LAVILLIERS 1

Sorti en 1980, O Gringo est l'album du bouleversement pour Bernard Lavilliers. Le début de sa carrière était, en effet, très sous influence Léo Ferré (ses tout premiers albums), puis Lavilliers a commencé à faire de la chanson très engagée et énergique, parfois à la limite du rock, dans les années 70, avant de passer, en 1980, définitivement à un son sous influence reggae/latino/exotique. Vrai baroudeur (et culturiste) cultivant une image de mauvais garçon, ancien délinquant juvénile (déserteur de l'armée, il a fui le pays, jeune adulte, pour partir au Brésil, a été rattrapé et envoyé pendant un an en taule militaire à Metz), Lavilliers, Bernard Oullion de son vrai nom, est en effet un amoureux des cultures et musiques latino/américaines, afro/américaines, africaines, bref, exotiques. Ce disque, 44 minutes (une des images plus bas est le dos d'une édition vinyle ; ça me semble bizarre que deux des titres occupent à eux seuls une face entière, et que cette édition vinyle soit, apparemment, double, car, sincèrement, 44 minutes, ça tient parfaitement sur deux faces classiques ; n'ayant pas le disque en vinyle, je ne peux donc dire si l'illustration de pochette plus bas, juste en-dessous, est celle d'un vinyle collector, ou du vinyle classique), ce disque, donc, qui a été enregistré à Paris, Rio de Janeiro, Kingston (Jamaïque) et New York, offre moult classiques du baroudeur.

LAVILLIERS 2

Et quels classiques ! Traffic, Kingston, O Gringo, Pierrot La Lame, Stand The Ghetto (que Lavilliers, une quinzaine d'années plus tard, reprendra en version plus poussée encore), une reprise admirable du Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Vivent ? de Ferré et Aragon, ou bien encore La Salsa... En fait, c'est bien simple, pour quiconque apprécie Bernard Lavilliers, O Gringo, sous sa pochette le représentant hilare dans une piaule minable (avec un flingue dans la valise, des cendriers et verres bien visibles), O Gringo, donc, est un disque essentiel. Je ne saurais être suffisamment clair. Si Les Barbares, Pouvoirs et Le Stéphanois, trois de ses albums des années 70 (et indéniablement trois sommets de sa première période), sont immenses, O Gringo, en plus d'être immense, est un coup d'essai totalement maîtrisé pour el gringo de Santo-Etienno. Rien à jeter ici, même les deux titres les moins extraordinaires (Rock City, Attention Fragile) détonnent totalement. 

LAVILLIERS 4

Sachez que si je classe ce disque dans la catégorie 'chanson/variété/rock français', c'est de justesse, car l'album mériterait plus une catégorie 'musique latino/reggae'. C'est un disque admirable, un des meilleurs albums français des années 80 alors naissantes, et il faudra attendre quasiment 10 ans (1989) pour que Nanard refasse un disque au moins aussi remarquable (If). Non pas que ce qu'il a fait ensuite n'est pas bon, au contraire, il y à des albums excellents (Voleur De Feu, Etat D'Urgence), mais avec O Gringo et sa légion de classiques, il frappe fort, très fort, très très fort. En gros, un des albums essentiels pour quiconque désire se procurer des albums du Stéphanois (les trois albums cités dans le second paragraphe sont cruciaux aussi, tout comme le plus récent Samedi Soir A Beyrouth et n'oublions pas le superbe If) !

FACE A

Rock City

La Salsa

Traffic

O Gringo

Sertaô

FACE B

Attention Fragile

Pierrot La Lame

Stand The Ghetto

Kingston

Est-Ce Ainsi Que Les Hommes Vivent ?