PF 3

Mon album préféré du Floyd. Pas le plus facile d'accès. En fait, c'est même probablement le moins facile d'accès ! C'est aussi leur quatrième album, il date de 1969 et s'appelle Ummagumma. C'est leur premier double album (toujours en CD), il dure 86 minutes (39 et 47 minutes précisément) et est à moitié live (le premier disque). C'est même le premier live officiel du groupe, et le seul live officiel de leur période 1967/1983 (si on excepte les morceaux live présents sur les éditions collectors de The Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here et The Wall), leur album live suivant datant de 1988 !! Ummagumma (se prononce apparemment 'oumagouma', mais Waters l'a une fois prononcé en disant les 'u' à la française dans une interview, il semblerait), titre étrange qui signifierait 'faire l'amour' en argot cockney (argot titi londonien), est un disque à part pour le Floyd. Le groupe, par la suite, ne sera pas tendre avec ce disque : ils considéreront l'album comme désastreux, entre le disque live assez moyennement produit (mais il y à pire) et le disque studio constitué d'oeuvrettes expérimentales solo qu'ils renieront quasiment. Ummagumma a cependant remporté, en France, le Grand Prix de l'Académie du Disque Charles-Cros et est un des albums les plus populaires chez les fans de la première heure du groupe.

 PF 4

Intérieur de pochette

Disque étrange, cet Ummagumma, tout de même. Le disque studio est expérimental, quatre oeuvres solo, une par membre du groupe. Tout ou presque est instrumental. Wright nous offre Sysyphus, en quatre parties, une suite pour claviers assez étrange, angoissante (la première partie est une des ouvertures d'album les plus saisissantes et glauques qui soient, et la quatrième partie, la plus longue - presque 7 minutes - offre une surprise de taille pour l'auditeur qui écoutera ça pour la première fois ; indice, c'est en son centre, environ...). Les quatre parties sont de durées inégales, 1, 3, 1,45 et 7 minutes. En tout, quasiment 13 minutes qui s'inspirent (sans paroles) du mythe de Sysyphe, condamné à faire rouler éternellement une pierre en haut d'une colline (la pierre dévale l'autre versant, et Sysyphe doit recommencer ad vitam aeternam ad nauseam habemus papam). On notera le classicisme absolu de la seconde partie, qui prouve une fois de plus que Wright était un claviériste hors-pair. On notera la dinguerie asusmée de la troisième partie. Et le calme apparent de la dernière partie. Pour moi, Sysyphus est le sommet de tout Ummagumma. Couarément (comme le dit sans doute, quelque part en France, un con que je ne connaît heureusement pas). Ensuite, on a l'oeuvrette solo de Waters. Waters triche, il offre deux morceaux au lieu d'une oeuvre scindée en plusieurs parties : Grantchester Meadows (7,30 minutes acoustiques magnifiques, chantées) et Several Species Of Small Furry Animals Gathered In A Cave And Grooving With A Pict (respire, respire), quasiment 5 minutes de délire bruitiste avant-gardiste où on entend, dans le final, Waters déclamer un texte avec un accent écossais tellement forcé que Sean Connery lui-même n'y pigerait que t'chi. Il avait sans doute la bouche pleine de haggis.

PF 1

Gilmour nous offre sa pièce solo, en trois parties, The Narrow Way, en ouverture de la face B du disque studio. Juste puissant. La dernière partie est chantée (les paroles ne sont pas dans le livret, ce qui est con, car celles de Grantchester Meadows et des titres chantés du live le sont). La première partie est assez folk dans l'âme, dans les 3,30 minutes, et la seconde, assez étrange, et plus courte d'environ une minute, est vaguement orientalisante. Longue de 6 minutes, la dernière partie finit le tout en apothéose. Arrive enfin la dernière partie solo, c'est celle de Mason, The Grand Vizier's Garden Party, la plus courte. Trois parties. La première dure 1 minute, la dernière, 40 secondes, celle du milieu, 7 minutes. Instrumental, ce morceau en trois parties est en fait une étude de batterie efficace (un bon batteur, Mason) sandwiché par deux partitions de flûte (jouées par la femme de Mason, Judy). Chose unique sur Ummagumma, les différentes parties de la suite portent un titre, Entrance, Entertainment et, forcément, Exit. Peu de choses à dire sur la première et la dernière parties ; c'est la seconde qui mérite l'attention. Un solo de batterie (agrémenté de claviers) remarquable, parfois syncopé (vous entendrez le son défaillir, se stopper, reprendre, stopper, etc, et rassurez-vous, ce n'est pas un problème du CD, mais un effet sonore voulu ; la première fois, ça m'a fait drôle), riche en cymbales et breaks impromptus. Une manière originale, mais certains diront fainéante, d'achever l'album, mais que demander de plus à un batteur que d'écrire un morceau basé sur son instrument ?

PF 2

Dos de pochette (vinyle) et visuel du livret du disque live (CD)

Et le disque live, alors ? D'ailleurs, vu qu'il est crédité en premier sur l'album, pourquoi ne pas avoir commencé par lui, au fait ? Ah, mais compte tenu qu'Ummagumma est un disque bizarre, autant en faire une chronique bizarre ! Le disque live, nettement plus court (39 minutes - pas loin de 40, ceci dit - pour 4 titres), est nettement moins space, aussi. Enfin, la musique y est spatiarde, clairement, mais ce n'est pas expérimental. On a ici quatre versions live de quatre classiques du Floyd. Astronomy Domine est le seul à faire partie de la courte mais remarquable période pendant laquelle Syd Barrett était encore le leader du groupe (et le chanteur). Tous les titres, cependant, viennent de concerts donnés soit dans un club du nom de Mothers (à Birmingham), soit au Manchester College Of Commerce, en 1969. Comme je l'ai dit, le son est moyen, surtout pour maintenant, car pour l'époque, ça pouvait aller. Mais, clairement, le son faiblard est le point négatif de ce live à part ça grandiose. La première fois que j'ai écouté Ummagumma, en commençant par le live, c'était en vinyle (vinyle paternel), et dès les premières secondes d'Astronomy Domine (le refrain speedé), j'étais persuadé que le vinyle déconnait, le son étant assez bizarre, et j'avais arrêté le disque illico de peur de le flinguer. En fait, en écoutant le disque en CD quelques mois plus tard, j'ai pu me rendre compte que le vinyle ne déconnait pas du tout ! Enfin, si, sur la face B, il est un petit peu rayé, mais c'est un détail... Les quatre morceaux sont, on s'en doute, longs, Astronomy Domine, avec 8,20 minutes, est le plus...court ! En fait, ils sont de plus en plus longs, progressivement. Careful With That Axe, Eugene (morceau à l'époque introuvable dans sa version studio, qui se trouvera en 1971 sur la compilation Relics), morceau tétanisant offrant un grand moment de dinguerie en la présence du cri primal sauvage de Waters en son centre (passage faisant sauter la tension latente planant jusque là sur le morceau), dure environ 20 secondes de plus que le précédent morceau, et achève la face A avec puissance.

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Boîtier de l'édition CD (coffret de carton avec les deux disques, séparés)

La face B, elle, s'ouvre sur les 9 minutes (créditées à 9,30 minutes, le morceau, en réalité, est donc un chouia plus court) de Set The Controls For The Heart Of The Sun, morceau issu, comme le suivant, d'A Saucerful Of Secrets (1968). On tient ici probablement la meilleure version live de cette chanson, même si celle présente sur le live à Pompéi de 1972 (sur lequel, excepté Astronomy Domine, tous les morceaux de ce live sont présents) est au moins aussi belle. Un morceau déjà hypnotique dans sa version studio, ici transcendé, littéralement, par sa longueur. Waters en état de grâce au chant. Puis, les 12,40 minutes d'A Saucerful Of Secrets, et là aussi, c'est, malgré la puissance de la version Pompéi 1972, la meilleure version live de cet instrumental gigantesque. Le final n'est plus murmuré, mais braillé, on y perd sans doute en subtilité et en charme hypnotique, mais on y gagne en efficacité, en puissance. Une fois ces quasi-13 minutes achevées, on n'a qu'une seule envie, hélas tuée dans l'oeuf, c'est d'en écouter davantage du Floyd en live. Hélas, le live s'arrête là, et la suite du programme est donc d'écouter l'autre facette d'Ummagumma, le disque studio, aussi grandiose, mais très différent, comme je l'ai dit plus haut. Voilà pour ce double album anthologique et vraiment étrange. Je peux comprendre qu'on n'accroche pas au disque studio, car c'est vraiment barge (mais j'ai personnellement apprécié dès la première écoute). Je finirai par un petit coup de gueule : si la réédition CD (pas la plus récente, de l'an dernier, mais la précédente, de 1994) est excellente niveau son, pourquoi avoir séparé les deux disques, en deux boîtiers différents, glissés ensemble dans un vilain coffret carton d'un vert foncé hideux ? Pourquoi cette couleur, déjà que l'on ne retrouve nulle part sur le vinyle original ? Entre les deux CDs, dans le coffret, un poster dépliant (tellement plié que le mettre au mur serait con, on verrait plus les pliures que le visuel du poster) représente le recto de pochette, qui est aussi le recto du livret du disque studio (pour le live, c'est le verso de pochette qui est utilisé). La réédition 2011 est, elle, double, en un seul boîtier cartonné, c'est mieux (mais sonorement, aucune différence, donc si vous avez l'ancienne édition, passez votre chemin). Enfin, ultime chose : sur la pochette vinyle, les différents cadres reproduisant le recto se finissent, en tout petit, par une reproduction de la pochette d'A Saucerful Of Secrets. Pour le CD, ce n'est plus pareil, on continue, de plus en plus petit, à voir la photo de visuel d'Ummagumma. Une mise en abîme. Mais c'est dommage d'avoir viré la pochette de l'album de 1968 en tout petit, ça faisait un détail amusant de plus ! Pochette grandiose (celle d'Ummagumma, recto comme verso), sinon, une des plus belles du Floyd. Et j'en ai fini, ite, missa est.

FACE A

Astronomy Domine

Careful With That Axe, Eugene

FACE B

Set The Controls For The Heart Of The Sun

A Saucerful Of Secrets

FACE C

Sysyphus (Part 1)

Sysyphus (Part 2)

Sysyphus (Part 3)

Sysyphus (Part 4)

Grantchester Meadows

Several Species Of Small Furry Animals Gathered Together In A Cave And Grooving With A Pict

FACE D 

The Narrow Way (Part 1)

The Narrow Way (Part 2)

The Narrow Way (Part 3)

The Grand Vizier's Garden Party (Entrance)

The Grand Vizier's Garden Party (Entertainment)

The Grand Vizier's Garden Party (Exit)