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Pour cette nouvelle discographie commentée (pas de best-ofs, à une exception près), un artiste immense, le grand Jacques Brel !

1954Jacques Brel Et Ses Chansons (1954) : Pour être tout à fait honnête, ce premier album de Brel, court (9 titres, une vingtaine de minutes), est son moins bon. Aucun classique digne de ce nom ici, Brel se cherche (même au niveau du look : c'était sans doute à la mode, cette petite moustache à la Clark Gable, mais ça ne lui va pas trop, et il la virera assez rapidement). Ce n'est pas mauvais au sens propre du terme, mais comme les premiers Gainsbourg (et surtout le deuxième), c'est assez moyen. Décevant, même !

1957Quand On N'A Que L'Amour (1957) : Brel mettra trois ans, ce qui peut sembler vraiment long surtout à l'époque (par la suite, un disque par an !), à faire son deuxième album. On a au moins un classique absolu ici, son premier, Quand On A Que L'Amour (notons que l'album, en fait, n'a pas vraiment de titre, on l'appelle souvent du titre de cette première chanson), mais dans l'ensemble, tout en étant supérieur au premier opus, ce n'est toujours pas parfait. 10 titres, pour 26 minutes à peu près, ça devient un peu plus développé. Pour fans du chanteur uniquement.

1958Jacques Brel N°3 (1958) : Décidément... 10 titres, album encore une fois très court, et malheureusement toujours pas de chef d'oeuvre. Les débuts de Brel sont corrects, mais pas renversants. Ce troisième album n'offre aucun classique, et pour ainsi dire que des chansons d'amour, ce qui devient assez lassant à la fin. Oui, pour être honnête, ce troisième opus sans titre est du niveau du premier...

1959Jacques Brel N°4 (1959) : Putain, il était temps ! Enfin un classique brelien en diable avec ce quatrième opus sans titre. Jugez plutôt des chansons, La Valse A Mille Temps, Les Flamandes, Ne Me Quitte Pas, La Mort, que de sublimes chansons. Enfin, tout n'est pas parfait, mais N°4 est, au moment de sa sortie, le meilleur album de Brel, tout simplement. Le grand Jacques fera mille fois meilleur encore, on le sait, mais en attendant, voici sans aucun doute son premier disque chaleureusement recommandé. Et une durée enfin plus développée (mais quand même courte), 31 minutes, pour 10 morceaux.

1961Jacques Brel N°5 (1961) : Encore une belle petite moisson de classiques (Le Moribond, Marieke, L'Ivrogne, Clara) pour ce cinquième opus cependant un peu moins remarquable que le précédent, il faut bien l'avouer (mais toujours meilleur que les trois premiers). En attendant que Brel ne se mette à nous pondre des chefs d'oeuvre en pagaille (dès l'album suivant), ce cinquième disque, et son premier des années 60, vaut quand même bien le coup. 9 très bons titres.

1962 ALes Bourgeois (1962) : Parfait de bout en bout. Les Bourgeois, Madeleine, Le Plat Pays, Zangra, Rosa, Une Île, Les Paumés Du Petit Matin, Bruxelles, Les Biches et l'hilarant (et méconnu) Le Caporal Casse-Pompon sont autant de trésors. 12 chansons inoubliables, un album parfait, magistral, sans vrai titre (on l'appelle de sa première chanson). Tout simplement indispensable pour tout amateur de bonne chanson française (francophone, en fait, Brel étant belge).

1962 BOlympia 1961 (1962) : Malgré sa pochette le représentant avec un air un peu niais et un sourire à la Jeannot Lapin, ce live à l'Olympia est une tuerie émotionnelle absolue. 15 titres, 47 minutes, un live essentiel qui offre le meilleur du meilleur de Brel, dont des titres qui se trouveront, un an environ après (ou, en tout cas, quelques mois après), sur l'album Les Bourgeois de 1962 (6 chansons, précisément). Tout simplement majestueux.

o46194Les Bigotes (1963) : Uniquement sorti en vinyle, ce mini-album contient des morceaux qui, par la suite, se retrouveront sur le 33-tours (et CD) Les Bonbons : Les Bigotes, Les Toros, Les Vieux, J'Aimais, Mathilde, La Parlote... en tout, 8 titres. Si vous possédez déjà le CD ou le vinyle 33-tours de cet album cité juste avant ces titres, la seule raison pour l'acquisition de ce vinyle est de compléter votre collection. Un immense mini-album, mais le publier tel quel en CD, tout comme le suivant de la liste, n'aurait aucun sens, ça ferait doublon.

o46195Jef (1964) : Uniquement sorti en vinyle, ce mini-album contient des morceaux qui, par la suite, se retrouveront sur les 33-tours (et CDs) Les Bonbons et Ces Gens-Là : Les Bergers, Jef, Les Bonbons, Au Suivant, Mathilde, Le Tango Funèbre... en tout, 8 titres. Si vous possédez déjà le CD ou le vinyle 33-tours des deux albums cités juste avant ces titres, la seule raison pour l'acquisition de ce vinyle est de compléter votre collection. Un immense mini-album, mais le publier tel quel en CD, tout comme le précédent de la liste, n'aurait aucun sens, ça ferait doublon. Et oui, je sais, ce paragraphe est quasiment copié/collé du précédent, désolé !

1964Olympia 1964 (1964) : Autre majestueux live enregistré dans le temple du music-hall et de la chanson. Aussi mythique que celui de 1961, ce live de 1964 sera réédité en 1967 sous le titre Enregistrement Public, avec une photo représentant un Brel songeur, la tête dans la main (si vous l'avez, sachez que c'est exactement le même disque que cet Olympia 1964 proposant notamment les meilleurs moments de ce qui sera Les Bonbons). Seulement 8 titres dans l'édition originale, il y en aura nettement plus (quasiment le double, pour 47 minutes) par la suite. Un live aussi quintessentiel que le précédent (et le dernier album live de Brel).

1965Ces Gens-Là (1965) : Seulement 6 titres dans son édition originale. Par la suite, en 1966, une édition 10-titres, qui rajoutera Jef, Les Bergers, Le Tango Funèbre et Mathilde (présents dans le mini-album Jef), sortira, et c'est cette édition 10-titres qui est disponible en CD. Tout simplement quintessentiel. 4 chansons tristes, 4 chansons drôles et 2 chansons assez neutres, pour un résultat final anthologique, une succession de classiques (Ces Gens-Là, La Chanson De Jacky, Fernand...), un disque fort, puissant, inoubliable, indispensable.

1966Les Bonbons (1966) : Album asez particulier : une réunion de l'ensemble du mii-album Les Bigotes (8 titres) et des 4 morceaux restants du mini-album Jef (les 4 autres serviront à combler Ces Gens-Là). Les chansons datent de 1963/64, mais l'album date, lui, de 1966 ! Un album fantastique, même s'il n'est pas un de mes préférés de Brel. Mais on a quand même Les Bonbons, Au Suivant, Les Vieux, Les Toros, Les Bigotes, Le Dernier Repas, autrement dit, du lourd dans le répertoire brelien. On a aussi Titine, qui est moins marquante. Un excellentissime opus, dans l'ensemble, vraiment remarquable, même.

1967Jacques Brel 67 (1967) : Un album long-format (37 minutes, 10 titres, un 11ème titre est sur le CD, Les Moutons, mais il n'est pas terrible) composé de chansons ne se trouvant pas sur des mini-albums. Premier album avec un vrai titre sur la pochette ! Un disque remarquable, un de mes grands préférés de Brel, mais il contient moins de classiques (La Chanson Des Vieux Amants, Le Gaz) et est dans l'ensemble un peu méconnu et oublié, dénigré, même. Dommage, car ce disque de 1967 est grandiose. Les chansons, tour à tour drôles (La...La...La... et A Jeun sont tuantes) ou mélancoliques (le long Mon Enfance, Mon Père Disait), sont géniales. A noter, Les Amants De Coeur est issue de la bande-son du nanar sympathique Un Idiot A Paris avec Jean Lefèbvre ! Un disque à découvrir absolument, ou redécouvrir.

1968 AJ'Arrive (1968) : Ca sera pendant 9 ans le dernier vrai album studio de Brel, qui se tournera dès lors vers le cinéma (deux films en tant que réalisateur, deux bides commerciaux hélas, et une foule de films en tant qu'acteur, et il était un excellent acteur). 9 titres pour la majeure partie d'entre eux très tristes, au mieux mélancoliques (L'Ostendaise, Un Enfant, Je Suis Un Soir D'Eté), au pire bien plombants (L'Eclusier, Regarde Bien, Petit). On a quand même trois régals assez drôles, La Bière, Vesoul (classique des classiques, chauffe, Marcel, chauffe !) et Comment Tuer L'Amant De Sa Femme Quand On A Eté Elevé Comme Moi Dans La Tradition, aussi courte que son titre est long. A l'arrivée, un disque certes pesant de tristesse, mais parfait, grandiose, immense, et probablement, à l'heure actuelle, mon préféré, devant Les Marquises, Ces Gens-Là, Brel 67 et Les Bourgeois.

1968 BL'Homme De La Mancha (1968) : Musique de la comédie musicale théâtrale que Brel jouera quelques 150 fois sur scène en 1968/69, adaptation d'un succès de Broadway. L'histoire de Don Quichotte (que Brel, dans le rôle, prononce à l'espagnole, ce qui donne Don Quirotte, roulant les 'r' à merveille). La Quête est un morceau légendaire, Brel est immense. En revanche, il n'est pas le seul à chanter, et on peut critiquer franchement la voix insupportable de Joan Diener, qui chante en phonétique, et dont l'accent ricain rend l'ensemble inaudible, incompréhensible. Idem pour l'acteur jouant Sancho Pança, Jean-Claude Calon : sa voix d'opérette est assez ridicule. Dario Moreno devait jouer le rôle, mais il décèdera peu après quelques représentations belges... A l'arrivée, un disque long (44 minutes), parfois remarquable, parfois assez moyen... Un disque à part, intéressant, essentiel pour tout fan de Brel, mais pas un sommet.

1972Ne Me Quitte Pas (1972) : Un disque de nouvelles versions d'anciennes chansons de Brel (Ne Me Quitte Pas, La Valse A Mille Temps, Marieke, Le Moribond...). Si vous possédez déjà les albums avec ces chansons, cette compilation ne vous servira pas à grand chose, sauf à compléter votre collection. Ces nouvelles versions ne sont pas ratées, mais ça n'apporte rien de plus par rapport aux morceaux de base. On est en revanche en droit de se demander pourquoi Brel n'en a pas profiter pour coucher sur bande, en studio, Amsterdam, qu'il n'a jamais enregistrée en studio, n'a toujours jouée qu'en live. Ca aurait été l'occasion ou jamais...

1977Les Marquises (1977) : Malade (cancer du poumon) depuis 1973/74, Brel se retire volontairement sur l'archipel des Marquises (Polynésie Française). Il y sera enterré aux côtés d'un autre résident de coeur du lieu, le peintre Gauguin. En 1977, il rentre en métropole, pour enregistrer les 12 titres de ce qui sera son dernier album (et son premier vrai disque studio en 9 ans), Brel, alias Jaurès, alias, surtout, Les Marquises, titre de la dernière chanson enregistrée (et dernière de l'album, qui dure 48 magistrales minutes). Pochette prémonitoire (le ciel, là où ira bientôt Brel, quelques mois après la sortie de l'album, printemps 78 pour sa mort, il n'avait pas 50 ans), contenu immense, chanté par un Brel n'ayant plus qu'un poumon de viable. La mort plane sur quasiment tout le disque, ce qui n'empêche pas des chansons gaies (Vieillir, Les F... ou Les Remparts De Varsovie), certaines chansons auraient du faire partie d'une comédie musicale qui ne se fera pas, Vilebrequin. Un disque puissant, avec notamment Orly, Les Marquises, Voir Un Ami Pleurer ou La Ville S'Endormait. Seul Le Lion (allégorie sur la mort, au final d'un kitsch tuant) est anecdotique, mais on pardonne au grand Jacques. Un des plus grands albums de l'histoire de la chanson française/francophone. Le sommet de Brel.