GAINSBOURG C 1

Fille, comme chacun le sait, de Serge Gainsbourg et Jane Birkin, Charlotte Gainsbourg est née l'année de sortie de la fameuse Histoire De Melody Nelson de son paternel. Elle débute sa carrière tôt, à 13 ans, en 1984, tant sur le plan musical que cinématographique, puisqu'elle joue un petit rôle dans Paroles Et Musiques d'Elie Chouraqui et interprète, en duo avec son père, sur l'album Love On The Beat, le scandaleux (et magnifique) Lemon Incest. A 15 ans, César du meileur espoir féminin pour L'Effrontée de Claude Miller, et la même année (1986), son père lui fait un disque, qu'elle chante en totalité, Charlotte For Ever. Elle ne cesse dès lors de jouer au cinéma, pour Chéreau, pour son beau-père Jacques Doillon, pour Rochant, Michel Blanc, Nuytten, Patrice Leconte, Danièle Thompson, Bertrand Blier, Claude Berri, pour son mari Yvan Attal, et, en 2003, interprète une chanson en duo avec Etienne Daho sur l'album Réévolution de Daho (If). Trois ans plus tard, elle sort, enfin, un album solo, son deuxième en réalité, mais par bien des aspects son premier vrai disque solo, conçu en collaboration très étroite avec le groupe d'électropop français Air (et aussi Jarvis Cocker de Pulp, et Neil Hannon de The Divine Comedy, pour les textes). Ce disque, sorti en 2006, donc, s'appelle 5:55. Il offre 11 titres (dont deux co-écrits par Charlotte ; les 9 autres ne possèdent pas de crédits à son nom) pour 42 minutes, est essentiellement interprété en anglais excepté une chanson (ce n'est pas Jamais, mais Tel Que Tu Es, dont le dernier couplet est cependant en anglais), et sera un assez beau succès à sa sortie. Suffisamment pour que trois ans plus tard, la miss refasse un album (mais ça, j'en reparlerai par la suite en l'abordant).

GAINSBOURG C 6

Lancé par un single remarquable aux forts accents Gainsbourg/Vannier période Histoire De Melody Nelson (les arrangements de cordes), The Songs That We Sing, 5:55 est un très bon album. Ce n'est pas le chef d'oeuvre du siècle, et IRM, l'album suivant de Charlotte, est supérieur, mais sincèrement, on peinera à trouver du négatif sur ce premier vrai disque solo. Pas vraiment une chanteuse à voix, Charlotte chante très bien dans son registre, même si c'est musicalement parlant que se cache le vrai coeur de 5:55. L'album est entièrement composé par Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel, le duo Air, un des meilleurs groupes de musique électronique au monde, les empereurs de la French Touch. Et ça se sent. L'ambiance, ici, est digne du meilleur de leurs albums Moon Safari et 10,000 Hz Legend, ou de la bande-son (un autre de leurs albums) de The Virgin Suicides. En moins électronique, en plus rock, lounge, ambient, vaporeux, à la Eno, par moments, avec des arrangements sublimissimes. Des morceaux comme The Operation (plus énergique que le reste), Beauty MarkThe Songs That We Sing, 5:55 (qui sortiront toutes en singles), Everything I Cannot See ou le Morning Song final que Charlotte a co-écrit, ces morceaux sont autant de merveilles. Les textes, de Cocker, Hannon ou Air, sont très bons, parfois un peu décevants, mais la beauté de la musique rattrape tout. Le seul morceau m'ayant un peu déçu est Tel Que Tu Es, et ce n'est pas parce qu'il est interprété en français.

GAINSBOURG C 3

Mais dans l'ensemble, ce deuxième et en même temps, quelque part, premier vrai opus solo de Charlotte est une réussite, pas majeure, et pas son meilleur disque, mais, franchement c'est meilleur que ce qu'on pourrait penser (on se dit encore une actrice qui chante, bla-bla-bla, elle n'a pas de voix, bla-bla-bla, mais prenons le cas d'Emmanuelle Seigner qui, un an plus tard, sortira, avec le duo Ultra Orange, un disque totalement réussi malgré le fait qu'elle n'ait pas de voix de chanteuse et qu'elle soit une actrice à la base). Après, comme je l'ai dit plus haut et comme je le redirai en temps et en heure, IRM, l'album suivant (2009), est encore meilleur, plus rock et expérimental (fait avec Beck, cette fois-ci). Bref, dans la famille Gainsbourg, après le père, après la mère (quiconque n'a jamais entendu Baby Alone In Babylone de Jane Birkin, 1983, se doit de l'écouter), voici la fille, et c'est du bon. Que Lulu, autre enfant de Serge, en prenne de la graine... Charlotte, elle, au moins, elle fait son truc à elle, elle ne reprend pas - mal, en plus, concernant Lulu - le répertoire de son père ; sauf en live (son premier opus live est sorti en 2011, Stage Whisper, titre bien trouvé), et toujours avec classe !

5:55

AF607105

The Operation

Tel Que Tu Es

The Songs That We Sing

Beauty Mark

Little Monsters

Jamais

Night-Time Intermission

Everything I Cannot See

Morning Song