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Les fous sont lâchés, les fous sont dans votre ville. Dans votre rue. Chez vous. Dans votre chaîne hi-fi ou sur votre platine dès l'instant où vous lancerez cet album. Suis-je assez clair ? C'est que ce disque est nettement, définitivement, un disque de malades mentaux. D'ailleurs, le premier titre de l'album sera utilisé dans des hôpitaux psychiatriques, au Royaume-Uni, pour faire comprendre aux suicidaires et dépressifs qu'il y à plus malheureux qu'eux et qu'il faut se ressaisir, non Jef t'es pas tout seul. Anecdote venant de la bouche même de John Lydon, chanteur et leader du groupe auteur de ce disque, soit-dit en passant. Aaah, John Lydon...vous connaissez ? Non ? Mais si, vous connaissez : Johnny Rotten, chanteur (ou glapisseur) des Sex Pistols, c'est lui. Lydon est son vrai nom. En 1978, il quitte les Pistols avec la rage en d'dans, il en à après environ la Terre entière, et surtout après Malcolm McLaren (manager des Pistols). Il décide de fonder son propre groupe, en recrutant Keith Levene, un guitariste ayant fait partie des Clash avant même le premier album des Clash. Selon Lydon, Levene est même la meilleure chose qui soit jamais arrivée aux Clash, et il n'a même pas eu l'honneur de jouer sur une de leurs chansons enregistrées ! Lydon (qui abandonne clairement son nom de scène au sein des Pistols) engage aussi un batteur canadien du nom de Jim Walker, qui ne durera pas longtemps, et un bassiste du nom de Jah Wooble, un fou de dub et hooligan à ses heures perdues (il devait en avoir beaucoup).

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Walker, Levene, Wooble, Lydon

Le groupe enregistre son premier album au studio Town House et au Manor Studio, sauf les trois dernières chansons, enregistrées en mode démo (de médiocre qualité sonore) dans un studio pouilleux, en raison de contraintes de temps et surtout de budget. L'album est autoproduit, et sort sur le label Virgin Records. Il porte le nom du groupe, Public Image Limited (le groupe est aussi connu sous l'abréviation PiL), et s'appelle donc Public Image/First Issue. La pochette est une parodie des 'unes' de magazines tels Life, Time Magazine. Au recto, le visage d'ange de la destruction de John Lydon ; au verso, celui de Jah Wooble (du moins, il me semble, n'ayant jamais eu le vinyle en mains). En tout cas, Wooble est au verso du boîtier CD. Ce premier album dure 39 minutes, pour 8 titres, et vous avez par ailleurs l'intégralité de l'album, dans l'ordre, en clips en bas d'article. Histoire de bien vous rendre compte de la dinguerie absolue et assumée de ce premier album. Un disque difficile à décrire : c'est punk, mais ce n'est pas un disque punk, pas vraiment. En fait, c'est du post-punk, expérimental, teinté de dub, de punk, donc, de new-wave naissante, aussi. C'est un disque de fous furieux qui s'ouvre sur 9 minutes terrifiantes et s'achève sur quasiment 8 minutes hilarantes et étranges. Le premier morceau s'appelle Theme, dure 9 minutes donc, et est cinglé. Si on excepte Frankie Teardrop de Suicide (1977) et Peking O de Can (1971) - Lydon est fan de Can, soit-dit en passant-, c'est le morceau le plus fou et flippant que je connaisse. Ca démarre par un cri aigu résonnant dans le lointain, puis une ligne de basse tétanisante (la basse, sur le disque, est PRIMORDIALE ; si votre chaîne hi-fi rend mal les basses, vous perdrez une partie de l'expérience sonore de l'album) immédiatement suivie d'une batterie violente et monolithique et surtout d'une guitare tronçonneuse. Cette couche sonore restera la même durant tout Theme, avec une petite variation de temps à autre, mais en tout cas, sans aucun répit. Et ensuite, surgit la voix de Lyndon, qui commence par pousser des glapissements de malade souffrant atrocement, avant de chanter. Et les paroles sont peu variées et très allume-gaz : Now I understaaaaaaaannnnd... And I wish I could diiiiiiiiiieeeeeee, I wish I could diiiiiiiiieeee... Pendant tout le morceau. Environ, car là aussi, il y à des variantes, mais l'essentiel du message est là, j'ai enfin pigé et je voudrais creveeeeeeeeer... La vache. I just died.

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Keith Levene - une des images de la pochette (en tout cas, du livret CD)

Après ce délicat moment de fraîcheur, place à 1 minute non musicale, Religion I. Ce morceau est une déclamation de Lyndon (voix on ne peut plus froide, méprisante), il ne fait qu’énoncer les paroles du morceau suivant, Religion II (un peu moins de 5 minutes éminemment punk dans l’âme). Religion II commence d’une manière parfaite : batterie efficace, riff tueur, basse gironde. Le chant est distant, dans le lointain, sauf dans les refrains, où il prend le pouvoir sur l’accompagnement (écouter ce disque au casque peut rendre fou). Un grand moment de sauvagerie anti religion, la ‘Church Of E’ (Eglise Anglicane) prend cher, ici (Sanctimonious smiles, He take the money, you take the lie). Culs-bénits, passez votre chemin sans regrets ! Après cet autre délicat moment de fraîcheur qui n’a d’égal qu’Air Wick senteur confessionnal (ah ah ah), Annalisa achève la face A avec force, puissance et violence. La chanson parle d’un sujet ayant défrayé la chronique dans les années 60/70 : une jeune allemande, Anneliese Michel, considérée comme possédée du diable, fut enfermée dans sa chambre, attachée au lit, et mourut d’épuisement et de faim, en 1976 (à l’âge de 23 ans). Ses parents et un curé furent accusés de l’avoir laissée mourir… Rythmique barbare, aucun répit pendant 6 minutes de violence musicale, le morceau le plus punk de l'album. Un beau malaise ressenti quand on entend Lydon vociférer des Annalisaaaaaaaa !!! démoniaques...Ce mec est fou.

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La face B s'ouvrait sur le single promotionnel de l'album, Public Image. Là encore, une ligne de basse formidable surgit. Hello, hello, hello, hello, chantonne Lydon en arrière-plan, avant que la guitare de Levene ne tronçonne un riff du feu de dieu. Et là...gros frissons. You never listened to a word I said, You only see me by the clothes I wear... La chanson, trop courte (3 minutes), est un récital de Lydon contre Malcolm McLaren, une diatribe cinglante, sanglante, vigoureuse, Malcolm en prend plein la gueule. Le Goodbye final de Lydon, dans l'écho, est tellement plein de mépris qu'il en devient indescriptible. Suit un autre grand morceau plein de colère difficilement contenue, Low Life, chanson à peine plus longue (3,30 minutes) dédiée à Sid Vicious, 'bassiste' (je met le mot entre guillemets, tant il était aussi bon à la basse que je le suis au tennis, et je suis une merde au tennis) des Pistols au destin funeste (drogué, accusé en 1978 d'avoir tué Nancy, sa copine droguée et pute, il croupira un petit peu en taule avant d'être libéré sous caution, et décèdera d'overdose le lendemain, en 1979). Une chanson enregistrée dans un studio minable, à l'état de démo, comme les deux suivantes, ce qui explique le son un peu moyen. Sid était encore vivant à l'époque, mais je pense qu'il était déjà dans la merde avec l'histoire du meurtre de Nancy, la chanson n'en parle cependant pas. On passe au morceau le moins bien enregistré de l'album, Attack, 3 minutes thermonucléaires (riff tueur, dommage que le son soit si mauvais) et interprétation dévastatrice d'un Lydon en forme : I dreamed, I dreamed and I have to die (on peut aussi entendre I can see when our hands are tied, ceci dit)... Après Public Image, une autre chanson pour Malcolm McLaren. Violent, brutal, punk. Et le final, 7,45 minutes de folie à moitié chantées par Wooble, Fodderstompf. Ligne de basse terrible, ambiance dub, et Lydon répétant sans cesse We only wanted to be looooooooooved... d'une voix de fausset aussi hilarante qu'énervante (c'est selon votre humeur). Un gros délire dub inclassable pour achever un disque de malades mentaux, mais aussi un de mes albums préférés au monde, rien que ça.

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Public Image/First Issue est un disque culte, majeur, un disque dont le seul défaut réside dans sa production moyenne pour environ la moitié de l'album. Sinon, entre furie punk et délires dub (Fodderstompf) ou post-punk, entres textes cinglants (Annalisa, Religion, Public Image, Low Life, Attack) et expérimentations (Theme), entre ses lignes de basse et ses riffs dévastateurs et son John Lydon littéralement allumé, ce premier album de Public Image Limited/PiL est un classique. Un an plus tard, le groupe, légèrement modifié (nouveau batteur, une claviériste en plus), sortira son deuxième album, un disque sorti dans une boîte de métal ronde, à l'état de triple album (de 60 minutes seulement : sillons très élargis pour que le son se répande bien !), un disque du nom de Metal Box, chef d'oeuvre absolu de post-punk. Un disque qui ne sera plus aussi violent, plus aussi punk, mais très expérimental et glacial (Albatross, No Birds, Poptones, Radio 4). Pour beaucoup le sommet de PiL, mais personnellement, même si je l'adore, je lui préfère nettement leur premier opus ravagé !

FACE A

Theme

Religion I

Religion II

Annalisa

FACE B

Public Image

Low Life

Attack

Fodderstompf