Other voit finalement le jour à la fin de l'année 1974. Et encore une fois, il est à contre-courant de l'époque. Là où il est de bon ton de chanter la douce vie des zicos californiens au soleil, Clark se livre à un effrayant chant d'affliction. Si l'ouverture, Life's Greatest Fool, est assez conventionnelle avec son country-rock gospellisant, les promesses d'un ciel chargé sont dèja posées. Les paroles ne laissent pas beaucoup de place à la rigolade (Do you believe when you're all alone/You held the key to your destiny gone/Do you believe deep in your soul/That too much loneliness makes you grow old).

Passée cette entrée en matière le cul entre deux chaises, le ciel s'assombrit définitivement... Les cinq titres suivants sont une plongée délirante dans la nuit de l'esprit de Clark. Les choeurs gospel se font plus sardoniques voire démoniaques comme sur la fin de la chanson-titre, la voix de Clark se voile, les instruments se font plus sourds... L'ambiance est délibérement parano et chargée de coke, faisant de cet album un pendant californien du Berlin de Lou Reed.

Ces cinq titres sont de purs joyaux : Silver Raven, No Other extraordinairement glauque, le desespéré Strength Of Strings où Clark semble marmonner tout en pleurant sur certains passages, From A Silver Phial, et surtout le requiem épuisé Some Misunderstanding où Clark abandonne définitivement le peu qui lui reste d'espoir. Une phrase en particulier semble laisser entrevoir que Clark est passé à d'autres produits (We all need a fix/At a time like this/But doesn't it feel good to be alive..., chef-d'oeuvre d'humour noir...). Cette séquence laisse sur le carreau émotionnellement parlant, cet album ne se déguste que seul ou en compagnie avertie...

Un répit nous est accordé comme un cheveu sur la soupe avec le léger The True One, avant le coup de grâce final, l'étheré Lady Of The North qui conclut cet album sur une note d'espoir ambigu, comme si les lendemains qui chantent ne sont pas encore là. Le mariage de la guitare wah-wah et du violon sur les refrains est délicieux...

Bien entendu, Geffen est furax en découvrant le résultat. Lui qui espérait remettre en selle Clark auprès du grand public ne voit rien de vendable ici. Pour se venger, il alloue un budget promo ridicule à cet album où Clark se sera mis à nu comme jamais, faisant d'un simple disque un témoignage de vie poignant. L'album stagne à la 144e place des charts américains... Clark ne s'en remettra jamais vraiment artistiquement parlant, il mourra prématurement en 1991... Foutue vie de merde...

Heureusement, ce disque sera enfin réedité comme il se doit dans les années 2000, et a enfin accédé au statut de disque culte (mais un vrai, hein ? pas juste un connard qui a vendu 25 millions... non un pur culte pour gens avertis). De là haut, Gene peut être fier de lui...

Chronique complémentaire de ClashDoherty :

Leslie Barsonsec avait, en 2009, magnifiquement bien abordé ce disque, j'avais, pour ma part, posé une chronique complémentaire, mais je n'en étais pas satisfait. Je la refais donc. Voici un disque remarquable, sorti en 1974, par un artiste aujourd'hui bien oublié, mais qui, de toute façon, n'a jamais eu la renommée qu'il méritait : Gene Clark. Mort en 1991, Clark était un des  membres originaux d'un des groupes les plus attachants et remarquables de la scène rock 60's aux USA : les Byrds (David Crosby, futur Crosby, Stills & Nash, a aussi fait partie du groupe). J'ai dit 'rock', mais les Byrds, en fait, c'était de la folk-rock. Le groupe, emmené par leur leader/tyran (à partir de 1969, il ne restera plus que lui, dans les Byrds, comme membre d'origine...) Roger McGuinn, reprend énormément de chansons de Bob Dylan. Et signe aussi des chansons emblématiques, Turn ! Turn ! Turn (To Everything There Is A Season), Eight Miles High, So You Want To Be (A Rock'n'Roll Star)... Gene Clark, un des membres les plus posés du groupe (allure stricte/sévère, plutôt sage en apparence), est le premier à quitter le groupe, en 1966. Motif : ayant peur de l'avion, et les Byrds utilisant souvent ce mode de déplacement pour traverser le grand continent ricain, il a été lourdé par McGuinn. Après tout, les Oyseaux doivent aimer voler... humour. Humour à la con, mais humour. Enfin bref, Gene Clark, en 1966, n'est plus un Byrd. Et une fois les Byrds quittés, il va se retrouver dans l'indifférence. Il sort plusieurs albums en collaboration avec d'autres artistes (Gene Clark & The Gosdin Brothers en 1967, The Fantastic Expedition Of Dillard & Clark en 1968...), et son premier vrai opus solo, White Light, en 1971. Comme Leslie l'a dit plus haut dans sa chronique, ces albums se vendront terriblement mal. Ils passeront inaperçus (ils sont réhabilités à l'heure actuelle, mais c'est un peu tard, non ?). Tout ceci fait que Gene est viré du label qui l'hébergeait (A&M), signe sur Ariola pour Roadmaster en 1972, et quitte Ariola après cet album qui fut aussi un bide.

1973. Gene Clark est alors dans le creux du creux de la vague. Came, solitude, échecs commerciaux, manque de reconnaissance du public, et même une reformation éphémère des Byrds, comme l'a dit encore une fois Leslie, foire totalement son coup. Tout le monde se contrefout de Gene Clark à l'époque, du moins, parmi ceux qui savent qu'il existe. Un homme va cependant lui redonner une chance. Oh, une toute petite : un contrat pour un seul disque. Ce mec, c'est David Geffen, futur patron de Geffen Records, label qui hébergera Nirvana, les Guns'n'Roses, Sonic Youth... Mais en attendant, Geffen a crée un label, qui héberge les Eagles, et ce label s'appelle Asylum. Geffen propose à Clark de faire un disque pour se refaire, Gene accepte. Avec l'aide du producteur Thomas Jefferson Kaye, Gene va dès lors s'atteler à la tâche de faire le disque de sa vie. Au final, long de 43 minutes pour 8 titres, sorti en 1974, cet album, le quatrième disque solo de l'artiste, s'appelle No Other. Et à sa sortie, cruel destin, il sera un bide commercial et critique. Gene est vraiment un scoumounard. L'album sera considéré comme gaspilleur (j'explique plus bas, n'ayez crainte) et dépressif, Geffen lui-même, en écoutant les bandes, sera épouvanté du côté introspectif et triste de l'album et sera persuadé du futur bide commercial... L'album ne sera pas édité en CD avant... 2003, et jusqu'en 2003, pour se le procurer, en vinyle, il faudra chercher, lutter, vu qu'il n'était pas réédité en 33-tours. Avec un pareil destin, difficile de réhabiliter un album, ce qui fut cependant, et heureusement, le cas à la sortie du CD. Lequel propose 7 bonus-tracks : Train Leaves Here This Morning (chanson que les Eagles ont chantée en 1972 sur leur premier album, chanson co-écrite par un des Eagles, Bernie Leadon) et 6 des titres de No Other en version démo (manquent à l'appel Strength Of Strings et The True One). Plus un beau livret avec les paroles, une bio de Clark et l'histoire de l'album.

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Dos du CD

Gene n'a pas vécu ce revirement de situation qui fait qu'aujourd'hui, tout le monde s'accord à dire que No Other est un authentique chef d'oeuvre. Jusqu'à sa mort en 1991 (il était jeune, étant né en 1944...), il souffrira intérieurement du four de ce disque qui n'a pas eu de bol. La production éblouissante, le nombre de guests hallucinants (un vrai who's who du rock californien : Leland Sklar, Butch Trucks, Joe Lala, Chris Hillman des Byrds, Russ Kunkel, Craig Doerge, Bill Cuomo, les choristes Sherlie Matthews, Clydie King, Venetta Fields, Timothy B. Schmit, Claudia Lennear...), firent que l'album fut coûteux. Et comme il fut, aussi, un bide, ça a donc été un gouffre financier et une raison de plus, pour l'intelligentsia rock, de penser que Gene Clark n'y arriverait décidément jamais... En plus, on y rajoute une pochette d'un goût douteux (pour le moins), un vrai ratage et surtout un beau gros bordel visuel, surtout le recto : Sphinx à tête de femme, Ménorah, perroquet, couple 'années folles' en tête-à-tête, fleurs, clé avec des boxeurs dessinés dedans, voiture de luxe, photo de Gene (verso), photo, aussi, il me semble, du producteur (verso aussi), gratte-ciel, plein de couleurs, de styles graphiques divers, et un gros No Other bleu nuit par-dessus. La pochette est hideuse et, franchement, ne donne pas envie de s'attarder sur le disque. Ca serait faire une grave erreur, car sous cet attiral bordélique se cache un album prodigieux, mélange efficace entre folk, country, soft-rock et ambiances des plus noires. Qu'on se le dise, No Other, comme Leslie, encore une fois, l'a dit (mais il a tout dit) dans sa chronique, est l'équivalent californien du Berlin de Lou Reed (qui, lui aussi, un an plus tôt, fut un bide retentissant qui mettra du temps à se faire aimer). Même si tout, en fait, n'est pas si noir que le Reed, ici : The True One, créditée à 4,55 minutes mais durant en fait une minute de moins (même sur le vinyle, le timing est faux), est une chanson country assez légère, et c'est sans doute pour ça que c'est, au final, le morceau le moins grandiose de l'album, sans pour autant le qualifier de ratage (il n'en est clairement pas un). A elle seule, cette chanson est aussi réussie que le meilleur des Eagles et des Flying Burrito Brothers. C'est vous dire si elle est bonne !, aurait dit un des montagnards des Bronzés Font Du Ski.

Le reste ? Est d'une noirceur d'encre, parfois. Contrairement à la légende, l'album n'a pas été écrit par un Clark défoncé, vu que ça faisait des années, à l'époque, que Clark ne prenait plus rien, afin de préserver sa famille et ses gosses. Néanmoins, il regoûtera un petit peu à la coke dans des soirées huppées de L.A., et la chanson Lady Of The North, qui achève magnifiquement l'album et parle de sa femme Carlie, a été écrite (avec Doug Dillard) dans un brouillard de poudre blanche. L'album n'a cependant pas besoin de parler de poudre pour être sombre. Dès l'ouverture Life's Greatest Fool, et ce malgré la mélodie très country (guitare claironnante à la Byrds, tempo parfait), le ton est donné : Children laugh and run away while others look into the darkness of the day... Des choeurs sensationnels et un chant posé, tristounet (la voix de Gene est tout sauf pop, on sent le vécu). On entre ensuite dans la nuit de l'album (comme Leslie l'a dit encore une fois ; décidément, ma chro', sans la sienne, ne servirait à rien), cinq chansons immenses formant un cycle de noirceur, de tristesse, le coeur de l'album. D'abord Silver Raven, avec ses choeurs comme légèrement brouillés (un effet d'écho assez réussi). C'est une autre merveille, offrant notamment un superbe solo de guitare, et encore une fois des paroles à tomber : Have you seen the old world dying, which was once what new world seems/Have you seen the silver raven, she has wings that barely gleam. Après ces deux premières chansons qui foutent bien dans l'ambiance (c'est tout sauf joyeux), la chanson-titre, No Other quoi, déboule et c'est anthologique. D'abord de la pure pop/country, l'album dérive lentement, avec des choeurs de plus en plus cyniques, noirs limite oppressants, 5 minutes de perfection absolue. Paroles assez religieuses par moments, Gene avait-il un peu retrouvé la Foi ? Mine de rien, le morceau, aussi, est assez glauque. La face A se finissait sur Strength Of Strings, 6,30 minutes dévastatrices, tristes comme un jour sans Q, et sur lesquelles on sent un Gene limite heurté, sa voix est lacrymale, au bord du gouffre. Impossible, une fois ce régal à la fois soft-rock (guitare remarquable) et terriblement oppressant, de ne pas avoir envie d'écouter les quatre morceaux suivants. In my life the piano sings/Brings me words that are not the strength of strings/Firey rain and rubies/Cooling sun/Now I see that my world has only begun...

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From A Silver Phial, chanson qui est tout sauf une apologie de la cocaïne (le titre est une allusion à la fiole dans laquelle les camés transportaient leur poudre ; le refrain dit clairement A refuse from a silver phial), ouvre la face B. C'est la chanson la plus courte (3,40 minutes seulement), et c'est grandement dommage, car c'est une incontestable réussite, produite à la perfection. Encore une fois, des paroles et une interprétation (musicale : quelle guitare ! ; vocale : quelle voix !!) parfaites : Sleeping in the master's room/Seeing through his eyes for gain/Keeping by his side not to be a victim/Falling in the darkened rain. Après cette merveille, une...autre merveille, et la chanson la plus longue de l'album avec 8,10 minutes : Some Misunderstanding. Le cycle obscur de No Other s'achève en puissance. Lente progression dévastatrice de noirceur et de tristesse, de résignation (We all need a fix at a time like this, but doesn't it feel good to stay alive), Some Misunderstanding n'est pas le sommet absolu de l'album, selon moi, mais c'est l'équivalent, pour ce disque, du The Bed de Lou Reed sur Berlin, ou du Cold des Cure sur Pornography : un aller sans retour, une fois ce morceau passé, on sait que ça y est, rien ne sera aussi sombre sur le disque. Pas le sommet total (pour moi, c'est la chanson-titre), mais une grande chanson, ça, c'est plus que clair. Quelle plongée dans les noirceurs de l'âme de Gene ! 8 minutes qui passent comme une lettre à la Poste par envoi spécial, on ne peut pas dire que le morceau soit trop long, il passe limite plus vite que From A Silver Phial... Et, effectivement, une fois le morceau fini (sur d'ultimes envolées guitaristiques de toute beauté), l'album passe à la vitesse 'joyeuse' avec The True One, qui semble vraiment trop léger juste après. Comme je l'ai dit plus haut, le morceau est le moins fort des 8, mais il est très très bon. Enfin, le final Lady Of The North, et sa conclusion parfaite, on sent limite les yeux qui piquent, c'est très fort. Dire que c'est, aussi, la fin... Flying high above the clouds/We lay in a grassy meadow/The earth was like a pillow for our dreams...

Vous l'aurez compris, No Other est un chef d'oeuvre, un disque certes très sombre, quasiment aussi sombre que Berlin par moments, et ce, malgré la production assez riche (mais pas spectorienne non plus), remplie de choeurs grandioses, de cordes, de guitares... Chef d'oeuvre incompris à sa sortie, bide commercial doublé d'une sale réputation d'album gaspilleur (Geffen filera les pleins pouvoirs à Thomas Jefferson Kaye et Clark, et manquera de s'étouffer en écoutant le résultat final et en matant le coût du disque : 100 000 dollars de facture), réputation accentuée par l'échec commercial qui n'a pas permis à Geffen de rentabiliser ce coût immense et quelque peu démesuré. Quand je pense qu'il faudra attendre 2003, soit presque 30 ans, pour que ce disque soit enfin réhabilité, et pour qu'on puisse enfin le trouver facilement en vente... Quand je pense que le disque ne sera édité en CD qu'en 2003, alors que ce format digital existe depuis les années 80... Le plus triste, là-dedans, c'est que Gene Clark n'aura jamais profité de la réhabilitation de ce sommet, vu qu'il est mort, quasi anonymement, en 1991, alors que son disque était introuvable et passé dans l'oubli... Bref, No Other est un disque comme, justement, aucun autre, et je ne saurais suffisamment vous conseiller de vous le procurer séance tenante. En magasin, ça ne doit pas être facile-facile à trouver, mais sur le Net, à mon avis, aucun problème !

FACE A

Life's Greatest Fool

Silver Raven

No Other

Strength Of Strings

FACE B

From A Silver Phial

Some Misunderstanding

The True One

Lady Of The North