MANSET 1

Sorti en 1985, ce disque n'est pas le plus connu de Gérard Manset, et c'est d'autant plus dommage qu'il est très réussi et qu'il fait partie des rarissimes albums du chanteur à être disponibles en CD en intégralité. Là où certains albums comme Manset 1968 ou Long, Long Chemin ne le sont pas, et où d'autres comme Y'A Une Route, 2870, Royaume De Siam ne le sont qu'en partie (la palme du cynisme mansetien revient au traitement donné à Rien A Raconter, dont seulement deux chansons sur les 8 sont disponibles en CD...et je ne parle évidemment pas du traitement donné à ses albums de 1968 et 1972, j'y suis trop souvent revenu au fil de mes chroniques...). Mais, si la quasi-totalité des albums de Manset datant d'avant 1989 (et Matrice) sont soit inexistants, soit incomplets en CD, ce n'est pas le cas de Lumières. Que ce soit en vinyle ou CD, l'album offre 6 titres, pour un total de 38,58 minutes précisément (39 minutes, quoi). Rien n'a été modifié ou viré. En soi, c'est déjà un putain d'exploit. Pourquoi Manset n'a jamais modifié ce disque (pochette exceptée : en vinyle, voir plus bas, c'est légèrement différent), je l'ignore : soit il en est entièrement satisfait, soit il s'en fout complètement. J'ai peur de savoir, en fait.

MANSET 2

CD

Lumières ne mérite pas ce titre. Cet album est, en concurrence avec La Mort D'Orion (1970, existant en CD), d'une noirceur incroyable. On sent, d'entrée de jeu, que le disque date des années 80, entre les synthés, le son de la guitare, les percussions, la production (qui est très bonne, mais bien dans son époque aussi). J'ignore qui joue, rien n'est crédité dans le livret CD, qui n'offre que les paroles (c'est déjà ça), et n'ayant jamais eu le vinyle entre les mains, je ne sais pas si c'est crédité sur le vinyle. Je ne sais même pas où ça a été enregistré, mais j'imagine que c'est soit au studio de la Grande Armée (Paris), soit au studio Milan (studios personnels de Manset). L'album s'ouvre en majestuosité avec les quasi-12 minutes du morceau-titre, lent construction faussement monotone dans laquelle interviennent, surtout dans le final, une chorale d'enfants (à mettre en relation avec la pochette montrant un enfant en communiant, probablement Manset lui-même, qui sait ?). Chant monotone, paroles répétées (Où sont passées, où sont passées les lumières qui nous guidaient ?), mélodie minimaliste (un piano entêtant, une batterie monolithique), ce morceau est hypnotique. Bien sûr, c'est le sommet de l'album, mais limiter l'album à Lumières, non, quand même pas ! Comment ne pas citer Entrez Dans Le Rêve (très rock), Finir Pêcheur, Que Deviens-Tu ou Un Jour Être Pauvre ? En gros, comment ne pas tout citer des six titres, même si Vies Monotones, le plus court des morceaux (3,30 minutes), est un peu en-dessous du reste (mais rien de grave) ?

MANSET 3

Très sombre, parfois cold-wave, Lumières est un cru étrange et hypnotique de Manset. Sous son titre trompeur (car rarement un disque aura été aussi dénué de luminosité que celui-là) et sa pochette sévère, austère, se cache un authentique joyau qui apporte une pierre de plus à l'édifice construit, depuis 1968, par Gérard Manset. Définitivement, ce mec, musicalement parlant, est un génie que je ne suis pas sûr que la France mérite, au même titre que Polnareff, Gainsbourg ou même Voulzy. Tout, ici, et notamment les morceaux les plus longs (Lumières, Finir Pêcheur, Que Deviens-Tu), force le respect. Ce disque de 1985 n'est pas aussi connu que La Mort D'Orion, Y'A Une Route ou même Matrice, mais il est au moins aussi quintessentiel. Grandiose !

FACE A

Lumières

Que Deviens-Tu

FACE B

Finir Pêcheur

Vies Monotones

Entrez Dans Le Rêve

Un Jour Être Pauvre