1968 THE BEATLES DOUBLE BLANC

Ca faisait longtemps que je n'avais pas fait d'article dans la catégorie des pochettes de légende. Quoi de mieux, pour relancer la catégorie (même si je ne ferai des articles concernant des pochettes que de temps en temps, et pas tous les jours), que les Beatles, vu qu'en plus, c'est avec eux que la catégorie/rubrique avait été lancée ? C'est avec un album culte que je relance la rubrique : le Double Blanc, alias The Beatles (en fait, c'est vraiment le nom de ce disque, qui est donc éponyme), double album de 30 morceaux, pour quelques 95 minutes, sorti en 1968, le dixième album du groupe, et un de leurs derniers. Ca, quasiment personne ne pouvait le prévoir, sauf éventuellement le groupe lui-même, puisque c'est à partir de 1968 (plus précisément, de la fin de leur séjour en Inde chez un gourou) que les tensions commencèrent à s'accumuler au sein du groupe, parvenant même à faire sortir de leurs gonds Ringo et George, pourtant deux bonnes pâtes. Le disque a été grosso merdo enregistré chacun de son côté, John faisait ses chansons, Paul les siennes (si les chansons sont signées Lennon/McCartney, ce n'est qu'une façade : si Lennon chante, c'est lui qui a tout fait, et si Macca chante, même chose pour lui), Harrison a réussi à en imposer quatre, Ringo a réussi à imposer sa première chanson écrite par ses propres mains, et en chante une autre... A l'arrivée, le disque ressemble à une auberge espagnole : un beau bordel où on trouve de tout, du grandiose, du moyen, du nul, mais, comme tout chef d'oeuvre, impossible de sauter des titres quand on l'écoute : c'est tout ou rien.

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Intérieur de la pochette (les disques vinyle originaux n'étaient pas blancs, cette photo est celle d'une rééditon collector, mais pour le reste, aucun changement)

Mais on est là pour parler de la pochette, pas du contenu, et pour le moment, je n'en ai pas parlé, de cette pochette ! Faut dire (comme le chante Brel dans La Fanette) qu'il ne semble pas y avoir beaucoup de choses à dire à son sujet : elle est blanche. Recto et verso. Blanche, sans rien dessus, sauf le nom du groupe (et donc de l'album) en blanc gaufré, volontairement pas droit et, sur les exemplaires originaux du vinyle, un numéro de série (les Beatles ont eu chacun un des quatre premiers, et Lennon, selon Macca, a eu le N°000001 parce que c'est lui qui a gueulé le plus fort pour l'avoir). A l'intérieur (pochette qui s'ouvre), c'est blanc aussi sur la gauche, avec, sans distinction des faces, la liste des 30 morceaux. Et à droite, quatre photos individuelles des Beatles, en noir & blanc, à la suite, vers le bas de pochette. Ces mêmes photos sont glissées, en couleur, dans la pochette vinyle. A voir l'expression des Fab Four (surtout Lennon et Macca), on se dit qu'en effet, les tensions étaient palpables et que le temps n'était plus à la fête au sein du groupe... Dans la pochette, glissé, on a aussi un gros poster double face (qui était, comme les photos couleur, reproduit dans le livret de la première édition CD, et se trouve dans la nouvelle édition de 2009). D'un côté, les paroles des 30 morceaux (pas pratique de les suivre au fil de l'écoute, vu la taille et le format du poster une fois déplié !), et de l'autre côté, un amoncellement de photos diverses des membres du groupe, le tout est très chamarré, un contraste violent avec la pochette extérieure, qui est d'une austérité monacale.

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Poster interne (à gauche, recto ; à droite, verso avec les paroles)

Pourquoi une telle pochette blanche, d'ailleurs ? Il y à eu plusieurs hypothèses : Lennon aurait proposé quelque chose d'assez osé concernant lui et sa nouvelle compagne Yoko Ono, qui aurait été refusé, il aurait dit ça sera ça ou rien, et ce fut donc...rien ; autre hypothèse, le groupe avait envie de changement après les débordements psychédéliques de Revolver, Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band et Magical Mystery Tour, sans parler des pochettes des singles ; enfin, le concepteur de la pochette, un certain Richard Hamilton, aurait eu l'idée de faire une pochette blanche par...manque d'idée ! En fait, lui et Macca envisageaient une pochette un peu en forme de maison de poupées, avec des photos des membres du groupe enfants dans des vignettes, mais au bout du compte, c'est la neutralité absolue du blanc qui a gagné. Il n'y avait, à l'époque, encore jamais eu de pochette aussi sobre ! Depuis, il y en à eu d'autres, mais, au final, peu. Personne, aujourd'hui, n'aurait vraiment envie de sortir un disque avec une pochette toute blanche, on l'accuserait immédiatement de plagier les Beatles !! On peut qualifier la pochette de paresseuse, dans un sens, c'est le cas, mais en tout cas, elle fera parler d'elle, et reste aujourd'hui indissociable de l'album. N'appelle-t-on pas, depuis 1968, ce disque le Double Blanc, l'album blanc, le Beatles blanc, White Album ? On essayera d'imaginer ce disque sous une autre pochette ; rien n'y fera, c'est toujours le blanc qui prime. Après, reste le problème du contenu : il y à un peu de tout, en trop grande quantité. Mais même en virant le moins bon, le disque resterait, en vinyle, double. Pour l'éternité des siècles, amen.