REED_Lou_1978_STREET_HASSLE

En 1975, Lou Reed sort Metal Machine Music, double album de bruits (larsens) qui choquera jusqu’à sa maison de disques RCA, qui lui ordonnera de ne jamais plus refaire un coup pareil. Lou, pour se faire pardonner, sort Coney Island Baby, une de ses plus belles réussites, en 1976, mais malgré cela, il quitte RCA la même année, pour signer chez Arista. La même année 1976, il signe son premier album chez Arista, le fadasse Rock’n’Roll Heart, disque paresseux et mellow, mais pas entièrement foiré. Mais le disque, un bide, se doit d’être suivi d’une réussite, faute de quoi, les gens risqueront de se désintéresser de Lou Reed. Lou mettra deux ans (un tout petit peu moins, en fait) pour sortir son nouvel album, et lorsqu’il sortira, ce sera un vrai accomplissement : Street Hassle. Connu essentiellement pour son long morceau-titre de 11 minutes, Street Hassle est un disque enregistré quasi intégralement en live, avec les applaudissements et clameurs du public viré(e)s du mixage final. Le son de l’album est crade, rocailleux, brut de décoffrage, punk. Ca tombe bien, entre le précédent album et celui-ci, le monde a succombé à la vague punk, les Heartbreakers, Clash, Sex Pistols, Ramones et autres Dead Boys ont tout fait sauter. Lou a envie d’être de la fête, il suffit d’écouter les morceaux les plus rock et remuants de Street Hassle pour s’en convaincre : Leave Me Alone, Shooting Star, Real Good Time Together, Gimmie Some Good Times. Voix chevrotante (elle l’est tellement sur Real Good Time Together qu’on en vient à se demander si ce n’est pas un défaut d’enregistrement ou de mixage !), guitares qui saturent, c’est aussi éloigné de Coney Island Baby et Rock’n’Roll Heart que le pastis est éloigné du thé au jasmin. On peut même aller jusqu’à dire que les morceaux les plus violents, Leave Me Alone surtout, sont à la limite de l’inaudible, rapport à la furie électrique et à la production bien brutale !

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A côté d’un tel déferlement viril, on a quand même I Wanna Be Black, qui sonne furieusement jazzy/swing (le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est amusant d’entendre du Lou Reed jazzy, mais ça ne passe pas très bien la rampe et est selon moi le point faible de l’album) et on a évidemment les 11 minutes de Street Hassle, morceau achevant la face A. Et là, c’est aussi éloigné du reste de l’album que [mettez ce que vous voulez] est éloigné de [mettez aussi ce que vous voulez, mais faut que ça soit très différent de l’autre exemple] ! C’est dire (j’espère que vous avez bien choisi…), pas vrai ? Street Hassle est un morceau de musique de chambre, orchestre de cordes, mais pas de guitare, ni de basse, ni de batterie. La voix chevrotante du Lou qui annone un texte poétique sur la vie dans la rue. Vers la fin, un passage en spoken-word est déclamé non pas par Lou, mais par…Bruce Springsteen, invité surprise qui n’était pas crédité sur la pochette (et toujours pas sur le CD, dont la réédition est affligeante de médiocrité visuelle : la pochette originale est recadrée en miniature au centre d’un fond bleu ciel pâle abominable, et pour ainsi dire pas de livret) ! Ce morceau-titre est clairement le sommet de l’album, on est d’accord, et un des sommets du répertoire de Lou Reed. Un morceau légendaire, que les Simple Minds reprendront en 1984 sur leur Sparkle In The Rain (une version deux fois plus courte, et très pop new/wave, une version très sympa).

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Street Hassle est un disque brut, sans compromis, malgré le morceau-titre qui semble (et est) radicalement opposé aux autres morceaux. Wait, assez pop, achève le disque sur une note un peu primesautière, mais c’est pour des titres tels que Leave Me Alone, Shooting Star, Dirt (rien à voir avec la chanson du même nom des Stooges) et Gimmie Some Good Times au riff puisé dans le Velvet Underground (Sweet Jane) que l’album se savoure. Au sujet du Velvet, on notera que Real Good Time Together est un titre qui était joué par l’ancien groupe de Lou, ce fameux Velvet (de même que quelques autres titres de certains précédents albums de Lou, comme Kicks sur Coney Island Baby), du moins, si je ne m’abuse. A l’arrivée, ce disque hybride entre furie punk sur pas mal des morceaux et préciosité de musique de chambre sur le morceau-titre, ce disque enregistré principalement en live (pas le morceau-titre) avec un mixage virant les effets ‘live’ (au revoir les clameurs et applaudissements…comme King Crimson l’a fait avec Starless And Bible Black, ou Zappa avec Sheik Yerbouti), ce disque, donc, est sans aucun doute un des meilleurs de Lou Reed, et en tout cas, à l’époque, son meilleur depuis Coney Island Baby, et son meilleur album de sa courte (1976/1980) et décevante période Arista. Aussi, ça sera son dernier grand disque en dix ans, il faudra à mes oreilles attendre 1989 pour que le Lou revienne avec un autre disque mémorable, New York… Entre temps, il aura fait pas mal de mauvais (ou de moyens) albums, comme Mistrial, Growing Up In Public, The Bells, The Blue Mask (ces deux derniers sont corrects). Son Âge d’Or, en quelque sorte, prend fin en 1978 avec ce Street Hassle sans compromis et vraiment remarquable. Malgré I Wanna Be Black. A noter que l'album fut enregistré en binaural, ce qui n'est pas si fréquent que ça...

FACE A

Gimmie Some Good Times

Dirt

Street Hassle

FACE B

I Wanna Be Black

Real Good Time Together

Shooting Star

Leave Me Alone

Wait