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En 1980, suite au succès immense de Reggatta De Blanc (1979) et de ses deux tubes Message In A Bottle et Walking On The Moon, The Police retourne en studio pour accoucher de son successeur, et par conséquent de leur troisième album. Les premières tensions commencent apparemment à apparaître au sein du trio (Sting : chant, basse ; Andy Summers : guitare ; Stewart Copeland : batterie). La pochette de ce troisième album est à ce titre éloquente, aucun des trois membres ne regarde dans la même direction, ils semblent déjà en désaccord... L'album possède un titre multilingue, comme les deux précédents, et sera d'ailleurs le dernier à posséder un titre aussi étrange : Zenyattà Mondatta. Explication du titre : c'est un mélange entre le mot 'zen', plus la fin du nom de famille de Jomo Kenyatta (Premier Ministre - 1963/1964 - et Président du Kenya de 1964 à 1978) pour le premier mot, et du nom français 'monde' plus la fin de Kenyatta pour le second mot. Selon Stewart Copeland, il n'y à aucune explication à donner, sauf les sonorités. En effet, Zenyattà Mondatta, comme Outlandos D'Amour et Reggatta De Blanc, ça sonne bien.

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Mises ensemble, les deux faces de la sous-pochette vinyle

L'album est le plus court du groupe, à peine 38 minutes, plus proche des 37 en fait (Outlandos D'Amour est un chouia plus long), pour 11 titres, dont trois instrumentaux. C'est un album très influencé par le world music, et aussi le plus politisé, engagé, des cinq opus des flicards. Chaque album de The Police est affilié à un genre musical bien précis, de toute façon : le premier est assez punk, le second est plus reggae/ska, le troisième, donc, est world, le quatrième est assez cold-wave (avec des chansons ska, cependant) et le dernier, de la pure pop/rock. Zenyattà Mondatta offre deux tubes, ce qui est, en moyenne, le nombre de hits par album (si on excepte Synchronicity, le dernier opus, qui en renferme trois, voire même quatre) : Don't Stand So Close To Me, que le groupe rapidement reformé refera en version lente en 1986, et De Do Do Do, De Da Da Da. Chacune de ces deux chansons, qui monopoliseront les ondes FM en 1980, ouvre une des faces. Don't Stand So Close To Me est une chanson inspirée par le passé d'instituteur de Sting, et s'inspire du Lolita de Nabokov (roman par ailleurs cité, comme son auteur, dans les paroles), avec des variantes. Mais c'est l'histoire d'une élève qui attire à lui son instituteur. De Do Do Do, De Da Da Da, elle, est aussi stupide que son refrain, mais elle est aussi, il faut le dire, très entraînante et sympa. Un tube sans prétention, vaguement reggae/ska.

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Dos de pochette

L'album offre, sinon, de grandes merveilles. Tout n'est pas parfait sur Zenyattà Mondatta, on a deux morceaux franchement pourris (et heureusement très courts, moins de 3 minutes chacun), mais dans l'ensemble, l'album est une réussite. Les deux morceaux pourris, parlons-en tout de suite, c'est les skas Canary In A Coalmine et Man In A Suitcase, franchement horripilants et par ailleurs assez similaires. Mais le reste de l'album déchire. Driven To Tears (chanson préférée de Sting dans celles de Police, sauf erreur de ma part) est une splendeur aux accords de guitare spatiards (que j'adore le son de la guitare de Summers sur l'album...), une chanson fantastique qui s'entremêle totalement avec la suivante (il n'y à pas de pause entre les deux, et d'ailleurs, sur le vinyle, les sillons sont difficilement discernables pour le changement de morceau, on voit un gros bloc) : When The World Is Running Down, You Make The Best Of What's Still Around. Sous ce titre à rallonge (la chanson du groupe avec le plus long titre, c'est pas dur de le deviner), une chanson là aussi grandiose, avec des accords fantastiques, un Sting en forme... Génial. On passe donc sur Canary In A Coalmine, pour revenir à du lourd avec l'instrumental Voices Inside My Head (qui contient cependant des vocalises), à la basse monstrueuse (aucun autre mot ne convient). Bombs Away, elle, est très politisée, et parle de l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques, notamment. Elle achève avec force la face A.

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La B s'ouvre sur un tube, donc, puis, immédiatement, un court instrumental arabisant surgit, Behind My Camel. Composée par Andy Summers, elle est haïe par les deux autres membres du groupe, ainsi que par pas mal du staff technique et le co-producteur (l'autre producteur, c'est le groupe, tout simplement) Nigel Gray. Selon lui, d'ailleurs, le titre s'expliquerait par le fait que, derrière un chameau, on trouverait une grosse pile de merde, ce qu'est, selon lui, le morceau ! Sting avouera avoir...enterré les bandes de ce morceau dans le jardin du studio, un jour où il les trouvera sur une table dans le studio et qu'il était alors seul sur place ! Est-ce que c'est vrai, est-ce qu'elles y sont toujours... Copeland dira aussi que Sting ne joue pas de la basse dessus (c'est Summers), n'ayant pas eu envie de le faire, mais que lui joue bien de la batterie, car personne d'autre ne pouvait le faire à sa place ! Toujours est-il que ce morceau sans aucun texte, pas même des vocalises, est en effet étrange. Une partie de guitare assez spatiarde, une ambiance orientale, arabe et un peu oppressante... Un morceau que l'on aime ou déteste. Moi, j'aime vraiment ! Le morceau obtiendra un Grammy Award en 1982 (meilleure performance rock instrumentale), signe que, quand même, il a été apprécié de certains ! Après ce délire, on a Man In A Suitcase, dont j'ai déjà parlé, merci. Puis une chanson que Sting reprendra sur son premier album solo (The Dream Of The Blue Turtles) en 1985 : Shadows In The Rain. Sa reprise solo était très énergique, celle-ci est très lente, atmosphérique. Une réussite. Et un dernier instrumental pour la route, The Other Way Of Stopping, assez étonnant, énergique, efficace. Tout comme Bombs Away, il est entièrement signé par Stewart Copeland.

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Souvent mal-aimé, considéré comme le moins bon opus de The Police, Zenyattà Mondatta est une réussite qui compte parmi mes préférés du groupe avec les deux suivants (Ghost In The Machine et Synchronicity). Ne soyez d'ailleurs pas étonnés, si vous lisez les commentaires les plus anciens sur cet article, de voir que j'en dis pas forcément la même chose dans ces commentaires, cet article est en effet une refonte d'un ancien article, où j'étais beaucoup moins gentil avec cet album. Avec le temps, ce disque est devenu un de mes chouchous des flicards, un album vraiment réussi, pas à 100% réussi (deux titres nuls), mais que je préfère nettement aux deux précédents (qui sont cependant remarquables). Bref, un cru sous-estimé et à réhabiliter de la part de The Police ! En revanche, quelle pochette de merde (les couleurs, le graphisme...), mais on ne peut pas tout avoir !

FACE A

Don't Stand So Close To Me

Driven To Tears

When The World Is Running Down, You Make The Best Of What's Still Around

Canary In A Coalmine

Voices Inside My Head

Bombs Away

FACE B

De Do Do Do, De Da Da Da

Behind My Camel

Man In A Suitcase

Shadows In The Rain

The Other Way Of Stopping