SHELLER 1

Ce disque est assez (et même très) étrange. Pas parce que c'est un album de William Sheller, même si cet immense artiste a son lot de disques étonnants (Lux Aeterna en 1972, par exemple). Mais Les Machines Absurdes, sorti en 2000, est, même pour Sheller, vraiment particulier. Court (39 minutes), ce disque est à la fois classique (dans le sens 'musique classique' : on a un orchestre de cordes), moderne (programmations), rock (des morceaux assez énergiques) et acoustique (le piano, omniprésent). A l'image de sa pochette, qui met un peu dans le bain, d'emblée, car on ne sait pas trop par quel bout prendre ce disque par ailleurs, autant le dire, sublimissime. 10 chansons sur ce disque enregistré avec peu de musiciens (peu sont crédités). Certains morceaux ont des titres très étranges, certains (quatre d'entre eux) ont même des sous-titres, comme pour donner des indices, des clés à la compréhension de l'album. Car, on le sent, il y à un message caché, un code à casser, pour bien apprivoiser l'album. Comme si ça ne suffisait pas, les textes des chansons ne sont pas disposés dans l'ordre dans le livret (je veux dire, l'ordre des chansons, car les textes sont en revanche, dans l'ordre), obligeant l'auditeur à sans cesse tourner les pages, dans un sens puis dans l'autre, ce qui est assez chiant.

SHELLER 3

Mais Les Machines Absurdes (joli titre qui est aussi celui d'une des meilleures chansons) est un grand album, et ce reproche (livret proposant les chansons dans le désordre) est le seul que je donne, et il n'est pas musical, ce reproche. Musicalement, on en prend plein la gueule, de la douceur classique de Parade et Chamberwood aux plus énergiques, rock Indies, Misses Wan, et aussi le lyrisme de Moondown (ma préférée avec Enygma Song). To You est une ballade au piano magnifique qui parle de l'écriture automatique, je me souviens d'un reportage une fois, sur TF1, reportage qui parlait de l'écriture automatique (comprendre, venant de l'au-delà), et dans lequel Sheller commentait, disant qu'il trouvait ce sujet passionnant au point d'en avoir fait une chanson. A-t-il vécu ça ou a-t-il été juste intéressé par le sujet, je ne sais pas. Autres grands moments, Athis, assez moderne, limite technoïde, et Sunfool. Mais tout est grandiose ici, même si la première écoute est quand même assez difficile, on est embarqué dans un univers assez étrange, on passe du lyrique au rock, puis de l'acoustique, puis de l'électro, puis retour au lyrique... Rien à voir avec le côté austère (uniquement voix et piano) d'Epures et avec le rock remarquable d'Albion (qu'il faudrait vraiment que j'aborde ici) !

SHELLER 2

Bref, c'est un remarquable (mais complexe, difficile) album que ces Machines Absurdes. Un disque court, mais intense, fantastique, mais d'une complexité telle que j'ai cru, au bout de 3 chansons, que je n'arriverai jamais à en venir à bout. L'album est remarquable, mais la première écoute peut être ardue, il faut tenir le coup. Mine de rien, c'est probablement un des meilleurs albums de chanson française des années 2000, et indéniablement un des sommets de cet artiste exigeant et au final assez peu connu, sauf pour ses tubes Rock'n'Dollars, Un Homme Heureux et Comme Dans Un Vieux Rock'n'Roll, qui ne sont pas très représentatifs (mais sont sublimes).

Parade (Le Bel Adieu)

Indies (Les Millions De Singes)

To You

Moondown

Sunfool (Une Solitude Ordinaire)

Athis

Misses Wan

Enygma Song

Les Machines Absurdes

Chamberwood (La Vilaine Maison)