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 1980 est l'année de l'apparition des premiers Walkmans cassette. Et l'année de sortie du troisième album de Dire Straits. Ce détail apparemment sans importance sur les Walkmans est directement puisé dans les notes de pochette de la réédition CD de ce troisième album, apparemment sorti au moment de l'apparition de ce nouveau support d'écoute sur le marché. Histoire de dire que le groupe a toujours été au top avec les nouvelles technologies, précisons aussi que Brothers In Arms (1985), le cinquième opus du groupe, sera un des tous premiers albums au monde (si ce n'est même le premier, je crois) à sortir en CD. Mais j'en reparlerai. En attendant, revenons à 1980. Année du début du vrai gros succès international pour le groupe, après deux albums remarquables, et ayant bien marché (Communiqué sera le premier album à, en Allemagne, atteindre le N°1 des ventes dès sa première semaine). Mais Mark Knopfler, qui vient de se séparer de son frangin David (le groupe est donc à trois, désormais, du moins pour ce disque), sait qu'il faut à tout prix conquérir le marché ricain. C'est pourquoi Making Movies, troisième opus du groupe, produit par Knopfler et Jimmy Iovine, possède un son si yankee. Pas seulement à cause de sa production co-signée Iovine, ni de la participation amicale du claviériste du E-Street Band de Springsteen (Roy Bittan), mais aussi à cause de ses mélodies, de son ambiance fous le feu, rock fever, rock partout. Clairement plus accessible que Communiqué, Making Movies, pourtant, ne possède que 7 titres (pour 38 minutes ; c'est le disque le plus court du groupe), 7 morceaux allant de 3,15 minutes pour le plus court à carrément 5 minutes de plus pour le plus long. Et les deux morceaux les plus longs (enfin, le plus long et un des plus longs) sortiront en singles, et seront matraqués en radio.

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Le disque sort sous une pochette quasi-intégralement rouge, à l'exception du côté droit (et gauche, au verso) qui est bleu. Pas spécialement belle, cette pochette représente évidemment un clap de cinéma, allusion au titre ('faire des films') qui est tiré des paroles de Skateaway. A l'intérieur (pochette simple), la sous-pochette est du bleu de la bande du clap, avec les paroles, et trois photos individuelles avec bordures très cinématographiques. Je vais encore ne fois citer à peu près les notes de pochettes du CD (signées John Collis) qui disent que le titre de l'album, allusion évidente au Septième Art, est aussi en rapport avec les chansons, qui sont toutes autant de petits scénarii en attente de réalisateur. Des petites vignettes, des tranches de vie. Enfin, des chansons, quoi. Pour être tout à fait honnête, je n'ai jamais été fan de Making Movies. Ce disque, qui fut mon deuxième Dire Straits derrière Communiqué, m'a toujours déçu. Attention, je ne dis pas que l'album est raté, non ; mais il est trop américanisé, surfait, un peu prétentieux et surtout, pas très sincère. Les deux premiers albums ont une touche brute, claire, assez personnelle. Ce troisième opus, fait pour toucher les masses populaires, pour cartonner, pour toucher les USA, est impersonnel, une oeuvre totalement commerciale. OK, il y à de grandes chansons ici : Tunnel Of Love déchire tout, réellement (ce solo final est d'enfer), Romeo & Juliet, ce tube, est une pure merveille, Hand In Hand, nettement moins connue, est une ballade très touchante et personnellement mon préféré ici, et Skateaway est très sympathique (mais un peu longue, 6,40 minutes). Le reste ? Expresso Love sera d'enfer en live (sur Alchemy de 1984), mais en studio, mouais... Quant à la paire finale, Solid Rock et Les Boys, désolé, mais ça sera sans moi. La première est la plus courte du disque (et heureusement) et est un rock à la Springsteen sans intérêt (de la part de Dire Straits, je veux dire). Les Boys, elle, chanson sur des homosexuels munichois, est une plaisanterie, ça ne peut être que ça, c'est d'un ridicule (et la prononciation de Knopfler, qui ne dit pas les boys à la française, mais less boys...)...et en plus, elle achève l'album. Une conclusion ratée, réellement (les deux dernières chansons, pas seulement Les Boys).

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 Vous vous direz sûrement sept chansons, et sur ces sept chansons, le ClashDo, il en cite quatre de très bonnes voire d'excellentes ; c'est donc une bonne moyenne. Oui, dans un sens, c'est même une très bonne moyenne (si on additionne la durée des meilleurs titres, on a environ 25 minutes de réussies sur les 38 minutes de l'ensemble). Mais le fait est que le son de l'album est si impersonnel et américanisé que je n'arrive pas à m'y faire, à ce disque. Ca plus sa conclusion foirée font que Making Movies est l'album du groupe qui me branche le moins, je préfère même On Every Street (1991, album pourtant trop long et inégal). Et je sais que ce vous allez dire, vous qui connaissez un peu les albums du groupe : Brothers In Arms (1985) est lui aussi très pop. Oui, mais il y à une profondeur, dans Brothers In Arms, une atmosphère, que Making Movies n'a pas. La seule chose de positive que je trouve à dire sur ce disque est que sa face A est vraiment réussie (enfin, les deux premières chansons surtout), et que Hand In Hand est une merveille. Et aussi que le succès arrive enfin pour le groupe, le succès mondial, et que ça y est, la machinerie est en place. Dire Straits devient hype, monstrueux, géant, et on commencera vraiment à saliver en attendant le prochain album? Qui sortira deux ans plus tard et mettra tout le monde d'accord, mais ça, j'en reparle bientôt.

FACE A

Tunnel Of Love

Romeo & Juliet

Skateaway

FACE B

Expresso Love

Hand In Hand

Solid Rock

Les Boys