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Entre /Différences en 1985 et cet album, il n'y à, dans la discographie de Michel Berger, qu'un album live, que j'ai par ailleurs abordé hier, Au Zénith. On l'a vu, un live correct mais daté, qui souffre des tares de son époque mais offre tout de même de bons, très bons moments. Berger n'était pas une bête de scène, sa timidité légendaire l'a empêché de faire des tournées interminables à la Hallyday/Goldman, donc ce document live, un de ses rares, est tout de même à écouter ne serait-ce que pour ça. Quant à /Différences, de 1985, c'est, on l'a vu l'autre jour, un excellentissime album, très pop à la Goldman, un de ses meilleurs. Après son album live, Berger va bosser sur un album de sa femme, Babacar (sorti en 1987, j'en reparle logiquement dans quelques jours), et une nouvelle version scénique de Starmania, avec Maurane notamment, va aussi le monopoliser. Berger ne va refaire un disque studio qu'en 1990, et ça sera son dernier album solo. Il est sorti sous une pochette bleue (à bordures blanches) le montrant, en noir, pensif, bras croisés. L'album est son plus long, il dure en effet 50 minutes (et 7 secondes), n'offre malgré cette durée que 9 titres, et s'appelle Ca Ne Tient Pas Debout. Il a été enregistré avec les musikos habituels, Jannick Top (basse), Claude Salmiéri (programmation de batterie), accompagnés de Michael Brecker (saxophone), France Gall (choeurs), Ira Siegel, Eddie Martinez et Michael Thompson (guitares), Jimmy Bralower (programmation de batterie) et Jeff Bova (synthétiseurs). 

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Cinq ans, donc, entre /Différences et ce Ca Ne Tient Pas Debout. L'attente a été longue, interminable même pour certains j'imagine. Au final, cette attente sera amplement récompensée, cet album de 1990, avec son gros, gros hit à la clé, est un des meilleurs albums de l'artiste. Un disque moins pop que les deux précédents, qui revient un peu (avec des sonorité quand même plus modernes : les programmations, synthés) au style des premiers opus. L'album n'est pas joyeux, il est au contraire mélancolique, voire même triste, c'est un album aussi intérieur que le Où Est La Source ? de Michel Jonasz. On y trouve donc un gros hit, Le Paradis Blanc, chanson mémorable, immense, les mots me manquent. Plus jeune, je pensais que Berger était mort de maladie, de longue maladie, et qu'il se savait mourant et avait écrit cette chanson comme un testament, à la manière de Queen avec The Show Must Go On. Bah non. Berger est mort d'attaque cardiaque, le genre de chose imprévisible, il était sinon en bonne forme, et de toute façon, ne mourra que deux ans après cet album et cette chanson. Reste que la chanson parle de la mort, évidemment, de sa mort, qu'il imagine, attend presque, avec solennité, sérénité surtout. C'est assez troublant. C'est même vraiment troublant. Un chanteur qui, en forme, jeune (il est mort à 44 ans, il n'en avait, donc, ici, que 42), chante sur sa mort, qu'il imagine déjà, qu'il accepte déjà. Deux ans plus tard, alors que personne n 'a oublié la chanson (qui a squatté les radios entre sa sortie et la mort de Berger, et plus encore après, évidemment), il meurt. La chanson devient une épitaphe. 6 minutes de splendeur indescriptible, apaisante et irréelle, paradisiaque. 

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Le reste de l'album est un régal (le morceau-titre, Chanson Pour Man Ray, L'Orange Bleue, Privé D'Amour, A Quoi Il Sert...faudrait tout citer !), qui s'impose clairement, et s'étend, tout du long de ses 50 minutes imparables. Si le morceau-titre est le plus énergique (le seul énergique, en fait) de l'album et sert magnifiquement d'ouverture, il est cependant trompeur, on s'attendrait presque à un disque aussi pop/rock que /Différences, alors qu'on a un Que L'Amour Est Bizarre en plus moderne. Le seul reproche à faire, ici, à la rigueur, c'est l'absence de batterie réelle, remplacée par les programmations, une tare de l'époque. Sur les morceaux calmes (quasiment tout...), ça fait un peu percussif, sobre, mais tout de même synthétique. Sur le morceau-titre, assez enlevé, ça fait vraiment robotique et pas du meilleur effet, mais je chipote un peu. Ca Ne Tient Pas Debout, dernier album solo de Berger (deux ans plus tard, juste avant sa mort, il sortira un disque en duo avec France Gall), est clairement un de ses meilleurs. Ce qui est aussi le cas des deux précédents albums studio, pas mal, non ?

FACE A

Ca Ne Tient Pas Debout

A Quoi Il Sert

Les Enfants Chantent Toujours

Privé D'Amour

FACE B

Le Paradis Blanc

Danser Sur La Glace

L'Un Sans L'Autre

Chanson Pour Man Ray

L'Orange Bleue