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En 1970, Marc Bolan, leader (chant, guitare, compositions) de Tyrannosaurus Rex, décide de raccourcir le nom de son groupe en un simple T-Rex. Entre nous, il a bien fait. Il décide aussi, avec l’aide du producteur Tony Visconti, de complètement changer de style musical : de folk psychédélique, la musique du groupe devient glam-rock. Du pur glam-rock. Sorti en 1971 sous une fantastique pochette signée Hipgnosis, Electric Warrior est même le premier vrai grand disque de glam-rock, avant les Bowie (qui, à l’époque, est encore assez folk-rock) et Elton John.

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Tenant la guitare en plus du chant, Bolan est ici entouré de Mickey Finn (percussions, chœurs), Steve Currie (basse), Will Legend (batterie), Ian McDonald (saxophone, de la première mouture de King Crimson), Burt Collins (flügelhorn) et des choristes fous Flo & Eddie (Mark Volman et Howard Kaylan), des Turtles et Zappa. Produit, donc, par Tony Visconti (producteur, aussi, de Bowie, Thin Lizzy…), Electric Warrior aligne 11 pépites glam/pop, dont deux qui paraîtront en singles : Jeepster et Get It On. Cette dernière sortira aussi aux USA, évidemment, mais sous un titre légèrement différent, Bang A Gong (Get It On), ce qui s’explique par le fait qu’une chanson du nom de Get It On existait déjà. Cette chanson (je parle de celle de T-Rex, hein) est une des meilleures non pas de l’album, mais du groupe ; un riff diaboliquement efficace, un sens du rythme incroyable… Jeepster aussi vaut son pesant de cacahuettes fourrées au chocolat, croyez-moi, elle assure avec un riff, elle aussi, bien efficace.

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Pochette vinyle extérieure dépliée et disque

Limiter Electric Warrior à ces deux grandes chansons serait cependant commettre une erreur tellement énorme qu’à côté, celle de Grouchy à Waterloo serait excusable. En effet, le disque se paie le luxe de s’ouvrir par un doublé (un triplé, en comptant Jeepster qui est en troisième plage audio) titanesque : Mambo Sun (et son rythme fantastique en downbeat, et ses aaaah aaaah aaaah de Flo & Eddie) et Cosmic Dancer (et sa partie de guitare à l’envers, et ses arrangements de cordes, et sa cathédrale gothique du XIVème siècle, et son chant habité). Ouvrir un album par une telle triple salve, Jeepster étant aussi ce qu’elle est, c’est une preuve indéniable de la suffisance légendaire des rockeurs britanniques. De leur incroyable talent, aussi. La suite est pas mal, Monolith n’est pas la meilleure de l’album, de même que Lean Woman Blues, mais ces deux  chansons achevant la face A l’achèvent bien, pas de temps morts, pas de déception auditive.

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Get It On déboule en ouverture de la seconde face, suivi d’un Planet Queen dévastateur et assez psyché/glam, avec encore une fois ces chœurs étranges et irrésistibles de Flo & Eddie (Gimme your daughter ! Gimme your daughter !). Girl est une belle ballade, un peu de répit avant un The Motivator bien bluesy et groovy (Love the way you walk), quelle guitare… Life’s A Gas (La vie, c’est chouette, en gros) est une petite incartade douce, elle aussi, comme Girl, mais en mode plus gai, c’est ma foi très très bon. Et enfin, le final destroy de l’album, Rip-Off, dont le seul défaut est d’avoir une qualité sonore moins percutante que le reste de l’album (problème de production, de mixage ? Le son est, en tout cas, clairement moins puissant), parce que sinon, entre le riff dévastateur et le chant acharné, plus les paroles (Dancing in the nude, feeling such a dude, it’s a rip-off), Rip-Off achève Electric Warrior sur une note furieuse et ultra efficace, on en redemande vraiment.

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Intérieur de pochette

Et ça tombe bien, la réédition CD la plus récente offre plusieurs bonus-tracks, tels Hot Love ou Raw Ramp, qui ne sont pas piqués des vers, croyez-moi. Mais je pense aussi que les 11 titres (pour 39 minutes) se suffisent à eux-mêmes. Tout le monde s’en est contenté durant de nombreuses années, en tout cas ! L’un dans l’autre, édition originale avec seulement les 11 titres ou réédition avec plein de bonus (une réédition collector des 40 ans vient de sortir, ce qui est étrange, car l’album a eu 40 ans l’an dernier, et pas en 2012 ! C’est plus les 40 ans de The Slider, album suivant de T-Rex, là !), Electric Warrior est un classique du rock, un intouchable. Marc Bolan, de là où il se trouve (au Paradis des rockeurs depuis son accident de la route en 1977…), peut vraiment être fier !

FACE A

Mambo Sun

Cosmic Dancer

Jeepster

Monolith

Lean Woman Blues

FACE B

Get It On

Planet Queen

Girl

The Motivator

Life's A Gas

Rip Off