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Les fans le savent: Depeche Mode a toujours pris un malin plaisir à sortir des témoignages vidéo de leurs tournées. En fait, il y a à peu près un DVD live par album. On citera 101 (1988, réalisé par Anton Corbijn), le grandiose Devotional (1993, toujours réalisé par Corbijn), One Night In Paris (2001) ou le plus récent Tour Of The Universe: Live In Barcelona (2009). Des lives toujours excellement bien foutus dans leur format vidéo, dotés, qui plus est, d'une photographie sublime (Corbijn oblige... Et bien souvent, quand il ne réalise pas, il est quand même au générique... !). Malgré tout, il y a quelque chose de scandaleux, avec toutes ces merveilles du groupe de Martin Gore: en CD, c'est une catastrophe. Si 101 est bien représenté sous ce format et s'octroie un double album reprenant l'intégralité du show, le reste ne pisse pas haut du tout. Vous n'aurez Tour Of The Universe en CD que si vous vous procurez l'édition collector 2 CD/2 DVD (que je possède !)... Pour Devotional, le CD correspondant est tout connement Songs Of Faith And Devotion Live, donc, l'album studio correspondant, en version live. Mouaif. Cependant, le plus scandaleux reste sûrement le cas Touring The Angel: et là, je m'insurge. Le CD est à peu de choses près l'arnaque du siècle, puisqu'il ne propose du live à Milan QUE les morceaux extraits de l'album studio Playing The Angel, soit 7 morceaux (8 avec le bonus-track Damaged People que l'on trouve dans les bonus du DVD). Une cuvée CD bien minable, donc, qui ne rend pas du tout grâce au live complet, pourtant fabuleux. C'est pourquoi je vous propose aujourd'hui la chronique d'un DVD de concert... Mais quel DVD !

D'une durée de deux heures, sorti en 2006 et enregistré en 2005, Touring The Angel est donc le live logique de Playing The Angel, album monumental, à ce jour l'avant-dernier du groupe et, disons-le, un de leurs tous meilleurs, qui marque de plus un véritable come-back après un précédent opus plus ou moins foiré, Exciter (pas mauvais non plus, mais moyen). Ici, la triplette Dave Gahan (chant), Martin Gore (guitare, claviers, chant) et Andrew Fletcher (claviers) qui constitue le groupe, est secondée par Christian Eigner (batterie) et Peter Gordeno (claviers), deux habitués de Depeche Mode pour les concerts. La scène de ce live constitue la grande classe: une énorme boule indestructible sur laquelle sont marqués les mots Pain" (souffrance), "Love" et "Angel". Du reste, les synthés, à la forme ovale, donnent une vraie allure science-fiction à la scène. Rien que pour ça, c'est bien de posséder le DVD, parce que la scène happe indéniablement le spectateur. Du côté du show en lui-même, maintenant. Et c'est littéralement Byzance, le show en lui-même. L'intro bleutée, sur un fond musical terrifiant (qui est en fait l'outro de I Want It All, en studio), montre les zicos arriver un à un. Gahan n'est pas encore à poil, il a comme toujours la grande classe, bien sapé. Gore, ce génie qui représente à lui seul les trois-quarts de Depeche Mode (il a composé toutes les chansons du groupe, ou presque), ne se refuse rien: de grandes ailes d'ange noires dans le dos, une crête à paillettes sur les cheveux, et trois tonnes de maquillage... Un look très bien foutu, mais qui surprend à la première vision du DVD, nonobstant ! Mais nous ne sommes pas sur un blog de mode, parlons musique, bordel !! Nos cinq compères attaquent dans le vif. Le bleu rêveur des spotlights se transforme soudain en un rouge sanglant et A Pain That I'm Used To, l'immense intro de Playing The Angel,résonne. C'est au moins aussi efficace qu'en studio, Gahan pousse déjà ses fameux hurlements dévastateurs entre deux phrases, et le résultat est de haute volée. Ca promet ! S'ensuit, tout comme sur l'album studio, le très efficace John The Revelator, avant d'attaquer les classiques. Et hop, Gahan tombe la veste, se retrouve déjà à moitié torse-nu pour A Question Of Time, qui fait définitivement vaciller le spectateur du grand côté de la force. Celui qui fait se bouger. Niveau décor, c'est un compte à rebours qui défile sur les écrans derrière le groupe, installés en un joyeux bordel anti-symétrique... Policy Of Truth, que l'on attendait pas si tôt dans la setlist, est redoutable. Precious, le tube de Playing The Angel, est jouée dans une version plus douce que l'originale. Toutefois, l'instru centrale est merveilleusement rock, la gratte de Martin et la batterie de Christian Eigner forment une section d'assaut des plus absolues.

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Dès le début, le groupe nous prévient donc bien: on est face à du putain de concert. Walking In My Shoes est nickel, sublimée de fond en comble, tandis que la version de Suffer Well a du faire augmenter la vente de Playing The Angel dans la ville de Milan ! Mais le temps est venu pour Martin Gore de nous interpréter quelques chansons. Déjà, Macro, une nouvelle, pour l'époque. Il s'en tire bien, mais ce n'est pas non plus le moment le plus convaincant du show, malgré que sa gratte en forme d'étoile me fasse rêver... En revanche, juste après, vient Home. Et là, mes aieux... L'on est fasse à un immense moment d'émotion où, pour tout le monde à cet instant, il ne reste plus que Gore... Même si le rythme assure derrière, les caméras sont fixées sur lui, il tombe la crête à paillettes et se met à nu devant les milliers de personnes ayant assisté à ce concert. Déjà grandiose dans sa version studio, Home, ici, est tout bonnement monumentale, au sens premier du terme.

Retour à Gahan, et au nouvel (pour l'époque) album, avec I Want It All. Rien à voir avec la chanson de Queen, bien sûr. Pas facile de passer après Home, mais, preuve que cette setlist est bien foutue, I Want It All est, à la base, le sommet de Playing The Angel. Et elle est magnifiquement bien représentée en live, pas de doute là-dessus. The Sinner In Me est, quant à elle, nerveuse, bien latente, agressive, avec cette croix blanche sur les écrans géants. Immense. Et c'est la dernière chanson de Playing The Angel à être représentée. A partir de là, le live prend un tournant: ce n'est que du classique absolu. Rien de bien nouveau. I Feel You tient comme d'habitude toutes ses promesses, est un sommet de rock bien salace, ravageur, encore plus efficace qu'en studio. Agrémentée en plus, ici, de quelques belles images bien hot et suggestives sur les écrans. Gahan se fout enfin torse nu, ce qui devait bien arriver. Et ces mesdames dans le public pourront admirer ses multiples tatouages ! Behind The Wheel ne diffère guère de la version studio, elle est sympa, sans être l'un des sommets du live. Avec World In My Eyes, Gahan nous fait profier de ses talents de danseur. Une très bonne version, mais la viandasse arrive toutefois quand retentit le riff de Personal Jesus. Tout le monde sera aux anges, c'est du Personal Jesus comme Depeche Mode sait en faire le mieux, quoi ! Et personne, dans le public de Milan, ne manquera au rendez-vous de clamer un bon vieux «Reach out and touch faith !»... Enjoy The Silence est enfin, comme à son habitude, le grand moment de folie. Tout le public qui chante, les musicos ravis, un tonnerre d'applaudissements lorsque Gahan présente triomphalement Martin Gore... A propos de Gore, comment oublier, dans cette version forcément un peu extended, son gimmick démentiel qu'il lâche à un moment ? Bref, c'est le bouquet final d'une heure et demie de show constituant le paradis sur Terre, et le groupe s'en retourne déjà aux loges... Heureusement, comme dans tout bon concert, il y a les rappels. Premièrement, seul Martin revient sur scène, et Peter Gordeno aux claviers. En résulte un Shake The Disease piano/voix des plus touchants. Non content de son exceptionnel Home, Gore remet le couvert et signe un moment littéralement renversant, écrasant, l'un des plus hauts sommets du concert. Sa voix est immense et nous livre au final ce qui est probablement la plus belle version de ce classique du groupe. Inoubliable. Puis, à la suite de ce moment d'émotion, c'est tout le monde qui revient sur scène pour jouer devant un public en furie Just Can't Get Enough et Everything Counts, les deux premiers gros classiques de Depeche Mode, pour faire valser tout en new-wave les plus nostalgiques... Et hop, se barrent à nouveau, les salauds ! Mais on en veut plus, et, quelque part, on sent qu'eux aussi. On sent que ce n'est pas encore fini, que the show must go on... Pensez-vous, le groupe reviendra une dernière fois pour assurer la tuerie finale. Et cette tuerie, c'est évidemment Never Let Me Down Again, l'apothéose de deux heures de show, une version exceptionnelle achevant même les réticents au groupe. Enfin, pour une fin adoucie et belle, Gahan et Gore vont se retrouver sur le devant de la scène, pour assurer un véritable duo sur Goodnight Lovers. Ce sera la cerise sur le gâteau, la touche finale et ruisselante d'amitié entre les deux hommes, qui vient mettre un peu de douceur dans les oreilles des spectateurs, et est plus resplandissante, bien plus, que dans sa version studio originale.

Alors évidemment, le moment passé par vous et votre lecteur DVD est tellement grand, puissant, qu'on le trouvera trop court. Don't worry: il y a de quoi se consoler avec deux bonus-tracks interprétés par Martin Gore. Damaged People, sûrement une alternative à Macro certains soirs, est sublimée, de même que A Question Of Lust, qui est égale à elle-même, c'est-à-dire, une pure merveille à faire pisser dans son froc le sergent Hartman. Voilà donc pour Touring The Angel... Vous comprenez pourquoi c'est vraiment un scandale que ce live n'existe qu'en DVD, et ait pour équivalent CD un bien piètre disque d'une demi-heure... Pour fans du groupe, ou pour les gens qui souhaiteraient découvrir un peu plus Depeche Mode, ce concert est indispensable, voilà tout. Le seul reproche que l'on pourrait faire est que les durées de chaque chanson, marquées au dos du DVD, sont assez erronées. Mais on s'en fout, c'est un DVD...

Intro

A Pain That I'm Used To

John The Revelator

A Question Of Time

Policy Of Truth

Precious

Walking In My Shoes

Suffer Well

Macro

Home

I Want It All

The Sinner In Me

I Feel You

Behind The Wheel

World In My Eyes

Personal Jesus

Enjoy The Silence

Rappels:

Shake The Disease

Just Can't Get Enough

Everything Counts

Rappels 2:

Never Let Me Down Again

Goodnight Lovers