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Pour ce huitième volet des pochettes légendaires, un disque qui, musicalement aussi, est totalement légendaire. Celle de Who's Next, des Who, sorti en 1971. Une pochette qui correspond parfaitement à son contenu. Il faut s'avoir qu'en 1970, boostés par le succès de leur double album conceptuel (un vrai opéra-rock) Tommy, les Who décident de faie un autre opéra-rock, qui serait double aussi, et qui, ils l'aimeraient, serait aussi en version film. Ce projet un peu fou, mégalomaniaque, ils décident de l'appeler Lifehouse, et en parlent à longueur d'interviews. La bande à Pete Townshend (guitare, claviers, gros nez) et Roger Daltrey (chant) commence à écrire des chansons, à les empiler, et ils enregistrent le disque. Mais l'ingénieur du son sur le projet, Glyn Johns, déclare que le projet ne marchera pas, aucun lien entre les chansons, aucune cohérence... Les Qui, s'ils persévèrent dans leur idée de double album conceptuel, vont droit dans le mur. Townshend est si anéanti par cette nouvelle qu'il manque de se foutre en l'air, un soir, bourré comme une armée de poivrots, s'il n'y avait pas eu une charmante jeune femme pour l'empêcher de sauter par la fenêtre... Mais Johns a une idée : faire de cette collection de chansons mortes-nées un disque studio simple, classique et potable. Il choisit 8 titres (entre temps, My Wife, interprété et écrit par le bassiste John Entwisle, est enregistrée et sera sur le disque ; la seule chanson de l'album, sur les 9, à ne pas être issue du projet Lifehouse), dont Won't Get Fooled Again et Baba O'Riley qui seront des génériques de spin-offs des Experts (Miami, Manhattan), et, ainsi, de Lifehouse naît Who's Next.

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Pochette prévue à la base

Un disque mythique que le groupe estimera cependant toujours être leur ratage, rapport sans doute à sa conception douloureuse et frustrante. Au fait qu'ils ne le voulaient pas ainsi. La pochette aussi est de ce genre : à la base, elle devait représenter un Keith Moon odieusement travesti en vieille pute, en posture aguichante (et ridicule, aussi). Le titre était tout trouvé, Who's Next, jeu de mots sur 'le nouvel album des Who' et 'à qui le tour ?'. Mais, un jour, de retour d'un concert, sur la route, le groupe, prétextant une envie de pisser, descend du mini-bus, et chacun soulage son besoin naturel sur une immense stèle de béton, moche comme un morpion coupé en deux, situé en pleine pampa britannique. Un photographe a la riche idée de les immortaliser le méfait accompli : traces sur le béton, Moon, Daltrey et Entwisle refermant leurs braguettes... Vuz, dans un sens, comme une réponse du groupe à Stanley Kubrick et son fameux 2001 : L'Odyssée De L'Espace (le bloc de béton ressemble au monolithe, malgré la couleur, et le fait de pisser dessus...), cette photo est une des plus fameuses du rock. Une pochette qui, comme le contenu, ne fut pas pensée comme telle, fut prise au dépourvu, et qui, au final, comme son contenu, marque durablement les esprits. Désolé pour cet article plus court que de coutume, mais je pense que tout a été dit ici. Mythique, cynique, drôle et prise au dépourvu, la pochette de Who's Next est une réussite absolue dans le genre. L'album aussi.