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Sorti en 1993, Carcassonne (du nom de la célèbre ville fortifiée) est le sixième album de Stephan Eicher, artiste suisse (interprétant ses chansons principalement en français, mais aussi en anglais, en italien et en suisse allemand) principalement connu pour trois chansons: Combien De Temps (1987), Dejeûner En Paix et Pas D'Ami Comme Toi (1991). Et autant le dire tout de suite, ce disque est son chef d'oeuvre. Plusieurs singles à succès en sortiront, comme Ni Remords, Ni Regrets, Des Hauts, Des Bas, ou encore Manteau De Gloire. Mais aucune ne s'inscrira vraiment dans les grands classiques pop-rock français (même si elles restent de vrais classiques chez Stephan Eicher, régulièrement jouées en concert, etc...). Dommage. Dommage car ici, on a affaire a du très lourd. Si, déjà, le tubesque Engelberg de 1991 annonçait la couleur définitive pour Stephan Eicher, ici, on assiste a une véritable explosion. Un monument que cet album. Le sommet absolu de l'artiste. Et Stephan Eicher ne s'arrêtera pas là; il en fera d'autres des comme ça, par la suite: 1000 Vies ou encore Taxi Europa. Mais c'est une autre histoire...

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Ici l'atmosphère est rock. Bien que l'on ait droit à quelques ballades acoustiques bien belles (Swallow, Manteau De Gloire, Rivière, Durant Un Long Moment). Stephan Eicher s'affirme sur ce disque et travaille avec des musiciens talentueux, encore une fois (Manu Katché, Philippe Djian). Aucun titre qui soit vraiment mineur sur ce disque, dnas n'importe quelle langue, ça passe. 7 chansons en français, 4 en anglais, une en suisse allemand. Certaines chansons sortent un peu du contexte pop-rock de l'album, tout en y restant quand même: Hope et ses accents écossais (cornemuse à pleins poumons) en est le plus bel exemple. Et toujours un amas de chansons remarquables: Des Hauts, Des Bas, Ni Remords, Ni Regrets, Goodbies, Baiser Orageux, Whatever. Toujours une petite chanson d'amour impossible pour briser la glace (La Nuit Debout), quant à La Mi Los, seule chanson chantée en allemand (ou plutôt en suisse allemand) sous un titre aux accents espagnols trompeurs, eh bien, cette chanson nous prouve que le chanteur est plus que jamais en grande forme!

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Voilà donc un vrai monument du rock 90's. Oubliez les clichés du Stephan Eicher kitsch de Combien De Temps, et ruez vous donc sur cet album. C'est tout ce que je peux vous dire avant ma prochaine chronique de Stephan Eicher ici...

Critique complémentaire de ClashDoherty :

De nationalité suisse, à moitié alsacien par sa mère et yéniche (ethnie semi-nomade) par son père, Stephan Eicher a démarré sa carrière en 1980 avec un groupe de techno-pop/industriel, Grauzone, fondé avec un de ses frères, Martin. Il démarre sa vraie carrière solo en 1984, et obtient, dès 1986, un succès en France (Two People In A Room). Deux ans plus tard, Combien De Temps est encore plus cartonneur, mais il faudra vraiment attendre encore un petit peu pour que le public s’attache à lui, via, en 1991, deux tubes, Pas D’Ami (Comme Toi) et Déjeuner En Paix, tous deux issus de son album Engelberg, enregistré au Casino d’Engelberg (Suisse), album dont les chansons en français (en minorité par rapport à l’anglais et à l’allemand) sont signées Philippe Djian pour les textes, première collaboration entre les deux hommes, devenu rapidement amis. Leur collaboration perdure à ce jour, même si le dernier album d’Eicher, Eldorado, date déjà de 2007, et que rien, pour le moment, ne dit qu’Eicher refasse bientôt un disque, et que ce disque soit écrit par Djian pour les chansons en français, s’il y en à.

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Avec Philippe Djian

1991 est donc l’année du succès pour Eicher, la révélation absolue via deux gros tubes et un disque remarquable, rempli de grandes chansons (Wake Up, Hemmige, Tu Ne Me Dois Rien). Deux ans plus tard, Eicher le routard, toujours en collaboration avec Djian, et toujours entouré des musiciens ayant, sur Engelberg, accompli des miracles (Manu Katché, Pino Palladino), entouré aussi d’Achim Meier, Sonny Landreth, Richard Lloyd et de plusieurs musiciens spécialisés en instruments médiévaux, Eicher, donc, sort le successeur d’Engelberg : Carcassonne. Si Engelberg avait été enregistré au Casino d’Engelberg, Carcassonne, lui, a été enregistré dans la mythique cité médiévale audoise, dans l’Hôtel de la Cité. L’album, comme le précédent, a été produit par Eicher et Dominique Blanc-Francard, et bénéficie d’un son remarquable. D’autant plus qu’il a été enregistré dans un lieu peu habitué aux enregistrements musicaux, et surtout rock. Car Carcassonne, qu’on se le dise, est un disque très rock. Il contient certes quelques chansons assez calmes, certaines utilisent des instruments médiévaux (cornemuse, vieille a roue, violoncelle, cromorne, harpe) comme Hope, Rivière ou Swallow, mais dans l’ensemble, les 52 minutes de ce disque sont très rock. Peu de tubes ici, contrairement à Engelberg. On peut citer Ni Remords, Ni Regrets qui marchera assez bien, mais dans l’ensemble, Carcassonne, bien qu’étant le meilleur album de Stephan Eicher (clairement), n’est pas le plus cartonneur en terme de ventes d’albums (il ne foirera cependant pas, mais n’aura pas autant de retentissement qu’Engelberg).

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Eicher chante ici sept chansons en français, une en patois bernois (suisse-allemand), et quatre en anglais. Aucun rejet à faire, la production assure, l’album n’a pas vieilli, et les chansons sont toutes sensationnelles, de Des Hauts, Des Bas et son riff efficace (et sa montée en puissance) à Whatever. En passant par le musclé La Mi Los (la chanson en bernois) et les reposants Rivière (pour laquelle les oiseaux du parc de l’Hôtel sont chaleureusement crédités et remerciés dans les crédits) et Swallow. Interprétation parfaite de l’Helvète, qui maîtrise aussi bien l’anglais et le français que sa langue maternelle (l’allemand), même si son accent est parfois à couper au couteau, notamment pour l’anglais. Ce qui est bien, aussi, c’est le côté hétéroclite de l’album : on passe d’un rock tenace (Des Hauts, Des Bas) à la cornemuse de Hope en un rien de temps, puis la chanson la plus pop (Ni Remords, Ni Regrets) est suivie du déchirant Swallow et de l’énergique La Nuit Debout. L’acoustique Rivière est suivi par l’électrique Baiser Orageux, Manteau De Gloire est une belle ballade un peu enlevée mais pas trop, et La Mi Los est bien nerveux… De quoi satisfaire un peu tout le monde ! A l’arrivée, ce disque est tout simplement grandiose, le meilleur d’Eicher, et un des meilleurs albums de rock français, de chanson française, de ces 20 dernières années (l’album fêtera d’ailleurs glorieusement ses 20 ans l’an prochain). Rien que ça. Carcassonne est ce qu’on appelle vulgairement un monument, quoi, un disque indispensable.

Des Hauts, Des Bas

Hope

Ni Remords, Ni Regrets

Swallow

La Nuit Debout

Goodbies

Manteau De Gloire

Rivière

Baiser Orageux

La Mi Los

Durant Un Long Moment

Whatever