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Après le succès monumental de Sarbacane, en 1989, Francis Cabrel est définitivement devenu hype. Il sait que son nouvel album ne doit pas décevoir, surtout pas, ça serait faire un grand pas en arrière. Alors il prend son temps. Il avait déjà mis 5 ans, après Photos De Voyages (et son tube Encore Et Encore), avant de refaire un disque, qui sera Sarbacane. Et depuis, c'est devenu son rythme de croisière, 5 ans (4 au minimum) entre deux albums studio. Cinq ans après Sarbacane, Cabrel entre en studio, en début janvier 1994, à Toulouse et Paris, pour coucher sur bande 10 chansons écrites durant l'intégralité de 1993 (en deux périodes, début et fin d'année ; je le précise, car c'est précisé dans le livret !). L'album, qui sortira, et ça sera une première pour Cabrel et une des premières pour la chanson française, dans un boîtier en forme de livre-disque de toute beauté, l'album, donc, s'appelle Samedi Soir Sur La Terre. La pochette représente deux danseurs. Imprimés par dessus, en lettres glacées transparentes, les noms de plusieurs grandes villes du monde (mon exemplaire CD possède d'ailleurs un bug : Santiago y est écrit Santagio, et San Francisco, Sans Francisco !). A l'intérieur du livre-disque, évidemment, les paroles, sobrement imprimées du du papier épais de bonne qualité, et, ensuite, les crédits, photos des musiciens et de l'équipe technique, et, au bout, un encart avec le disque dedans. Cette présentation sera dès lors une constante pour Cabrel : ses albums suivants sortiront tous dans un livre-disque de ce genre. Une manière pour lui de récompenser l'acquéreur de ses disques, qui paie pour l'objet plutôt que de le copier, et qui, en échange de son argent, mérite donc de se retrouver avec un bel objet. Jean-Jacques Goldman fait de la sorte, aussi, et même encore plus fort (boîtiers en métal).

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Mais revenons au disque. Si Sarbacane était quasiment parfait, Samedi Soir Sur La Terre, lui, l'est entièrement. 50 minutes (son disque studio le plus long à l'époque, plus maintenant) remarquables. Il faut dire que Cabrel s'est entouré de musiciens fabuleux, certains ne sont d'ailleurs pas sur un disque de Cabrel pour la première fois (et collaboreront encore avec lui) : Bernard Paganotti (basse), Denys Lable (guitare), Manu Katché (batterie), Denis Benarrosh (batterie, percussions), Michel Françoise (guitare), Jean-Pierre Bucolo (guitare dobro sur un morceau), Michel Gaucher (cuivres), Gérard Bikialo (claviers, cordes), Jean-Louis Roques (accordéon)... à l'équipe technique, Ludovic Lannen, Sébastien Bramardi et James Farber seront de la partie sur d'autres albums du chanteur. Une équipe soudée, au service d'un chanteur ici à son sommet, livrant clairement le magnum opus de sa carrière. L'album, dans un sens, n'a qu'un défaut, foutre ses classiques (Octobre excepté) en début de programme : le disque commence par le tétanisant et sublime La Corrida (avec ce final hispanique faisant intervenir le chanteur des Gypsy Kings, Otras vidas, y otras toros, y mataremos otros/Venga, venga a bailar, y mataremos otros...), chanson tubesque et parfaite narrant une corrida du point de vue de sa victime, le taureau, une chanson farouchement anti-corrida. Puis, si on excepte le court et efficace blues Assis Sur Le Rebord Du Monde, la suite, jusqu'au titre 5 inclus, est constituée de singles à succès, de tubes : La Cabane Du Pêcheur, Samedi Soir Sur La Terre (un tube malgré ses quasi-7 minutes), Je T'Aimais, Je T'Aime, Je T'Aimerai (sur son enfant). Cabrel, au moment de choisir l'ordre des morceaux, a placé ainsi tous les tubes potentiels en ouverture, ce qui fait des 25 premières minutes de l'album une des meilleures séquences musicales (en vinyle, ça aurait été une première face parfaite, forcément) ; mais on se dit que les morceaux suivants, qui représentent une durée similaire, pourraient être moins forts. Je veux dire, quand on écoute le disque pour la première fois. Une fois Je T'Aimais, Je T'Aime, Je T'Aimerai achevé, on passe, dès Les Vidanges Du Diable, dans l'inconnu.

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Mais cet inconnu n'est pas moins réussi que les 25 premières minutes du disque. Sincèrement, rien, sur la deuxième partie de l'album, n'est mauvais, encore moins moyen. Les Vidanges Du Diable est une chanson remarquable, L'Arbre Va Tomber, rythmée par l'accordéon de Roques, est une chanson certes un peu trop longue (5,30 minutes) mais sympathique et efficace sur la marche du progrès, qui implique de massacrer la nature, Octobre (qui sortira en single) est une complainte/ballade de toute beauté, pleine de mélancolie (je vous défie de ne pas avoir le coeur serré à son écoute), sur un mois glacial et en même temps magnifique. Ensuite, le long (quasiment 7 minutes) Le Noceur, avec notamment des choeurs de Carole Fredericks, est une chanson bluesy assez amusante sur un dragueur invétéré et richard qui, dans sa belle bagnole, tente sa chance en draguant des jeunes femmes de milieu modeste, un chasseur attendant sa proie, et se faisant vertement tancer par une serveuse qui n'est pas dupe (Elle a dit 'no sir, no sir'...). Après ce long morceau, l'album se finit sobrement, tristement, acoustiquement, avec Tôt Ou Tard S'En Aller, magnifique chanson baignée par le dobro de Bucolo, une chanson mélancolique faisant partie des sommets du disque. Un disque, on le voit, parfait, rien à retirer. J'aurais juste préféré, à la rigueur, un meilleur dispatching des tubes, une meilleure alternance entre classiques et chansons moins impactantes. La première partie donne l'impression d'écouter un best-of, franchement. Mais ce défaut n'en est pas vraiment un, c'est juste un petit reproche que je fais à Cabrel, reproche pas musical, car des morceaux à leur interprétation (vocale et instrumentale), en passant par la production, et le packaging, tout, tout, ici, est d'une perfection absolue. Samedi Soir Sur La Terre n'est pas seulement (et toujours actuellement) le sommet de Francis Cabrel, c'est aussi un des meilleurs albums de chanson française qui aient jamais été faits, toutes périodes confondues. A posséder impérativement. Je ne parle pas à la légère. Im-pé-ra-ti-ve-ment.

La Corrida

Assis Sur Le Rebord Du Monde

La Cabane Du Pêcheur

Samedi Soir Sur La Terre

Je T'Aimais, Je T'Aime, Je T'Aimerai

Les Vidanges Du Diable

L'Arbre Va Tomber

Octobre

Le Noceur

Tôt Ou Tard S'En Aller