VOULZY 7

Son premier album, sorti en 1979, deux ans après le cataclysmique et triomphal succès de son single Rockollection, a permis à Laurent Voulzy de définitivement se faire un nom (depuis 1972 qu'il essayait, annuellement, avec des singles qui ne marcheront pas, de percer, tout en composant, depuis 1974, les mélodies des chansons de son pote Alain Souchon qui, lui, en échange, lui signe les paroles de ses chansons). A une époque où on attend d'un artiste ou d'un groupe qu'il défouraille un disque par an, entrecoupé de singles tous les deux mois, Voulzy, lui, va attendre...4 ans, avant de refaire un disque. Bon, il sortira des singles entre temps, c'est vrai, travaillant ainsi à la britannique. C'est ainsi qu'on a pu entendre, entre 1979 et 1983 (année de sortie de son deuxième album) des chansons telles que Surfing Jack (1980), amusante mais très mineure chanson en mode Beach Boys, et Idéal Simplifié (1981), hilarante et très réussie chanson au refrain inoubliable (Chérie come on, ça fait pas pipi loin mais qu'est-ce que ça sonne). En face B de ce single, une chanson, Ricken, complainte d'un musicien ayant perdu sa guitare Rickenbaker et se demandant bien quelle vie elle va pouvoir avoir, sans lui mais a vec son nouveau propriétaire, qu'il soit le voleur ou celui qui la retrouvera. Cette chanson se retrouvera deux ans plus tard, en 1983 donc, sur le deuxième album, lequel s'appelle Bopper En Larmes. Un album sorti sous une pochette assez moyenne (un Voulzy dessiné, le dessin est découpé en pièces de puzzle et Voulzy tient dans ses mains une des pièces, situées au niveau de son cerveau, le tout, sur fond orangé) et d'une durée bien plus généreuse que le précédent album : il dure en effet 45 minutes, soit 11 de plus que le précédent, et ce, pour un total de 13 titres allant de 43 secondes pour le plus court à 6,40 minutes pour le plus long. 

LV5

A sa sortie, l'album, qui marchera bien mais sans casser la baraque non plus, sera qualifié par la presse spécialisée (Rock'n'Folk notamment, qui parlera par la suite assez rarement de Voulzy dans ses pages, pour le moins), de parfait représentant du meilleur de la pop française à l'époque. Force est de constater que ce disque chichement sorti (je veux dire, niveau artwork, c'est décevant, on n'a ni les paroles, ni les crédits, du moins mon édition vinyle n'en a pas) et attendu comme le Messie par les premiers fans de Lolo Star est un régal dans son genre. C'est aussi un disque incroyablement original, varié, on trouve quasiment de tout ici : pop, chanson, délire, rock, musiques du monde, folk, chanson engagée (restons relatif, c'est Voulzy, donc ne vous attendez pas à des paroles violentes), surf music, proto-électro, il manque juste du hard-rock en fait et ça serait bien complet. L'album est orné de plusieurs singles qui marcheront assez bien, quatre finiront sur le premier best-of (sorti en 1989) de Voulzy : Bopper En Larmes (bien remuant, au refrain fédérateur), Ricken dont j'ai déjà parlé, Liebe que Voulzy ne cessera jamais de jouer live (sur le live au Mont Saint-Michel sorti il y à quelques mois, la version qu'il en donne est à frissonner) et qui prône l'amour universel, utilisant l'allemand et le français l'air de dire allez, on se réconcilie, les mecs ; et on a aussi Black Poule (qui ne se trouvera pas sur le best-of, à la place ça sera l'atmosphérique et quasiment instrumental Mayenne, sublimissime morceau méconnu), chanson qui se rapproche le plus, pour Lolo Star, de la chanson à message, on y parle de racisme, un peu partout dans le monde (on y cite ausi bien Johannesbourg, la chanson critiquant notamment l'Appartheid, que Baltimore, Dallas, Birmingham en Alabama, ainsi que Levallois ou Charenton-le-Pont !), avec des paroles certes assez faciles, assez simples (Vous êtes pas cools avec les black poules) mais l'essentiel est que le message passe. 

LV6

L'album alterne entre chansons de durée classique (Black Poule est cependant plus longue, plus de 6 minutes, ainsi que le très policien En Pas Oublié' Ou, stratosphérique à donf') telles que Liebe, Ricken, Bopper En Larmes et Jalousie, et morceaux plus courts, des intermèdes plutôt qu'autre chose, mais tout franchement super réussis, comme Meu Samba Pra Voce (première incartade de Lolo Star, bien des années avant Belem, dans la musique brésilienne, ce morceau est chanté en brésilien et est une belle manière, pour Voulzy, de rendre hommage à un de ses héros musicaux, Baden Powell), Cadillac Cruise (surf music !), Plus D'Un Milliard De Filles et le très très court et acoustique Aut' Chose, son Her Majesty à lui. Non pas que Bopper En Larmes soit son Abbey Road, hein, mais la courte durée et la musicalité de ces deux morceaux de fin d'album m'a toujours fait les rapprocher l'un à l'autre. C'est con, je sais, mais que voulez-vous... En tout cas, ce deuxième album de Voulzy, et qui restera son deuxième pendant 9 longues années (il faudra en effet attendre 1992 pour un nouvel album, mais dans l'intervalle, Voulzy sortira moult singles à succès pour faire patienter ses fans : Désir Désir, Le Soleil Donne, Les Nuits Sans Kim Wilde, Belle-Île-En-Mer, Marie-Galante...), est un de ses meilleurs, pas son sommet absolu (le suivant, justement, sera imparable, et Lys & Love, bien plus tardif, aussi), mais son troisième meilleur. Paradoxal mais vrai, c'est aussi, probablement, son moins connu de nos jours. Sans doute parce qu'il est le moins rentre-dedans, il faut du temps pour entrer dans ce très chamarré univers musical, entre morceaux courts et styles musicaux qui varient quasiment d'un morceau à l'autre. Mais au final, quel album génial !

FACE A

Bopper En Larmes

Mayenne

Black Poule

Meu Samba Pra Voce

L'Océane

Ricken

FACE B

Cadillac Cruise

Liebe

Plus D'Un Milliard De Filles

Flirt

Jalousie

En Pas Oublié' Ou

Aut' Chose