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Lors de ma première chronique, sur ce blog, de cet album (en août 2009, ça remonte !), j'avais commencé par dire que cet album était mon préféré des Beatles. C'est toujours le cas. C'est Magical Mystery Tour, le neuvième album studio (album tout court, le groupe n'ayant jamais sorti de lives) des Beatles. Il date de 1967, et clotûre, en quelque sorte, la période psychédélique du groupe, période commencée en 1965 avec Rubber Soul (et plus encore en 1966 avec Revolver). Tout comme A Hard Day's Night et Help !, Magical Mystery Tour est un album à part pour les Beatles, car c'est la musique d'un film du même nom, sorti en 1967, ou plus précisément diffusé à la télévision britannique en 1967 (sur la BBC). Le film est totalement psychédélique (il sera diffusé en n&b à la TV, ce qui a dû férocement occulter son impact), dure une cinquantaine de minutes, et sera un bide. L'album, lui, se vendra bien, mais n'empêchera pas Magical Mystery Tour d'être considéré comme le premier échec (semi-échec) des Beatles. Long de 36 minutes pour 11 titres, l'album est constitué, sur sa face A, de morceaux issus de la bande-son, et sur sa face B, de singles n'ayant rien à voir avec le film (les albums de bandes-originales A Hard Day's Night et Help ! sont construites selon le même style).

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Une photo issue du TVfilm et du livret

Précisons quand même que l'album 36-minutes/11-titres est en fait l'édition américaine de l'album, qui sera par la suite commercialisée partout dans le monde. Mais à la base, au Royaume-Uni, l'album est sorti sous le très inhabituel format double 45-tours. Cette édition double, avec une pochette légèrement différente (représentant ce qu'on voit dans le cadre, les Beatles grotesquement déguisés, sans le pourtour orangé nuageux que les Stones pasticheront pour Their Satanic Majesties' Request en cette même année 1967), ne contenait que les six titres de la bande-son : trois par 45-tours. Voir l'illustration ci-dessous. Cette édition originale anglaise est évidemment rare, chère, mythique. Même en Angleterre, l'édition 11-titres sera par la suite commercialisée en plus grand nombre que l'originale. Je suis bien content de posséder ce double EP (en version stéréo, sorti peu après la version mono) d'époque, un des fleurons de ma collection avec le Physical Graffiti de Led Zeppelin et le Journey Through The Past de Neil Young !

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Le Graal beatlesien : l'édition vinyle originale britannique de l'album !

Ce disque est mon préféré des Bitteuls, mais aussi un de leurs meilleurs. C'est aussi, selon moi, le sommet de leur courte mais remarquable période psychédélique, il est plus psychédélique encore que Revolver et Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band réunis. Carrément. Il faut dire que cet album est parfait. A la longue, j'en ai un petit peu marre de All You Need Is Love, chanson dont je n'ai de toute façon jamais été fan absolu, mais le reste, c'est bonnard. L'album s'ouvre en fanfare avec la chanson-titre, qui servira bien des années plus tard de générique d'une émission de TV de la Cinquième (désormais France 5), présentée par Gérard 'L'Instit' Klein, Va Savoir (le principe : il embarquait des gosses dans un mini-bus pour leur faire découvrir plein de choses sur la nature, des métiers, les arts...). Le principe même du mini-bus destiné à faire faire un voyage ludique à ses passagers, principe de l'émission, est déjà celui du TV-film des Beatles, dans lequel des passagers d'un mini-bus jaune, dans lequel se trouvent les Beatles, partant à l'assaut d'un univers assez psychédélique... La chanson est juste grandiose et donne furieusement envie d'embarquer dans ce bus. Roll up ! Roll up for the Mystery Tour ! On passe à une chanson totalement bluffante, une petite douceur interprétée par Macca, The Fool On The Hill. Un homme, assis sur une colline, que tout le monde prend pour dingue, mais qui semble au contraire bien plus sensé que ceux qui le dénigrent. Une ballade pleine de douceur, de mélancolie, de délicatesse, la chanson reste longtemps en mémoire, et en ce qui me concerne, c'est juste une de mes trois/quatre préférées absolues des Beatles, de l'ensemble de leur répertoire. Parfaite perfection que cette chanson. En revanche, Flying, instrumental (ce qui, chez les Beatles, est rarissime !), n'a pas la même réputation. C'est un morceau assez psychédélique, on a l'impression de voler (sous l'effet du LSD ?), l'ambiance étant assez planante... C'est très bon, assez court (le plus court de l'album, à peine 2 minutes), sans être un monument. Ce morceau est cependant bien mal-aimé en général...

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Dos de pochette vinyle (et de la première édition CD)

Blue Jay Way, interprétée par Harrison, suit, et est une chanson assez sombre, limite glauque dans sa mélodie, ses arrangements. La voix d'Harrison est comme un peu bidouillée, déphasée, et la mélodie est assez oppressante, faisant de ce morceau un OVNI sur l'album, le reste de Magical Mystery Tour (et ça vaut aussi pour la face B indépendante du film) étant au final très pop. Blue Jay Way est une des réussites de l'album selon moi, mais c'est vrai que c'est une chanson étrange, y compris parmi celles interprétées par Harrison. Ca n'a rien à voir avec les futurs Something et Here Comes The Sun ! Your Mother Should Know, elle, est une courte incartade pop signée Macca, avec des choeurs sublimes, le genre de chansonnette sans grande prétention qui fait du bien par où elle passe, ça ne vole pas aussi haut que The Fool On The Hill ou que la chanson suivante, mais c'est vraiment bon et joli. Cette chanson est la dernière à apparaître dans le film, l'illustration ci-dessus, le verso de pochette vinyle, étant aussi une capture d'écran (dans un sens) de la scène finale où les Beatles, tout de blanc vêtus, la chantent. Enfin, on a le sommet de la face A, le sommet de l'album de la bande-son (face B indépendante exceptée), I Am The Walrus, chanson interprétée par un Lennon au sommet de son art. Psychédélique en diable, cette chanson au gimmick inoubliable (GOO-GOO-GOO-JOOOOB !) est totalement cintrée. La musique, d'entrée de jeu, semble sur un fil, volontairement bancale. Ce qui restera pendant les 4,30 minutes de ce chef d'oeuvre. Les paroles sont d'une dinguerie psychédélique absolue (et assumée), Sitting in a cornflake, waiting for the van to come... Dans le TVfilm, le groupe est déguisé comme sur la pochette, en animaux bizarres, Lennon arbore aussi un costume d'homme-oeuf (I am the Eggman, they are the Eggmen, I am the Walrus !). Le titre de la chanson est une allusion à Alice Au Pays Des Merveilles, dans lequel apparait un Morse ('walrus' en anglais), et les paroles sont du pur Lewis Carroll sous LSD. Inoubliable monument qui donnera lieu à de multiples interprétations.

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Pendant I Am The Walrus

Ainsi se finit la face A. Ou le disque vinyle britannique original. La face B est donc constituée de chansons indépendantes du film. Des singles à succès (pléonasme !). Hello Goodbye est une réussite (qui apparaît d'ailleurs très brièvement dans le TVfilm en fait, dans le générique de fin, on y entend les Hella, Helle, Hello-ah du final) très pop, mythique. Guitare sensationnelle. You say goodbye, and I say hello... Mais c'est le morceau suivant qui foutra tout le monde d'accord : Strawberry Fields Forever. 4 minutes et des poussières de majestuosité absolue, le meilleur morceau des 11 de l'album entier. Il y à tant de choses à dire sur cette chanson... Elle a été enregistrée pendant les sessions de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band, le groupe décidera de ne pas la mettre dessus, et la sortira en single avec Penny Lane sur l'autre face. Les deux chansons (Penny Lane suit sur l'album, j'y reviens après) étant tellement monstrueuses que le single était à double face A, pas de face B (histoire de dire aucune ne mérite d'être sur une face B ; c'est symbolique !). Strawberry Fields Forever est sans aucun doute LA chanson des Beatles. Let me take you down 'cause I'm going to strawberry fields/Nothing is real... Le chant de Lennon est juste sublimissime. La chanson fait partie des 'preuves' concernant la fameuse légende urbaine de la mort de McCartney, on y entend, dans le final (il faut monter le son, c'est dans les ultimes secondes, en fade), Lennon dire, d'une voix morne, Cranberry sauce, ce qui a été entendu, à l'époque, I buried Paul (j'ai enterré Paul). Hallucination auditive... J'y reviendrai plus bas, mais le TVfilm possède son lot de références, de 'preuves' de cette rumeur idiote lancée dès 1966, comme quoi Macca serait mort dans un violent accident de voiture en 1965...

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Les passagers (des acteurs, évidemment) du Magical Mystery Tour : Ringo et sa (grosse) tante au premier plan !

Penny Lane suit Strawberry Fields Forever. Une chanson magnifique, inoubliable. Que dire qui n'a déjà été dit ? On ne s'en lasse pas. Baby, You're A Rich Man est elle moins connue, et sera la face B du single All You Need Is Love, qui suit. C'est (je parle de Baby, You're A Rich Man) une chanson mémorable utilisant un instrument peu connu et inventé par (véridique !) le grand-père de Michel Gondry, le Clavioline. La chanson n'a pas été enregistrée à Abbey Road (les studios ne s'appelaient pas encore ainsi à l'époque, c'étaient les studios EMI, ils seront rebaptisés après l'album Abbey Road de 1969, en hommage), car les studios étaient pris, mais aux studios Olympic. Apparemment, Mick Jagger aurait participé aux choeurs ! Lennon et Macca, eux, ont bien participé aux choeurs sur Sing This All Together des Stones (1967, album Their Satanic Majesties' Request), échange de bons procédés, et de plus, comme Keith Richards le dit dans son autobiographie Life (conseillée), les deux groupes étaient amis, pas ennemis, contrairement à la légende. Une chanson au final peu connue, le fait qu'elle soit sortie en face B de single y est pour quelque chose, mais c'est une des meilleures chansons psyché du groupe. All You Need Is Love, qui était donc la face A du single, est plus connue, elle est même totalement mythique, avec son intro reprenant La Marseillaise, mais à la longue, je m'en suis lassé, et je n'ai jamais été fanatique de la chanson. Notons quand même qu'elle délivre un beau (mais naïf ; c'est en cela qu'il est beau, dans un sens) message d'amour universel. Pendant ce temps-là, le Vietnam pétait totalement...

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Une des pages du strip du livret (vinyle et nouvelle édition CD)

Magical Mystery Tour est un disque fabuleux, donc. Un album parfait, la meilleure livraison psychédélique du groupe, la dernière aussi, l'album suivant étant, en 1968, le mythique Double Blanc qui contiendra encore quelques restes psychédéliques, mais est dans l'ensemble plus mainstream. A noter que l'album, dans son édition vinyle (aussi bien l'originale anglaise que l'américaine qui deviendra l'édition définitive), contenait les paroles des chansons de la bande-son (de la face A, donc) ainsi qu'un livret agrafé dans l'intérieur de pochette, un livret de photos et surtout de dessins, en forme de strip, et reprenant l'histoire, le scénario, du TVfilm. On retrouve ce strip assez bien dessiné et précis dans le livret de la réédition CD remastérisée de 2009, mais le livret de l'ancienne édition CD (fin des années 80) ne le comprenait pas, il n'y avait que les paroles des morceaux de la face A dedans. Ce livret permet de se rendre compte, par le biais de l'histoire, des dessins et des photos, de la dinguerie assumée du TVfilm. Lequel TVfilm contiendrait, comme je l'ai dit plus haut, son lot de prétendues preuves de la 'mort de McCartney', comme il y en à sur les pochettes d'Abbey Road, Sgt. Pepper's Lonely Heart Club Band et même Revolver. Pour faire vite, Macca, dans une des scènes du film, est en officier-recruteur de l'armée, assis derrière un bureau sur lequel est écrit I was You ('j'étais toi'). Ou bien, durant The Fool On The Hill, on le voit arobrer une fleur noire en boutonnière, signe de deuil (durant le final, costume blanc, aussi)... Ou bien encore le costume de Paul, troué au centre, au niveau du coeur (pas de coeur : pas de vie)... Ou bien, le verso de pochette (photo floue), une fois tournée à 90° dans le sens des aiguilles d'une montre, permettrait de lire le mot RIP en lettres majuscules en utilisant les personnages en blanc (qui sont les Beatles). Et un des personnages en blanc, un des Beatles, avant-dernière 'ligne' et à droite, est sans tête, nettement, alors que les autres le sont aussi, mais à cause du flou... Tout ceci (et sans doute plein d'autres choses, je passe sur le prétendu numéro de téléphone visible dans le nom Beatles à l'envers sur la pochette, 5371438, qui, composé aux USA un mercredi matin à 5h, jour et heure du prétendu accident mortel de Paul, aurait apporté son lot d'indices à la personne appelant), tout ceci, donc, concourt à la légende, au mystère. Personnellement, j'adore ce hoax sur la 'mort' de Paul, ça me fait bien marrer, et ça en rajoute au charme. Et pour en revenir à l'album, il est, vous l'aurez compris, totalement essentiel, un chef d'oeuvre, un des indispensables du groupe !

FACE A (musique du film)

Magical Mystery Tour

The Fool On The Hill

Flying

Blue Jay Way

Your Mother Should Know

I Am The Walrus

FACE B (singles indépendants)

Hello Goodbye

Strawberry Fields Forever

Penny Lane

Baby You're A Rich Man

All You Need Is Love