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Attention : le disque dont vous vous apprêtez à lire la chronique est bizarre, étrange, et même totalement dingue. C'est incontestablement un des trucs les plus fous de l'histoire de la musique française. L'album le plus barge (avec le Camembert Electrique de Gong, de la même année, que j'aborderai ici un de ces jours) enregistré au Château d'Hérouville (Val d'Oise). Sorti en 1971, ce disque est signé d'un artiste multitâches, qui oeuvrait sous divers pseudonymes, et dont le vrai nom était (j'utilise le passé, car il est mort en 2013, il s'est suicidé par défenestration ; il était notoirement dépressif et bipolaire depuis son enfance) Daniel Théron. Ce mec était poète, romancier, essayiste/pamphlétiste, chanteur, musicien, auteur/compositeur et traducteur. Il a traduit le Tarantula de Bob Dylan, les Aventures De Tom Bombadil de Tolkien. Il a joué avec le groupe de rock progressif Gong (qui joue sur son disque, au passage). Il a écrit sous le nom de Melmoth (nom sous lequel il a aussi sorti un album en 1969, La Devanture Des Ivresses, son premier et avant-dernier album). Sous le nom de Jack-Alain Léger, il a signé un paquet de romans et d'essais (dont le très polémique Tartuffe Fait Ramadan). Sous celui de Paul Smaïl, il a écrit Vivre Me Tue, un roman qui fera sensation. Il a même écrit un livre sous un pseudonyme féminin, Eve Saint-Roch (Prima Donna). Enfin sous le pseudonyme de Dashiell Hedayat (qui vient à la fois d'un auteur de romans noirs, Dashiell Hammet, et d'un écrivain iranien, Sadegh Hedayat), il a publié quelques romans, et son deuxième album, celui-ci donc, Obsolète, sorti en 1971 sous une belle pochette rose gaufrée. 

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Ne comprenant que quatre morceaux (ou seulement deux : après tout, les trois morceaux de la face A forment une suite) pour un total de 39 minutes, Obsolète doit être écouté, selon le principal intéressé, aussi fort que possible, et écouté aussi défoncé qu'impossible (c'est indiqué, en anglais, au dos de pochette). Chantant (en français) et jouant de la guitare et des claviers, Hedayat est entouré des musiciens de Gong, groupe anglo-français qui, à la même époque et au même endroit, faisait leur Camembert Electrique : Daevid Allen (guitare solo), Didier Malherbe (saxophone et flûte), Pip Pyle (batterie, percussions, mais aussi guitare sur le dernier titre), Gilli Smyth (choeurs), et Christian Tritsch (basse, guitare acoustique). William Burroughs, le fameux écrivain de la beat generation, se fait entendre sur Long Song For Zelda (un enregistrement, il n'est pas venu à Hérouville) et on entend aussi à un moment donné des pleurs de bébés, tenus par un certain Sam Wyatt, fils de Robert Wyatt (lequel Sam avait, à l'époque, 5 ans, ce qui est un peu vieux pour un bébé, n'est-ce pas ?). Obsolète, sorti sur un petit label (Shandar), se vendra très peu, mais se chopera rapidement un statut culte. Il est devenu encore plus culte depuis une dizaine d'années, rapport au premier de ses morceaux, Chrysler Rose, qui sera repris par la jeune génération et porté aux nues. Un morceau génial, hilarant, dans lequel Hedayat parle de sa voiture, une Chrysler de couleur rose, dans un sale état (Ta Chrysler est défoncée/Oui, mais on est tous défoncés !), un morceau trépidant, porté par une rythmique et une guitare très rock, et un chant, comment dire...parlé/chanté ? Hedayat n'est pas un grand chanteur, mais on prend plaisir à l'écouter. 

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Fille De L'Ombre est un petit intermède très court sur une femme dont est amoureux le narrateur (peu de paroles, seulement deux lignes), il sombre entre ses seins. Long Song For Zelda parle apparemment d'une jeune femme qui se prélasse dans la baignoire, en écoutant un disque idiot qui est rayé au milieu, et le morceau se termine dans un délire total, Hedayat imitant des chiens dans la nuit, wouah wouah, le tout sur fond musical très calme, bluesy, et ensuite, en final, la voix de Burroughs, si reconnaissable, histoire de faire terminer cette première face en apothéose. La face B ne contient qu'un titre, Cielo Drive/17, qui est le plus barge de l'ensemble, c'est clairement ce disque qui ressemble le plus à du Gong. Le morceau, qui dure donc une bonne vingtaine de minutes, est indescriptible, avec ses paroles de dingue (qui sont heureusement présentes dans le livret CD et sur le vinyle - tout du moins, sa réédition vinyle récente, que j'ai, car un pressage original vaut à peu près aussi cher qu'un deux-pièces à Neuilly-sa-Mère), sa basse syncopée, son ambiance totalement gongienne et spatiarde, et son final mélodique (les vocalises de Hedayat). Tout Obsolète est mémorable, c'est un album totalement culte et enivrant, sulfureux malgré sa pochette au rose délicat (et cete belle petite illustration), et Cielo Drive/17 en est le point d'orgue, même si, au final, Chrysler Rose, avec son ambiance totalement envapée et délirante, reste mon préféré ici (c'est également, probablement, le morceau dont on se souvient le plus facilement). Chrysler ! Chrysler rose... Elle repose sur ses jantes...

FACE A

Eh, Mushroom, Will You Mush My Room ?

a) Chrysler Rose

b) Fille De L'Ombre

c) Long Song For Zelda

FACE B

Cielo Drive/17