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 Aaah, Dire Straits, l'archétype (enfin, un des archétypes) du son pop-rock 80's. La machine à tubes qui passent encore à la radio, ces Sultans Of Swing (une semaine sans qu'elle ne passe sur RTL2 est une mauvaise semaine, du moins ça semble le credo de la station), Romeo And Juliet, Lady Writer (qui ne fut pas un si gros succès que ça à sa sortie en 1979), Walk Of Life, Money For Nothing... Deux de ces tubes sont sur l'album que je réaborde aujourd'hui, un album sorti en 1985 et qui a l'insigne honneur d'être sorti à peu près en même temps que le CD (je parle de la sortie mondiale du CD, car sinon, ce format existait déjà, au Japon, vers 1983 ou 84, et 52nd Street de Billy Joel y fut le premier album à avoir été commercialisé en CD, quelques années après sa première sortie). Il a aussi un autre honneur : celui d'avoir été, pendant 7 ans, le dernier album studio du groupe (Dire Straits s'arrêtera en effet après la tournée mondiale achevée en 1986, et ne reviendra qu'en 1992, le temps de l'album On Every Street et d'une tournée mondiale immortalisée par le live On The Night, puis absolutely curtains, comme on dirait chez les Pink Floyd, et si vous n'avez pas pigé celle-là, c'est que vous n'êtes pas un fan des Pink Floyd, mais passons). Je veux bien entendu parler de Brothers In Arms, 55 minutes (47 en vinyle, des morceaux ont été raccourcis) qui, en 1985, ravagèrent les ondes FM et les charts mondiaux, meilleure vente d'albums en Angleterre et un peu partout dans le monde civilisé (pour la Corée du Nord, je n'ai pas les chiffres, mais je peux les imaginer), USA inclus, malgré que c'était Reagan à l'époque. Cet album à la pochette magnifique (une guitare National hissée dans un ciel nuageux, le tout dans un cadre sur fond bleu clair) est incontestablement un des meilleurs opus du groupe, à ranger aux côtés de Communiqué (1979) et Love Over Gold (1982). C'est aussi un des meilleurs albums de pop-rock des années 80, et je ne dis pas ça en l'air, c'est vraiment un des albums les plus parfaits de cette décennie capable du meilleur comme du pire (et je n'ai pas le coeur à citer quelques uns des pires albums des années 80). C'est, enfin, un des albums les plus tristes, presque dépressifs, qui soient, ce qui est parfaitement mis en exergue dans le texte inclus dans le livret de la réédition CD de l'album.

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L'album contient neuf titres, et parmi eux, cinq sont assez lents, mélancoliques ou tristes ; et parmi les neuf titres de l'album, trois font allusion à la guerre. Le groupe est alors constitué de Mark Knopfler (chant, guitare), John Illsley (basse, choeurs), Alan Clark et Guy Fletcher (claviers), et des batteurs Omar Hakim et Terry Williams. Plus le guitariste Jack Sonni. Précisons cependant que Hakim et Sonni ne sont pas membres du groupe, mais membres d'appoint. Précisons aussi que des musiciens de studio invités participent à l'album, comme le bassiste Tony Levin, les frangins Michael et Randy Brecker (respectivement axophone et trompette) et le saxophoniste Malcolm Duncan. Retour aux chansons de l'album. Comme je l'ai dit plus haut, deux des plus gros tubes de Dire Straits sont ici, Money For Nothing (sur lequel Sting se fait entendre en seconde voix) et Walk Of Life. Deux tubes qui passent encore à la radio et qui sont certes excellents (enfin, Walk Of Life est tout de même le morceau le moins bon de l'album, il est limite énervant à la longue avec ses claviers entêtants et ses whoo-hoo répétitifs), mais vraiment pas représentatifs de Brothers In Arms. Trop joyeux par rapport au reste de l'album (One Wold excepté), trop tubesques. Money For Nothing, long de 8,25 minutes en CD et de 7 minutes sur le vinyle (et considérablement  raccourci en single et passages radio, évidemment) est une jubilatoire chanson qui démonte allègrement MTV (citée, carrément, dans le texte) et qui se passe dans un magasin d'électroménager, il n'y à que Dire Straits pour faire ça. L'intro, planante, suivie de ce riff monumental qui parsème le reste du morceau, est absolument grandiose. 

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Mais le coeur de Brothers In Arms réside dans le reste de son tracklisting. L'album, produit à la perfection (de même que The Dark Side Of The Moon de Pink Floyd, cet album a longtemps servi de disque-test pour les vendeurs en hi-fi, pour montrer la technicité des lecteurs CD, à l'époque où ils déboulaient sur le marché), prend son temps pour installer une atmosphère de mélancolie, de spleen. So Far Away, qui ouvre le feu, est une merveille contant la tristesse d'un homme esseulé, attendant près du téléphone que celle qui l'a quitté rappelle pour dire qu'elle revient, mais il n'ose y croire vraiment. Why Worry (plus de 8 minutes en CD, et seulement 5,30 minutes en vinyle) est une douceur aux claviers magnifiques et à la guitare bluesy et imparable, sur un homme consolant sa petite amie (du moins, il me semble). Your Latest Trick, avec ses cuivres sublimes, est une merveille jazzy au parfum de fin de nuit. Ride Across The River, le premier morceau de la seconde face (une seconde face sur laquelle aucun titre, sur le vinyle, n'a été raboté par rapport au CD, contrairement à la face A sur laquelle seul Walk Of Life dure aussi longtemps, quel que soit le support), parle d'une unité de soldats évoluant en territoire ennemi, dans un pays inconnu, au cours d'une guerre (ou guerilla) inconnue, fictive ou réelle. Ambiance un peu latino, avec flûte à l'appui, ce morceau de 7 minutes ouvrira certains des concerts de la tournée, si pas tous d'ailleurs, et y durait, souvent, 10 minutes absolument sublimes. The Man's Too Strong parle d'un homme accusé d'être un criminel de guerre, et se défendant comme il peut. Les refrains sont, guitaristiquement, tapageurs. One World est une récréation pop-rock assez incongrue, un des morceaux les moins bons de l'album, mais c'est du Dire Straits, ça reste du bon boulot. Enfin, Brothers In Arms, 7 minutes incroyables, est une splendeur absolue sur la guerre et ses atrocités, via un soldat mortellement blessé, en train de succomber, dans un pays étranger où il est venu pour se battre pour des raisons qui lui échappent. La chanson, écrite en 1982 alors que l'Angleterre et l'Argentine s'écharpaient pendant cette conne de guerre des Malouines, est une diatribe virulente mais douce-amère contre la guerre, son solo de guitare final, encore plus sublimé en live, est un modèle du genre. Une conclusion d'album parfaite, aussi bien par rapport au climat général de Brothers In Arms qu'en tant que final d'album en général, rares sont les albums à se terminer sur une chanson aussi mémorable que celle-là. Et en ces temps reculés de MTV, de new-wave (cependant, en 1985, ça commençait à battre de l'aile) et de hair-metal, un album comme celui-ci est un vrai miracle, pas isolé (So de Peter Gabriel, Hounds Of Love de Kate Bush, les deux premiers Sting solo, sont du même acabit), mais quand même relativement rare. Brothers In Arms a considérablement bien supporté le test du temps, comme les autres albums que je viens de citer à l'instant. Ultra recommandé !

FACE A

So Far Away

Money For Nothing

Walk Of Life

Your Latest Trick

Why Worry

FACE B

Ride Across The River

The Man's Too Strong

One World

Brothers In Arms