ALICE 1

Ca y est, on peut le dire, Alice Cooper est lancé. Grâce à Love It To Death, leur troisième opus (je dis 'leur', car jusqu'à 1974 inclus, Alice Cooper, c'est en fait un groupe du nom de son leader), sorti en début d'année 1971, et renfermant au moins deux immenses titres cooperiens : I'm Eighteen et Ballad Of Dwight Fry. En plus, après deux albums assez orientés acid-rock et psychédélique, le groupe a enfin trouvé le son qu'il faut, du hard-rock à tendance un peu glam, le tout produit par Bob Ezrin. La formule ayant été gagnante, inutile d'aller voir ailleurs : Alice et ses potes reprennent donc Ezrin pour leur quatrième album, qui sortira plus tard dans la même année 1971 (clairement une des meilleures années cooperiennes) et sortira sous une des pochettes les plus iconiques de sa discographie pas avare en la matière. Tout comme pour Easy Action, le son est rouge sang. Le lettrage est morbide, comme une victime d'agression écrirait le nom de son agresseur avec les doigts trempés dans son sang. D'ailleurs, l'album s'appelle Killer, tout un programme. Et le visuel le plus repoussant n'est pas ça, mais la grosse tête de serpent (un boa), grosse langue fourchue sortie, qui prend quasiment toute la place. Au verso, le groupe, avec le serpent (qui appartenait à Alice et s'appelait Kachina) autour d'eux. La pochette est ouvrante. D'un côté (le droit), la même photo que celel du verso, avec une teinte colorée différente, et de l'autre, les crédits. Visuellement, la pochette, hormis ce recto saisissant, est une petite frustration. On a quand même un calendrier 1972 dans la pochette, avec, en illustration, Alice Cooper pendu, langue tirée, yeux révulsés, ambiance trash/shock garantie. Le Coop' a trouvé son fond de commerce, le grand-guignol, et ne va pas le lâcher. Et si, comme je l'ai dit, la pochette est un peu frustrante car ne propose qu'une seule photo du groupe, la même dedans comme dehors, musicalement, Killer dépote le gluant comme jamais. En 36 petites minutes (pour seulement 8 titres dont 5 sont des classiques absolus du genre), cet album est jouissif.

AC11

 J'ai découvert Alice Cooper avec cet album (Billion Dollar Babies a suivi juste après et a failli être mon premier, mais la pochette tapageuse de Killer a eu raison de moi), et je ne m'en suis encore pas vraiment remis. Que dire ? C'est pas la première fois que je parle de cet album, je le réaborde (tout comme je vais réaborder les deux suivants) rapport au cycle et pour les remettre en avant sur le blog, donc je ne vais pas avoir autant de difficulté à en parler que pour Easy Action ou Lace And Whiskey, que j'ai moins souvent écoutés. Certaines personnes pensent que le meilleur album du Coop' est celui de 1973 (Billion Dollar Babies), voire celui de 1975 (Welcome To My Nightmare). Pour moi, c'est indéniablement celui-ci, qui démarre en fanfare avec Under My Wheels, un morceau bénéficiant de la participation amicale, au solo de guitare (ce qui explique sa présence dans les tags en bas d'article), du guitar-hero Rick Derringer. Un solo que l'on ne remarque pas vraiment au premier abord, tellement il est court et trépidant, aussi expéditif que le morceau dans sa globalité (moins de 3 minutes qui pulvérisent l'auditeur bien comme il faut). Thème de la chanson : Hé, je viens de te rouler dessus, connard, t'as pas honte de salir mes pneus, tu veux que je recommence ? Mais tout l'album ne semble parler que d'une seule chose, la Mort. Killer parle d'un condamné à mort qui nous raconte sa vie pas jolie-jolie avant de se diriger vers la Chaise Ultime. D'ailleurs, la dernière marche du condamné est illustrée par une marche funèbre jouée aux claviers, lugubre, triste, accompagnée de roulements de batterie, avant de laisser la place à une centrifugeuse (un mixeur ? Un presse-agrumes ?) achevant le morceau, et l'album car Killer est en final, sur une note saisissante et bruitiste, un effet sonore qui tue et symbolise la chaise électrique.

AC12

Dead Babies, produite de manière chatoyante (choeurs féminins angéliques), parle d'enfants qui meurent d'avoir mangé des médicaments appartenant aux parents qui feraient mieux de les ranger hors de portée de leurs chiards au lieu d'aller picoler au bistrot. Sur scène, Alice décapitera des baigneurs remplis de faux sang pendant ce morceau. Desperado est une ballade toute calme (sauf le final) qui est un bel hommage d'Alice à Jim Morrison, qu'il connaissait bien. On a des passages de la chanson qui ressemblent à s'y méprendre à du Doors, le passage central, instrumental, est très ressemblant à celui de Wishful Sinful, et rien que la manière de chanter, calmement, posément, d'une voix profonde, fait très Morrison. On a souvent pris, cette chanson, à tort, comme une parodie western, rien à voir. C'est vraiment une manière, pour Alice, de rendre hommage à son pote, mort en 1971 comme on le sait. L'album offre aussi Be My Lover, et son riff terrible inspiré par Sweet Jane du Velvet Underground, une chanson (Be My Lover, hein) qui parle d'une groupie un peu curieuse (She asked me why the singer's name was Alice/I said "listen, baby, you really wouldn't understand"/Baby if you wanna be my lover, you gotta take me home/'cause it's a long long way to Paradise, and I'm still on my own), et Halo Of Flies, 8 minutes totalement débridées et à l'ambiance espionnage. Les guitares sont, ici, en état de grâce. You Drive Me Nervous, qui ouvrait la seconde face, est court mais efficace, pas renversant mais vraiment agréable et rythmé. Yeah, Yeah, Yeah, en revanche, est incontestablement le moins réussi de tout l'album, et je trouve que la production laisse à désirer, sur ce titre (un peu faiblard, un peu mince), mais une 'mauvaise' chanson sur 8 c'est vraiment peu de chose. Et puis, elle n'est pas mauvaise, juste moyenne. Killer n'en demeure pas moins une tuerie (vu son titre, c'est logique) et un des albums les plus essentiels d'un artiste culte qui, en cette période, est vraiment dans son Âge d'Or. L'album suivant verra passer un nouveau cap, pas forcément en qualité, mais en tout cas, en originalité. La suite très bientôt...

FACE A

Under My Wheels

Be My Lover

Halo Of Flies

Desperado

FACE B

You Drive Me Nervous

Yeah, Yeah, Yeah

Dead Babies

Killer