LAVILLIERS 1

Sacré Nanard. Je ne vais pas vous mentir, vu que vous me connaissez, mais j'adore Bernard Lavilliers. Bon, je suis nettement moins fana de sa période récente (encore que les deux derniers opus en date, Baron Samedi et 5 Minutes Au Paradis, soient sublimes), mais je ne déteste aucun de ses albums, tout au plus je ne suis vraiment pas fan de Champs Du Possible et Arrêt Sur Image. Mais le début de sa carrière, précisément, en fait, de 1975 à disons 1988, pardon ! J'aurais pu reparler (car j'ai déjà abordé ici tous ces albums) de O Gringo (1980), de Pouvoirs (1979, mon préféré) ou d'Etat D'Urgence (1983), qui comptent beaucoup pour moi, mais c'est de son cru 1981 que j'ai eu envie de reparler ici, le temps d'une chronique coincée entre du Little Feat et du Chicago. Cet album de 1981 s'appelle Nuit D'Amour et sa pochette est un bel hommage, ou pastiche (à vous de voir) des couvertures de la fameuse séries de polars "Série Noire". Bordure jaune, ainsi que la couleur du lettrage, et photo noir & blanc (le jaune est la seule teinte de couleurs de l'ensemble de la pochette de l'album) montrant Lavilliers à terre, inanimé, aux pieds d'une jeune femme en talons, dont on ne voit pas la tête, tenant un revolver à la main, venant de le fumer. Une photo de la sous-pochette le montre torse nu, un épais bandage sur la poitrine, il a survécu, le Nanard... Il aurait eu du mal à sortir ses albums suivants, sinon. 

BL2

Bon, je sais que c'est juste une illustration pour la pochette, mais apparemment, c'est inspiré par un fait réel qui serait survenu à Lavilliers, donc ça tombe bien. Sinon, cet album a beau ne pas être très long (44 minutes), il n'en demeure pas moins, en vinyle, double. Non, ce n'est pas du gâchis de sillon, mais juste un assemblage entre un maxi 45-tours et un 33-tours, tout simplement, comme l'était O Gringo, comme le sera, en 1986, Voleur De Feu (et comme le sera, en 1982, l'album Vendeurs De Larmes de Daniel Balavoine). Le maxi 45-tours ouvre le bal (à noter que le CD propose un ordre différent de l'édition vinyle) avec un titre par face : si la face B propose une nouvelle version des Barbares, plus musclée et moderne, qui n'apporte pas grand chose à ce morceau d'enfer, la face A, elle, propose un titre de plus de 7 minutes, Night Bird, qui est une pure tuerie. Une tuerie qui, cependant, a pris un petit coup dans le pare-brise, parce que le morceau, et c'est explicitement décrit sur la sous-pochette proposant les paroles, a été conçu, par Lavilliers et son claviériste François Bréant, avec un instrument monstrueux, un Fairlight. Un gros bordel de synthétiseur dirigé par ordinateur, un truc intransportable dont Kate Bush se fera une spécialité. Le morceau, sinon, parle d'une femme fatale, ambiance série noire, on est total raccord avec la pochette. Daté, certes (les sonorités synthétiques parfois frisent le hors-jeu), mais c'est aventureux comme on aime. Autre morceau aussi long (mais situé, lui, sur une des faces du 33-tours, avec deux autres morceaux), Eldorado, ambiance paumé dans la jungle moite et poisseuse garantie. Un excellent morceau, malgré le refrain qui m'irrite un peu (les synthés pouetpouettants, les choeurs qui font t'as cherché, t'as cherché, t'as cherché trop loin).  La Malédiction Du Voyageur, qui achève le disque (quel que soit le format), est un autre morceau construit autour du Fairlight, mais cette fois-ci, assez discrètement. Sublime.  

BL3

L'album offre pas mal de classiques de Lavilliers : Betty, ode à une femme emprisonnée que Lavilliers encourage, console, soutient par chanson interposée, est touchante. La chanson parle sans aucun doute d'une femme en particulier, mais parle en fait de toutes les femmes emprisonnées. Lavilliers n'est pas trop chaud partisan des prisons. On a Pigalle La Blanche, morceau certes caricatural (les choristes qui font claquer les 'BLACK !', Renaud s'en souviendra pour se foutre de la gueule de Nanard à quelques reprises) mais tellement génial. On a le morceau-titre, excellent. A côté de ça, C'Est Du Rock'n'Roll est le morceau raté de l'album, tant par sa production (très moyenne) que pour le morceau-même, parodie de caricature de rock musclé. On a aussi le moyen Changement De Main, Changement De Vilain, sur une transaction magouilleuse foireuse, mais je ne peux m'empêcher d'adorer cette chanson, en revanche. Au final, Nuit D'Amour est un excellent cru de Lavilliers, un de ses plus représentatifs. Sorti après le monumental O Gringo, il semblera inférieur, sans doute l'est-il, mais il est malgré tout une de ses réussites. A écouter. 

FACE A

Night Bird

FACE B

Les Barbares 81

FACE C

Pigalle La Blanche

Eldorado

Betty

FACE D

C'Est Du Rock'n'Roll

Changement De Main, Changement De Vilain

Nuit D'Amour

La Malédiction Du Voyageur