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Neu! 75 est le troisième album du groupe de krautrock/ ambiant/ proto- punk Neu!, et comme son nom l'indique il est sorti en 1975. Peu après sa sorti, le groupe se séparera, et l'album fera un bide. Mais à l'instar du Velvet Underground ou de Big Star, l'influence de Neu! dépasse largement leur chiffre de vente, et cet album influencera la scène punk naissante, David Bowie entre autre, s'en inspirera pour sa trilogie berlinoise, et l'influence du groupe se fait sentir jusque dans les années 90. Six titres, trois instrumentaux et trois morceaux chantés pour un peu plus de 46 minutes, voilà ce que contient Neu! 75.

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L'album s'ouvre sur un instrumental: ISI. Un morceau rempli de claviers, très agréable à l'écoute, avec une atmosphère assez "joyeuse". Idéal pour ouvrir l'album, c'est sans doute le morceau le plus accessible ici, le plus "classique", et d'ailleurs il sortira en single avec After Eight en face B (il fera un bide comme l'album). Vient ensuite Seeland, qui commence assez calmement, puis un riff de guitare surgit puis disparait puis réapparaît durant tout le long du morceau. Et pendant ce temps la basse répète une seul et même ligne pendant plus de 6 minutes. Un morceau excellent, un des meilleurs de l'album. Avec le titre suivant, Leb' Whol on entre dans le vif du sujet. Avec 8 minutes et 50 secondes au compteur, il s'agit du deuxième morceau le plus long de l'album et il achève la face A. Au début on entends des bruits de vagues puis une mélodie au clavier assez entêtante, qui devient ensuite plus calme, plus aérienne. Un peu comme la voix de Michael Rother qui chante sur ce morceau d'une voix calme, zen. Un pur moment de bohneur qui contraste complètement avec le morceau suivant qui est Hero. Là c'est Klaus Dinger qui se charge du chant sur cette chanson punk avant l'heure. Après une chanson comme Leb' Whol, ce morceau est un vrai coup de poing, surtout avec la voix de Dinger qui me fait penser à celle de Joe Strummer ou encore celle de Johnny Rotten. Très bonne chanson mais pas ma préféré. On enchaîne avec E- Musik, morceau le plus long de l'album, et Un des plus réussi. Composé par Dinger (comme le reste de la face B, la face A a été composé par Rother), C'est un instrumental, et si le morceau précédent annonvé le punk, celui- là anticipe le post- punk. Un morceau qui a dût avoir une grande influence sur le son de Joy Division entre autre. Enfin l'album se termine par After Eight, morceau le plus cours et le dernier morceau chanté de l'album. Une chanson proto- punk très réussi, dans la veine de Hero en plus court.

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Un album assez bipolaire que ce Neu! 75. Une face calme (la A) et une face plus violente (la B). Comme je ne connais pas le reste de l'oeuvre du duo je ne saurais pas dire s'il s'agit de leur meilleur album, même s'il est souvent considéré comme tel. Un groupe majeur de la scène krautrock/ proto- punk des années 70, et un album absololument remarquable qui comme je l'ai dit au début de ma chronique, influencera de nombreux artistes.

Chronique complémentaire de ClashDoherty

Alors là... Chef d'oeuvre absolu, intersidérant. Buckley92, dans sa chronique ci-dessus, a dit à peu près tout ce que je pense aussi de ce troisième album de Neu!, album sorti en 1975 et portant donc le très original titre de Neu! 75 pour la peine. Sa pochette aussi est des plus originales : après le blanc virginal du premier opus en 1972 et le même blanc avec un 2 tagué en rose fluo pour la pochette du second opus en 1973, place à un noir extra et, en traviole, écrit comme au gros feutre blanc, le nom du groupe. Et ce, comme pour les deux précédents albums : recto comme verso, c'est identique. Le groupe ne s'embarrassait pas de chichis, ils n'ont pas été chercher Roger Dean pour leur faire des pochettes chiadées, c'est vraiment du sobre. Musicalement, ce n'est pas la même bière. Neu! 75 est un disque hybride qui résulte d'une sorte de compromis. Les deux membres du groupe, Michael Rother et Klaus Dinger, avaient des vues différentes sur quoi faire pour le troisième album. Après un premier opus centré sur les rythmes motorik et un deuxième album à moitié raté pour faute d'argent (ils furent obligés de faire des tricotages idiots sur des morceaux déjà existants et sortis en single, afin de remplir la seconde face), les deux membres de Neu! se retrouvèrent avec des idées totalement différentes.

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Un des pans de l'intérieur de pochette vinyle (ici, Rother)

Rother voulait faire un disque de pure ambient, calme, aérien, reposant, zen, tandis que Dinger avait envie d'un disque brut de décoffrage, motorik à mort et baigné de rythmees rock et proto-punk, agrémentés de son chant virulent et, comment dire...particulier. Ne parvenant pas à se mettre d'accord sur la voie à suivre, et sentant bien que ça risquait de sentir la merde dans leur belle unité, les deux compères ont décidé de couper la poire en deux : Rother s'occupe ainsi de la face A, et Dinger, de la B. Neu! 75, long de 46 minutes et offrant 6 titres (à peu près le même formatage que le premier album), est donc, sur le papier, cette aberration : deux petits albums, radicalement différents, en un. Ca ne devrait pas marcher. Ca devrait faire inégal, bancal, le cul entre deux chaises assez écartées l'une de l'autre. Mais non, ça fonctionne totalement, et autant le dire, cet album, le dernier du groupe pendant 20 ans (en 1985, le groupe enregistrera des morceaux, qui ne sortiront qu'en 1995 sous le titre de Neu! 4, et c'est vraiment pas très très bon), en est le sommet absolu, et probablement même le plus grand disque de l'histoire du mouvement krautrock, oui, enfin, en concurrence avec les Tago Mago et Ege Bamyasi de Can, Sowiesoso de Cluster et Yeti d'Amon Düül II. Rother a donc la face A, un régal délicat et doux, quasi-instrumental (des vocalises sans paroles sur le dernier titre) et qui vous transporte illico ailleurs. Je me souviens de la première fois que j'ai écouté l'album : au casque, en allant bosser, le matin, sur le trajet de l'arrêt de bus. J'étais tellement dans le truc que j'ai failli louper mon arrêt de descente ! ISI est une merveille qui vous baigne dans un océan, profond et chaud, de claviers. Seeland, qui suit, ce sont les guitares, répétitives, éthérées, pas brutales pour un sou, qui font le boulot. On aimerait que ce morceau (qui dure 7 minutes) ne se termine jamais. Leb' Wohl (presque 9 minutes), qui achève la face A, est l'ultime moment de douceur aérienne (le Inner Flight de Primal Scream m'y fait beaucoup penser).

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Autre pan de l'intérieur de pochette vinyle : ici, Dinger

Sans aucune transition (mis à part en vinyle, avec le changement de face), la partie Dinger commence avec Hero, 7 minutes hallucinantes qui, dès la première seconde (un riff de guitare à la Nadir's Big Chance, ce disque de rock proto-punk sorti la même année par Peter Hammill, et auquel ce morceau et le dernier de l'album me font furieusement penser), donnent le ton : rock, rock, rock ! Selon la légende, ce morceau aurait inspiré Bowie pour son "Heroes" de 1977. Plus précisément, tout l'album de Neu! est une référence pour la trilogie berlinoise de Bowie, sa structure en deux faces/deux versions de l'affaire est évidente sur Low et "Heroes" (le Another Green World d'Eno a aussi été une inspiration pour Bowie). Hero, chanté d'une voix difficilement appréciable au début. Dinger en fait des caisses dans le style hargneux, c'est punk avant l'heure, on pense à Johnny Rotten et Peter Hammill ; le premier cité n'était pas encore connu, ce n'est donc pas une référence (dans le sens inverse, Hero sera une des références, avec Hammill, de Johnny Rotten !), mais Hammill, sans doute que oui. Mais ça fonctionne parfaitement avec la violence expéditive de la musique. E-Musik (10 minutes), qui suit, est un rythme motorik à la Negativland ou Hallogallo, on est en terrain connu. Remarquable morceau au demeurant. Enfin, After Eight, qui achève le disque, est un autre rock furieux et violent, qui ressemble beaucoup trop à Hero pour être honnête (on a l'impression qu'il s'agit d'une version alternative), et il achève l'album sur une touche un peu frustrante car on a l'impression que la face Dinger tourne en rond. Mais ça ne veut pas dire que cet ultime morceau (qui ne dure que 4,45 minutes) n'est pas bon, non, il est même très bon, mais la ressemblance avec Hero est quand même flagrante. Même manière de chanter, même ambiance punk avant l'heure... Cette seconde moitié d'album, rentre-dedans, n'est ni meilleure ni moins bonne que la première, elle est juste différente. Et les deux parties, réunies, forment un Neu! 75 d'une puissance, d'une beauté, d'une réussite absolu(e)s. Essentiel !

FACE A

ISI

Seeland

Leb' Whol

FACE B

Hero

E- Musik

After Eight