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Il est temps de reparler un peu d'Alain Bashung. En fait, alorsque j'avais jusque là refait à peu près toutes les anciennes chroniques de ses albums studio, je me suis rendu compte que j'avais oublié de réaborder ce disque, son troisième opus, Pizza, sorti en 1981. C'est le disque qui va profondément changer la donne, pour Bashung. Il y aura, pour lui, un 'avant' et un 'après' Pizza. Même si, en fait, le changement a eu lieu un peu avant, en 1980, au moment de la sortie d'un 45-tours qui cartonnera (à la grande surprise du principal intéressé), Gaby Oh Gaby. La chanson, qui était à la base prévue pour être la face B du 45-tours (la face A devait être Elle S'Fait Rougir Toute Seule, chanson nettement moins marquante et qui finira à la face B, évidemment), sera un hit, et Bashung sort de l'ombre. Moins d'un an plus tard, il sort Pizza (dont la réédition CD offre, en final, les deux chansons citées, du 45-tours, faisant passer le disque de 33 à 40 minutes), qui contiendra deux autres singles à succès : Rebel (une chanson caricaturant Bernard Lavilliers et ulio Iglesias) et surtout Vertige De L'Amour. Des chansons qui, comme les deux du single de 1980, et comme le reste de l'album, sont écrites par le parolier attitré de Bashung, Boris Bergman. Pizza offre de très grandes chansons bashungiennes, et d'autres moins marquantes. L'album n'est ni le meilleur ni le pire du chanteur, mais c'est un de ses plus connus, plus connu, dans un sens, que Play Blessures ou même Chatterton ! C'est apparemment, du moins si je ne me plante pas, la première participation du KGDD (initiales des quatre musiciens : Manfred Kovacic - claviers -, Olivier Guindon - guitare -, François Delage - basse - et Philippe Draï - batterie) sur un album de Bashung, ils joueront aussi sur les deux albums suivants.

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Assez rockabilly/rock'n'roll par moments, Pizza offre donc des classiques. Des chansons généralement assez courtes, la plus longue, Fan, ne durant que 4 minutes et des poussières (et est de loin la plus étendue). Cette chanson, qui sera 'reprise' par Gérard Darmon dans le film Le Beauf (dont Bashung a signé la musique, et dans lequel il apparait dans son propre rôle dans une scène de concert ; Boris Bergman aussi apparaît dans le film, mais dans un rôle fictif, pas dans un caméo) de 1986, cette chanson, donc, est une des plus grandes réussites de cet album. Une chanson qui résume parfaitement l'ambiance rockab' de Pizza. Tout comme Ca Cache Quekchose, au riff épatant, aux paroles délirantes (Le lion d'la Metro exagère, il veut plus bouffer du Mayer... ou Ma bignole lit Rock'n'Folk, ses bigoudis vont friser l'incident). Ou les plus secondaires L'Araignée (que j'aime cependant beaucoup) et J'Sors Avec Ma Frangine (mouais...). Le seul morceau que je trouve vraiment en trop, ici, qui ne me plait pas trop, est Retours, d'ailleurs. Sinon, Idylle Au Caire et J'Sors Avec Ma Frangine ne sont pas extraordinaires, mais elles sont amusantes. Elles sont courtes, aussi, moins de 3 minutes (si on excepte Privé, aucune chanson de la face A n'atteint 3 minutes, tout en en faisant au moins 2,30 quand même), ce qui fait qu'on les écoute sans trop de souci, sans les zapper. Ou alors, faut vraiment les détester !

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Pochette de la réédition CD

L'album aligne cependant des classiques, Ca Cache Quekchose, Privé (ambiance parfaite), Vertige De L'Amour, Rebel (Yé n'en peux plous...), Fan, Reviens Vas-T-En, et j'ai même envie de citer Aficionado (entendue brièvement dans le film Le Beauf, d'ailleurs), rien que pour cette intro grandiosissime (une ligne de basse parfaite et ces paroles d'intro, Ma femme s'est fait mettre un but par l'arrière-droit du Racing, j'aurais préféré le PUC ; faut qu'j'en parle à Justine). La chanson contient le titre de l'album dans ses paroles, pour l'anecdote à la con ! Un album souvent très drôle, avec des paroles assez délirantes bien dans la norme bergmanienne (pas Ingmar, mais Boris) et des mélodies souvent assez légères, rockab'/pop-rock. Parfois un peu variétoche, il est vrai (les claviers de L'Araignée, Idylle Au Caire...), mais bien dans son époque. Dans l'ensemble, Pizza, qui sortira en vinyle sous une pochette différente de celle du CD (pochette originale, tout en haut), est un bon cru de Bashung, mais pas son meilleur, ni un de ses 5 meilleurs. Ca sera un gros, gros succès commercial, ce qui entraînera un accès de Bashung au rang de star populaire. Pas vraiment préparé, après toutes ces années de disette (des singles bideux dans les années 60, deux premiers albums au succès mitigé dans les années 70), à un tel revirement, Bashung décidera de risquer cette popularité avec un disque ultra sombre, dépressif, glauque et expérimental, conçu avec Serge Gainsbourg pour les textes (la collaboration avec Bergman est mise en parenthèses pour quelques années, jusqu'à 1986), un disque radical qui sera hélas un bide à sa sortie en 1982, mais est depuis considéré comme un de ses sommets, j'en ai déjà parlé ici maintes fois, et son titre sera les derniers mots de ma chronique : Play Blessures.

FACE A

Ca Cache Quek'chose

L'Araignée

J'Sors Avec Ma Frangine

Aficionado

Idylle Au Caire

Privé

FACE B

Vertige De L'Amour

Rebel

Retours

Reviens Va-t-en

Fan